CHAPITRE XXII.

Ce chapitre porte le nº XXIII dans les éd. ant. et l’ex. de

Bordeaux.

23, +Receüe+.--Ce chapitre est un de ceux méritant le plus

d’attention; il offre un champ très vaste aux réflexions et renferme un

assez grand nombre d’idées fortes et peu communes. On y trouve entre

autres des observations très judicieuses sur la nécessité de corriger

de bonne heure, chez les enfants, plusieurs vices, défauts ou penchants

qui prennent racine en eux dès la plus tendre enfance. NAIGEON.

=156=,

2, +Encore+.--Chez les Romains, ce conte avait donné lieu à un

proverbe que PÉTRONE, XXV, exprime ainsi: «Qui l’a pu porter veau, peut

le porter bœuf.» On le trouve aussi dans STOBÉE qui le cite d’après

FAVORINUS et dans les _Adages_ d’ERASME.

3, +Coutume+.--Le fait cité est plus ici une question d’habitude

que de coutume; la conclusion émise n’en est pas moins juste pour

l’une comme pour l’autre: «En amour notamment le lien de l’habitude

est bien fort; pour s’en apercevoir, il faut être sur le point de

rompre; combien de gens vivent ensemble comme s’ils s’aimaient, faute

de pouvoir se passer l’un de l’autre.» Mme DE RIEUX.--«Le mariage

doit combattre sans trêve, ni repos, ce monstre qui dévore tout,

l’habitude.» BALZAC.

10, +République+.--Cet antre est aux Enfers, un lieu où, selon

PLATON, _République_, VII, toutes les âmes séjournaient après la mort,

en attendant qu’il fût statué sur leur sort. Celles d’entre elles

appelées à retourner sur la terre, libres de choisir tel ou tel genre

de vie, choisissaient toujours immanquablement, et c’est ce à quoi il

est fait ici allusion, d’après leurs anciennes habitudes.

12, +Poison+.--Mithridate, roi du Pont, s’était habitué au poison, en

en prenant régulièrement à petites doses, dans le but de déjouer les

tentatives d’empoisonnement, si bien que, dans sa vieillesse, réduit

par les circonstances à se tuer, il essaya en vain de ce moyen.--C’est

sur un principe analogue que repose la vaccination, dont la découverte

fut due au hasard, et aussi l’emploi de tous les sérums que la

science de Pasteur a par déductions créés contre la rage, le croup,

etc., ouvrant un champ aux recherches de ses élèves et successeurs,

méritant par là d’être considéré comme l’un des bienfaiteurs de

l’humanité.--Cette accoutumance toutefois ne s’applique pas à tout,

et le czar Pierre le Grand voulut en vain habituer les enfants de ses

matelots à ne boire que de l’eau de mer; tous moururent.

14, +Indes Nouuelles+.--Dénomination sous laquelle ou désigna tout

d’abord l’Amérique.--Ici et dans tout le cours des Essais, Montaigne

se fait l’écho des contes de toute nature, et pour la plupart faux ou

exagérés, qui circulaient alors sur cette partie du monde, qu’on venait

de découvrir (1492), il n’y avait pas encore un siècle.

17, +Viures+.--En certaines circonstances, les choses n’ont plus de

prix.--En 1871, lors du premier siège de Paris, les stocks de denrées

alimentaires s’épuisant de plus en plus, le dernier jour du siège, un

poulet se vendait 50 fr.; un lapin, 45 fr.; les œufs, 2 fr. 50 pièce;

les haricots, 8 fr. le litre. Depuis six semaines, on était rationné

à 300 gr. de pain fait partie de farines de toute nature et de toutes

qualités, partie de toutes autres substances plus ou moins comestibles,

telles que la paille, etc.; et, depuis quinze jours, à 30 gr. de viande

de cheval; de chiens, de chats, il n’en existait plus dans Paris et sa

banlieue; le rat d’égout même avait presque complètement disparu.

23, +Essayons+.--C.-à-d. nous éprouvons. Montaigne emploie souvent le

mot «essayer» dans ce sens: «Comme essayent les voysins des clochiers»,

dit-il quelques lignes plus bas.

