CHAPITRE XXIII.

7, +Nostres+.--En 1562; François de Guise, surnommé le Balafré, de la

maison de Lorraine. V. N. =I=, 24: Nostres.

31, +Propos+.--Récit tiré de _La Fortune de la Cour_, par DE

DAMPMARTIN, courtisan du règne de Henri III.

=188=,

8, +Tuer+.--Les éd. ant. et l’ex. de Bordeaux portent: _homicider_.

9, +Raison+.--VOLTAIRE a mis en vers cette pensée dans sa tragédie

d’_Alzire_, et Guzman, par la bouche de qui il l’exprime, est en même

situation que le duc de Guise:

«Des dieux que nous servons, connais la différence.

Les tiens t’ont commandé le meurtre et la vengeance,

Et le mien, quand ton bras vient de m’assassiner,

M’ordonne de te plaindre et de te pardonner.»

11, +Auguste+.--Le récit qui suit est traduit, presque mot pour

mot, de SÉNÈQUE, _De la Clémence_, I, 9; il a été reproduit presque

textuellement par CORNEILLE dans sa tragédie de _Cinna_; le fait se

passait en l’an =4=.

35, +Cæpio+.--Ces conspirations eurent lieu: celle de Lépide en =28=

(ce Lépide était fils du triumvir et neveu de Brutus); celle de Murena

(celui-ci était beau-frère de Mécènes) et de Cæpio en =21=; celle

d’Egnatius en =18=. Eux et leurs complices furent mis à mort.

=190=,

20, +Libertin+.--Affranchi, du latin _libertus_ ou _libertinus_;

l’affranchi était l’esclave rendu à la liberté.

38, +Trahison+.--Ce même duc de Guise dont il est parlé au

commencement du chapitre et qui, après avoir échappé à l’attentat

médité contre lui à Rouen, fut assassiné l’année suivante, 1563, au

siège d’Orléans.

=192=,

6, +Euenemens+.--Comme contre-partie de ce qui advint entre Auguste

et Cinna, et pour confirmer l’intitulé que Montaigne a donné à ce

chapitre, on peut en rapprocher le récit ci-après qu’on trouve

dans LUITPRAND, relatif à l’empereur Béranger I, roi d’Italie,

arrière-petit-fils de Charlemagne: «Dans l’enceinte même de Vérone,

cette ville jusque-là si fidèle à Béranger, des traîtres complotèrent

sa mort. Leur chef était Flambert, comblé de bienfaits par Béranger,

qui avait même voulu être le parrain de son fils. Le vieil empereur

(Il avait déjà 36 ans de règne) eut connaissance de la conspiration

et voulut cette fois encore pardonner. Il fit venir Flambert, lui

rappela en termes pathétiques tout ce qu’il avait fait pour lui: «On

m’a pourtant dit, ajouta-t-il, que tu en voulais à ma vie; c’est

impossible! Tu me dois tout, dignités et richesses; j’ai fait pour toi

ce que je n’avais fait pour personne, et ne m’en tiendrai pas là, si tu

persistes dans la fidélité que tu m’as jurée.» Puis, lui présentant une

coupe d’or, pleine d’un vin précieux: «Bois à ma santé, lui dit-il, et

garde la coupe pour l’amour de moi.» Cette magnanimité fut sans effet

sur l’âme du traître, qui ne profita de la clémence du roi que pour

hâter sa mort, 924.

