17, +Impériales+.--Peut-être Waifre ou Hunold, ducs d’Aquitaine à
l’époque de Charlemagne... PAUL ÉMILE, historien latin du XVe siècle,
dit: «Charlemagne projetait de donner une nouvelle législation à ses
peuples, en commençant par ceux de France; un de ceux, gascon, qui
l’avaient suivi en Espagne, se prononça et devant l’opposition des
conseils tenus à cet effet, ce projet fut abandonné.»
19, +Vende+.--La vénalité des charges de juge, introduite en
France en 1526, sous François Ier, par le chancelier Duprat, comme
moyen de subvenir à la pénurie du Trésor, a subsisté jusqu’à la
Révolution.--Sans demander que ces errements soient rétablis, les juges
s’en trouvaient incontestablement plus indépendants, et il serait à
désirer aujourd’hui que par mode de recrutement et d’avancement, ils
fussent à nouveau affranchis des pouvoirs publics et des pressions que
trop souvent ceux-ci exercent sur eux, cherchent à exercer ou passent
pour le faire; l’inamovibilité qui leur avait été donnée comme garantie
est insuffisante à cet effet, d’autant qu’on ne la respecte même plus.
Il faudrait que, du haut en bas de la hiérarchie, le corps judiciaire
se recrutât exclusivement par lui-même dans des conditions déterminées
par la loi; peut-être alors cours et tribunaux en reviendraient, comme
jadis, à ne rendre que des arrêts et non plus des services, alors que
les parlements tenaient tête à l’occasion à l’autorité royale et qu’en
dépit de la prison et de l’exil, ils se refusaient à l’enregistrement
de ses édits quand ils estimaient qu’il y avait abus ou déni de justice.
20, +Payer+.--Nous n’en sommes plus tout à fait là, mais pas loin.
Dans les procès civils, les deux parties ne sont-elles pas condamnées
fréquemment aux frais, celle qui gagne comme celle qui perd, la
première ayant simplement recours sur l’autre?--Ce n’est pas là du
reste le seul grief que dans les temps actuels on articule contre la
magistrature, en voici quelques-uns:
L’omnipotence, le sans-gêne et l’arbitraire des juges d’instruction
qui prolongent la détention préventive au delà de toute raison;
n’a-t-on pas cité, en l’an 1906, un honorable négociant, accusé d’avoir
soustrait la valeur d’une lettre chargée, détenu ainsi pendant treize
mois, sans qu’il fût procédé à l’examen de l’affaire?
La lenteur avec laquelle se jugent les affaires civiles. C’est ainsi
que, dans le ressort de Paris, de simples procès en séparation
attendent de longs mois avant d’être appelés. A cela on objecte le
grand nombre d’affaires; mais si, quand l’encombrement le comporte,
les audiences commençaient plus tôt et finissaient plus tard, si elles
avaient lieu tous les jours au lieu de trois fois par semaine, si les
tribunaux ne prenaient pas chaque année de si longues vacances et
même s’en passaient quand le service l’exige, les retards seraient
infiniment moins considérables. On pourrait encore augmenter leur
nombre, ou mieux les réduire à un juge unique, comme en Angleterre,
aux États-Unis, ce qui permettrait avec le même personnel de faire
triple besogne et aurait en outre l’immense avantage de substituer une
responsabilité individuelle à une trinité anonyme, d’où une plus grande
attention apportée à l’étude des affaires et plus d’équité dans le
jugement à intervenir.
Les ajournements fréquents à huit, quinze jours pour le prononcé du
jugement dans les affaires correctionnelles, ce qui prolonge les
angoisses des inculpés et prête à ce que dans l’intervalle les juges
prennent langue au dehors; le jugement devrait toujours être rendu
séance tenante comme aux assises, et seule sa rédaction être ajournée
quand cela est nécessité par les considérants à exposer.
De ne pas chercher à s’éclairer suffisamment et de trop s’en rapporter
à la parole des divers agents qui portent l’accusation, alors que leurs
témoignages sont contestés, sous prétexte qu’ils sont assermentés, ce
n’est pas toujours une garantie suffisante.