25, +Nil+.--La cataracte du Niagara (Amérique du Nord) qui, à la

vérité, passe pour la plus belle et la plus grande du globe (la largeur

du cours d’eau, qui est de 4 kil. en amont, s’y réduit à un, et la

hauteur de la chute est de 50m), s’entend à 70 ou 80 kil. de distance;

ceux qui, habitant aux environs, sont faits au bruit qu’elle produit,

n’y prennent pas garde.

30, +Carolles+.--Vieux mot qui signifie «danse en rond», et, dans le

cas présent: mouvement de révolution des astres.

33, +Soit+.--Tout ce passage, depuis l’exemple des «cataractes du

Nil», est imité de CICÉRON, _Songe de Scipion_.

35, +Fleurs+.--Ce qu’on a appelé plus tard «collet de senteur»,

espèce de pourpoint de peau parfumée, à petites basques et sans

manches. COSTE.

41, +Diane+.--A la pointe du jour. Vient du latin _dies_, jour;

en espagnol _día_; c’était le temps de la dernière veillée de la

sentinelle de nuit et le signal de l’heure où cette veillée prenait

fin, donné par le tambour, le fifre ou la trompette; aujourd’hui c’est,

aux armées, le signal du réveil sonné ou battu au point du jour.

=158=,

1, +Aue Maria+.--On dit aujourd’hui l’_Angelus_.--Cette prière se

récitait déjà chaque soir, au coucher du soleil, depuis le XIe siècle,

quand Louis XI introduisit à Paris l’usage de la dire en outre le matin

et à midi, et de sonner les cloches pour en avertir les fidèles.

6, +Peu+.--DIOGÈNE LAERCE, III, 38, d’où cette anecdote est tirée,

met en scène, au lieu d’un enfant jouant aux noix, un homme jouant aux

dés, ce qui donne plus de portée à l’observation de Platon.

8, +Nourrices+.--«Au moral, l’homme est déjà formé à dix ans, il se

forme sur les genoux de sa mère.» JOSEPH DE MAISTRE.

26, +Escutz+.--Locution proverbiale dont l’explication est donnée

par la phrase qui précède. Le dicton populaire «Qui vole un œuf, vole

un bœuf» traduit la même manière de voir que Montaigne, à laquelle se

range également RACINE, estimant que l’un mène à l’autre:

«Quelques crimes toujours précèdent les grands crimes.»

«Ainsi que la vertu, le crime a ses degrés.»

31, +Duict+.--Accoutumé dès mon enfance.

38, +Doubles+.--Le double était une petite monnaie qui ne valait

qu’un double denier (un peu moins qu’un centime). Le doublon était une

monnaie d’Espagne, de la valeur d’une double pistole (environ vingt

francs); le double doublon représentait par suite environ quarante

francs.

=160=,

8, +Donné+.--_Car il gaigne sa vie à se faire voir._ Add. des

éditions antérieures.

13, +France+.--En 1773, on a vu à Paris un maître d’école liégeois,

né sans bras, qui, avec le pied, écrivait et taillait ses plumes (on

faisait alors usage de plumes d’oie).--En 1840, à Paris, un peintre,

César Ducornet, également sans bras, peignait avec le pied et a exposé

des tableaux au salon, alors qu’à cette époque il fallait notablement

plus de talent qu’aujourd’hui pour y être admis.

25, +Veritatis+.--Le texte latin porte _petere_, au lieu de _quærere_.

27, +Public+.--C’est ce qui fait que, même de nos jours, des usages

très dissemblables, dus aux mœurs et coutumes d’antan, subsistent

souvent entre deux localités parfois très rapprochées, particulièrement

si elles sont de nationalités différentes. Prenons par exemple Londres

et Paris pourtant voisines et en rapports continus:

Londres est individualiste, Paris collectiviste; Londres respire, Paris

étouffe; Londres est bâti en briques, Paris en pierres; les maisons

de Londres sont basses, celles de Paris sont hautes; Londres fixe les

persiennes à l’intérieur, Paris à l’extérieur; Londres a des fenêtres

à guillotine, Paris à espagnolette; à Paris les rues ont des arbres,

celles de Londres en sont dépourvues.