22, +Part+.--Dans le domaine de l’électricité, par exemple, cette fée

des temps modernes, que de découvertes primordiales dues au hasard,

mais observées par des hommes de génie!--C’est ainsi, pour ne relever

que les principales, qu’une grenouille dépouillée pour en étudier la

structure anatomique, suspendue à un balcon par un fil de cuivre et

dont les cuisses éprouvent un mouvement de contraction chaque fois

que le balancement produit par le vent, lui fait toucher le fer du

balcon, observée par Galvani, étudiée par Volta, amène ce dernier

à imaginer la pile électrique.--Œrstedt démontrant que le courant

d’une pile peut faire rougir un fil de platine, remarque que toutes

les fois qu’il ouvre ou ferme le circuit, une aiguille aimantée qui

se trouve dans le voisinage est actionnée; Arago laissant traîner le

conducteur d’une pile sur de la limaille de fer, s’aperçoit qu’elle

s’y attache, et voilà l’électro-magnétisme découvert.--Le hasard

fait constater par Rœtgen que certains corps, considérés jusqu’ici

comme absolument opaques, se laissent dans certaines conditions

traverser par des effluves électriques qui ont reçu le nom de rayons

X, d’où la radiographie.--C’est par le dépôt de cuivre qu’il aperçoit

se former sur le zinc d’une pile, que Jacobi doit d’avoir inventé

la galvanoplastie.--La constatation accidentelle par Branly des

ondes électriques sur une poudre métallique, dont elles agglutinent

passagèrement les molécules, rendant ainsi momentanément continu

un circuit dont les extrémités y aboutissent, est le départ de la

télégraphie sans fil.--Et il en est ainsi de la genèse de la plupart

des découvertes et progrès tant soit peu importants, dans toutes les

sciences humaines à tous les âges.

34, +Intention+.--Les éd. ant. port.: _invention_.

=194=,

1, +Militaires+.--CORNÉLIUS NEPOS affirme que dans

l’attribution de la gloire militaire, la part de la fortune est

prédominante.--QUINTE-CURCE dit nettement que les conquêtes d’Alexandre

sont moins l’ouvrage de la valeur que celui de la fortune.--TIMOLÉON

avouait que ses grands succès étaient l’œuvre des dieux, une grâce

de la fortune, du bonheur, bien plus que le fait de sa prudence.--La

victoire de Marengo (1800), un instant perdue, fut due à l’arrivée

inopinée de Desaix; la défaite de Waterloo (1815), l’une des batailles

les mieux ordonnées de Napoléon, au mauvais temps et à l’arrivée

imprévue de Bulow, puis à celle de Blücher; à Gravelotte, 1870, sans

l’inaction de parti pris et injustifiable de Bazaine, les Allemands

eussent éprouvé un désastre irréparable, qui dès le début de la

campagne eût changé du tout au tout l’issue de la guerre.

10, +Fortune+.--«Sylla désarma l’envie en se louant souvent de sa

bonne fortune, et finalement en prenant le nom de Faustus (heureux).

PLUTARQUE, _Comment on peut se louer soi-même_.--D’autres estiment

qu’en ajoutant cette épithète à son nom, Sylla avait plutôt en vue

d’inspirer plus de hardiesse à ses partisans et de crainte à ses

adversaires, la fortune étant un don de la Providence dont les effets

sont sans limites.

11, +Discours+.--Sylla, dit PLUTARQUE, a écrit dans ses commentaires

que les entreprises qu’il hasardait selon l’occasion, s’y lançant à

corps perdu alors qu’auparavant ses résolutions étaient contraires,

étaient celles qui lui réussissaient le mieux.

31, +Humanité+.--L’éd. de 88 porte: _si notable bonté_.

=196=,

2, +Autruy+.--SÉNÈQUE, _Epist._ 4.--C’est ce que prouva d’une

façon bien énergique ce major prussien dont parle J.-J. Rousseau,

qui, bâtonné à la tête de son bataillon par Frédéric-Guillaume Ier,

déchargea l’un de ses pistolets aux pieds du roi et de l’autre se brûla

la cervelle.

7, +Amis+.--Cette confiance de Dion ne lui réussit pas. Calippus,

dont il avait été l’hôte à Athènes et qui l’avait suivi en Sicile, mit

à exécution contre lui les mauvais desseins qu’on lui prêtait, =354=.

PLUTARQUE, _Apophth._

12, +Presente+.--QUINTE-CURCE, III, 6.

14, +Faire+.--L’éd. de 88 aj.: _La vaillance n’est pas seulement à la

guerre_.

20, +Vn+.--Henri III.

26, +Contraire+.--Henri de Navarre, plus tard Henri IV.

38, +Esperances+.--Syphax, roi de la Numidie occidentale, était

hésitant entre l’alliance de Rome et celle de Carthage; Scipion, qui

venait d’expulser les Carthaginois de l’Espagne, au risque de tomber

entre leurs mains ou d’être retenu prisonnier par Syphax, franchit la

mer, avec deux vaisseaux seulement, pour avoir une entrevue avec lui

et le décider en sa faveur, ce à quoi il réussit, =207=. TITE-LIVE,

XXVIII, 17.--On raconte un fait analogue du général russe Skobelew:

En 1881, après la prise de Geok-Tépé, réduit de la résistance du

Turkestan, faisant une reconnaissance avec une sotnia de cosaques, il

tomba sur un parti de cavaliers Turkmènes; ceux-ci protestant de leur

soumission, Skobelew renvoya ses cosaques et les prit pour escorte,

acte d’audace et de confiance qui acheva ce qu’avait commencé la force

des armes. G{al} NIOX.