Enfin d’avoir intérêt à la multiplication des affaires, ce qui porte à
exercer des poursuites pour des vétilles qui n’en valent pas la peine,
pour donner plus d’importance au ressort.
27, +Contraires+.--Une distinction analogue, non moins farouche,
comme dit Montaigne, subsiste, suivant que le dommage causé à autrui,
l’est par un fonctionnaire dans l’exercice de ses fonctions, ou par
tout autre. Sans parler des pouvoirs exorbitants dévolus en France, par
le code lui-même, aux préfets qui ont qualité pour pratiquer des actes
qui devraient être l’apanage exclusif de l’autorité judiciaire, dans
toutes les branches de l’administration, les abus, quels qu’ils soient,
échappent à toute répression.--Outre que ceux qui les commettent ne
font souvent qu’appliquer les instructions de leurs supérieurs, les
uns et les autres n’ont à répondre en dernier ressort de leurs faits
et gestes que vis-à-vis du Ministre dont ils relèvent, lequel est
toujours prêt à les couvrir de sa responsabilité, chose illusoire
entre toutes. Seule la justice, unique pour tous, devrait connaître de
ces abus et des dommages en résultant, comme de tous autres; la tâche
des fonctionnaires en deviendrait assurément plus difficile et plus
délicate, mais en somme ils sont faits pour le public, et devant une
responsabilité effective, ils s’observeraient davantage.
36, +Vertu+.--La vertu militaire, le courage.
=176=,
1, +Partage+.--Jusqu’au XVIIe siècle, robe longue s’est dit de la
magistrature et du clergé, robe courte de l’armée.
11, +Commun+.--Dans le ch. III du liv. III, Montaigne revient sur ces
idées et les développe.
16, +Receües+.--SAINT AUGUSTIN était de cet avis lorsqu’il répondait
à un prêtre qui lui demandait s’il valait mieux suivre la liturgie de
Rome ou celle de Milan: «A Rome, suivez la liturgie de Rome; à Milan,
celle de Milan.» Par contre, LA BRUYÈRE dit à ce sujet: «Il faut faire
comme les autres,» maxime suspecte qui signifie presque toujours: «Il
faut mal faire», dès qu’elle s’applique au delà de ces choses purement
extérieures, qui n’ont point de suites et dépendent de l’usage, de la
mode ou de la bienséance.--«Différence complète au dedans, dit SÉNÈQUE
à ce même propos, mais ressemblance entière au dehors.»--«Pour ne pas
rompre l’harmonie, le sage doit parler la langue des fous.» ABBÉ DES
FONTAINES.
23, +Est+.--En disant que la première loi est de se conformer à
celles du pays dans lequel on se trouve, Montaigne l’entend sous tous
rapports, sous celui des usages tout aussi bien que des lois proprement
dites; de fait, pour ne parler que de l’hygiène, de l’alimentation,
de l’habillement, la plupart de ceux qui, en pays étranger, ont voulu
faire mieux que les indigènes, ont eu à s’en repentir.
26, +Remuer+.--S’il en était ainsi, toute réforme, tout progrès
seraient impossibles et les abus se perpétueraient. Il est des cas
où l’expérience révèle des inconvénients sérieux pour les intérêts
généraux, à s’en tenir aux anciennes pratiques. Quand le fait est bien
démontré, il n’y a pas d’hésitation à avoir: ce qui existe, est à
modifier, sans avoir égard aux intérêts de moindre importance qui s’en
trouveront lésés; car, comme le disait Caton, il n’y a aucune bonne loi
qui soit avantageuse à tout le monde. Il est incontestable, en outre,
qu’il y a des circonstances où la nécessité presse au point qu’il faut
que les lois lui fassent place. Mais de là à tout bouleverser, comme
cela avait lieu à l’époque où écrivait Montaigne, et ainsi que cela
existe, de parti pris, en ce moment en France, à l’effet d’y introduire
le socialisme d’État, il y a un abîme.
29, +Thuriens+.--Charondas. DIODORE DE SICILE, XII, 24.