40, +Rebours+.--Au rebours se rapporte à ces mots: «La prudence

si tendre et circonspecte...»; Montaigne eût dû l’effacer, lorsque

postérieurement il a ajouté le trait relatif à Scipion qui ne se trouve

pas dans les éditions antérieures. Ces intercalations nombreuses dans

les Essais, sont une des causes de la difficulté qu’on a parfois à

comprendre.

=198=,

3, +Luy+.--Louis XI, qui, en 1468, se mit en grand danger, ainsi

que le rapporte, en l’en blâmant, PHILIPPE DE COMINES, son historien,

dans ses _Mémoires_, II, 5 à 7. Lors de son entrevue avec Charles le

Téméraire, duc de Bourgogne, à Péronne, place appartenant à ce dernier,

la ville de Liège s’étant révoltée contre le duc, à l’instigation du

roi qui ne pensait pas que l’événement fût si prompt, Louis XI, retenu

prisonnier par son vassal irrité, courut risque de la vie, et, pour

sortir de ce mauvais pas, dut subir de très humiliantes conditions,

grâce auxquelles, sur le moment, il réussit à tromper son adversaire

par la confiance qu’il lui témoigna, et en arriva à le détacher de ses

ennemis comme c’était son dessein. Une fois hors de danger, en fin

renard qu’il était, il éluda peu à peu toutes les concessions qui lui

avaient été arrachées.

4, +Cæsar+.--Il est souvent question de César dans les Essais,

c’est pourquoi nous résumons ici la partie la plus saillante de la

vie de ce grand capitaine.--Après quelques succès en Espagne, il

conquiert la Gaule (=58= à =49=) et pénètre jusque dans la Bretagne

(auj. l’Angleterre). Arrivé au terme de son commandement, Pompée,

jusqu’alors son allié, jaloux de ses succès, empêche qu’il lui soit

continué. Irrité de ce qu’il considère comme une injustice, César passe

les Alpes avec son armée, franchit avec elle le Rubicon, ce que les

lois interdisaient, et marche sur Rome, d’où Pompée s’enfuit avec le

Sénat, =49=. César entre à Rome, se fait décerner la dictature, bat en

Italie et en Espagne les lieutenants de Pompée, l’atteint lui-même en

Macédoine et remporte sur lui une bataille décisive dans les plaines de

Pharsale, =48=. Pompée s’enfuit en Égypte où il est assassiné. César y

arrive après lui; de là il va en Asie où, en trois jours, il détrône le

roi du Pont qui s’était révolté; passe en Afrique, y détruit à Thapsus

l’armée républicaine commandée par Métellus, Scipion et Caton, =46=;

puis en Espagne où, battant à Munda, =45=, le fils de Pompée, il achève

d’anéantir le parti. Revenu à Rome, il se fait décerner la dictature à

vie, et, maître du pouvoir absolu, n’en use que pour le bien. Accusé

par ses ennemis d’aspirer à la royauté, il est assassiné en plein

Sénat, =44=.--Grand guerrier et grand homme d’État, César était aussi

un excellent orateur et un écrivain élégant; de ses écrits, il ne nous

reste que ses Commentaires sur la guerre des Gaules et les guerres

civiles, simples souvenirs d’un soldat, qui, par le mouvement, la

netteté, la concision, sont un modèle du genre des mémoires historiques.

10, +Metuens+.--En =48=, à Plaisance. Les soldats accusaient leurs

chefs de traîner la guerre en longueur; César, alors à Marseille,

revenant d’Espagne, accourut en hâte. Ayant apaisé la sédition, il

livra au supplice douze des plus mutins tirés au sort sur 120 des

plus coupables; un d’eux prouva son innocence, le centurion qui

l’avait dénoncé fut exécuté sur place. Dans ses Commentaires, César ne

mentionne pas cette mutinerie.

Essais de Montaigne (self-édition) - Volume IV · 第 381 / 504 题