34, +Ordonnances+.--Lycurgue qui, après avoir donné à sa patrie une
législation à laquelle longtemps elle dut sa gloire et sa force, fit
jurer à ses concitoyens de n’y rien changer pendant son absence, puis
entreprit un long voyage duquel, de propos délibéré, il ne revint
jamais. PLUTARQUE, _Lycurgue_, 22.
=178=,
1, +Façon+.--Phrynis ajouta deux cordes à la cithare qui n’en avait
alors que sept. ARISTOPHANE, dans sa comédie des _Nuées_, lui reproche
d’avoir substitué à la musique noble et mâle de ce temps, des airs mous
et efféminés.
5, +Marseille+.--Cette épée, suivant VALÈRE MAXIME, II, 6, 7,
avait servi à trancher la tête aux criminels; elle existait depuis
la fondation de la ville, était rongée de rouille et presque hors de
service.
7, +Dommageables+.--Que dirait aujourd’hui Montaigne, en voyant
l’action inconsciente des foules se substituant de plus en plus dans
le domaine social et politique à l’activité consciente des individus?
«nouuelleté», l’une des caractéristiques principales de l’âge actuel,
absolument en dehors de celles auxquelles il fait allusion, et qui,
nous conduisant insensiblement au socialisme, dépasse si fort ses
prévisions les plus pessimistes.
8, +Ans+.--La réforme, qui avait été introduite en France _vingt-cinq
ou trente ans_ auparavant, comme le porte l’éd. de 88.
11, +Nez+.--S’en prendre au nez; ne pouvoir s’en prendre qu’à soi.
Cette locution viendrait, dit-on, d’une ancienne coutume qui obligeait
celui qui avait accusé quelqu’un à faux, à lui faire réparation
publique, en se tenant soi-même le nez.
20, +Fons+.--Charles Ier d’Angleterre, Louis XVI et en général la
chute de tous les souverains victimes de révolution, témoignent de
la justesse de cette assertion.--Chez ceux auxquels l’ambition fait
concevoir l’idée de déposséder un roi pour prendre sa place, c’est
plutôt, d’après l’auteur même des Essais, l’inverse qui se produit:
«Michel Montaigne me dit un jour, rapporte D’AUBIGNÉ dans son _Histoire
universelle_, que les prétendants à la couronne trouvent, jusqu’au
marchepied du trône, tous les échelons petits et aisés, mais que le
dernier ne peut se franchir, en raison de sa hauteur.» «Cromwell
lui-même, ajoute d’Aubigné, n’osa se parer du titre de roi.» Nombreux
en effet sont ceux qui, comme les maires du palais, à la fin de la race
mérovingienne, s’étant emparés du pouvoir, l’ont exercé en demeurant
au second plan. Napoléon, dans les temps modernes, a montré moins
d’hésitation.
22, +Mal+.--Allusion aux excès des catholiques tombant dans la
rébellion, à l’imitation des protestants.
25, +Heureusement+.--Facilement, sans peine.
29, +Thucydides+.--Liv. III, 52.
35, +Est+.--TITE-LIVE, XXXIV, 54, dit cela à propos d’un règlement
nouveau prescrivant que, dans certains spectacles, le peuple devait
être séparé des Sénateurs, qui jusqu’alors avaient été assis avec lui
sans aucune distinction, et il ajoute: «Les hommes aiment mieux qu’on
s’en tienne aux anciennes pratiques, si l’on en excepte celles où
l’expérience fait voir des inconvénients palpables.»
=180=,
13, +Polluantur+.--En =301=. Le peuple romain réclamait que des
pontifes et des augures qui étaient à nommer, fussent pris parmi les
plébéiens, ce à quoi le Sénat se refusait, ne voulant pas abandonner le
privilège de remplir les fonctions sacerdotales, les seules auxquelles
le peuple n’eût pas accès à cette époque. TITE-LIVE, X, 6.
18, +Propre+.--HÉRODOTE, VIII, 36.
25, +Politique+.--Il est assez curieux de voir ici Montaigne donner
le pas au pouvoir temporel sur le spirituel, et mettre l’autorité
politique quelle qu’elle soit, au-dessus de l’autorité ecclésiastique;
il y a là en germe la doctrine de l’église gallicane.
=182=,