A une heure du matin Paris est dans l’obscurité, Londres est inondé

de lumière; Londres a son trousseau de clefs, Paris son concierge;

Londres quitte son lit très tard, Paris se lève de bon matin; Londres

s’embrasse sur la bouche, Paris sur les joues; Londres s’amuse le

samedi après-midi, Paris travaille; le dimanche, Londres reste chez

lui, prie ou boit, Paris s’amuse et se promène; Londres a des bars

intérieurs ou l’on boit du whisky, Paris a des cafés qui débordent sur

les trottoirs et où l’on cause.

Le dimanche, Londres dîne pendant que Paris déjeune. Londres mange peu

de pain, Paris beaucoup; Londres boit de l’eau, Paris du vin.

A Londres la nourriture est mauvaise, à Paris elle est excellente;

Londres fume la pipe, Paris la cigarette.

Londres est triste, Paris est gai; Londres voit le brouillard, Paris

le soleil; Londres est toujours pressé, Paris jamais; Londres est

commerçant, Paris industriel; Londres a peu de soldats, Paris en a

trop; à Londres les soldats portent la tunique rouge et le pantalon

noir, à Paris ils portent la tunique bleue et le pantalon rouge. A

Londres la Tamise est un bras de mer, à Paris la Seine est une simple

rivière; à Londres la Tamise est toujours sale, à Paris la Seine est

souvent propre; à Londres, dans les piscines ou dans la rivière, on se

baigne souvent nu, à Paris toujours en caleçon.

A Londres les cochers conduisent à gauche, à Paris à droite.

L’automédon à Londres prend place sur le derrière de son véhicule,

celui de Paris sur le devant. A Londres le «hooligan» se bat à coups de

poing, à Paris l’«apache» se bat à coups de couteau et de revolver. A

Londres le mont-de-piété s’appelle «mon oncle», et à Paris «ma tante».

Londres a le système duodécimal, Paris a le système décimal. La femme à

Londres aime la politique, à Paris elle s’en désintéresse. A Londres

c’est le père qui lève et couche ses enfants, à Paris c’est la mère.

Londres ferme ses théâtres le dimanche, Paris les laisse ouverts. A

Londres le derby est un mercredi, à Paris le grand prix est un dimanche.

A Londres la femme salue la première, à Paris c’est l’homme qui

commence. A Paris le mariage donne à la femme la liberté, à Londres le

mariage la lui enlève. A Londres les clergymen se marient, à Paris les

prêtres se contentent de célébrer les mariages des autres.

Et cette énumération humouristique pourrait être notablement allongée.

30, +Honorer+.--Dans le midi de la France, notamment en Périgord, on

se dit «Adieu» quand on se rencontre ou qu’on arrive en visite, ce qui

ailleurs ne se dit généralement que lorsqu’on se sépare.

=162=,

16, +Sarbatane+.--On dit aujourd’hui sarbacane: long bâton percé d’un

bout à l’autre avec lequel on projette, en soufflant, de petites balles

contre les oiseaux; par extension, parler par sarbatane, c’est parler

par personnes interposées.

18, +Soigneusement+.--En Guinée, à la Côte-d’Or notamment, pays qui,

il est vrai, sont sous l’équateur, les deux sexes vont complètement nus

jusqu’à l’âge de neuf à dix ans. Dans plusieurs cantons, les filles

n’y portent même pas de pagne (morceau d’étoffe dont les nègres et les

Indiens se couvrent de la ceinture aux genoux), jusqu’au jour de leur

mariage; celles qui ne trouvent pas de maris sont aussi nues à trente

ans qu’à quinze. PAYEN.

21, +Poste+.--A leur gré, à leur fantaisie, selon leur goût.--Dans

l’île de Chypre, dit JUSTIN, c’était une coutume d’envoyer sur le bord

de la mer, à certains jours fixes, les jeunes filles nubiles, sans dot,

en gagner une, en sacrifiant à Vénus leur virginité; cet usage, d’après

VALÈRE MAXIME, aurait également existé à Carthage, et aussi chez les

Lydiens et les Babyloniens, au dire d’Hérodote.

28, +Faire+.--Dans nombre de pays d’Europe, au moyen âge, princes,

seigneurs et même abbés et chanoines, entre autres les chanoines de

Lyon, avaient, sur leurs vassaux, le droit de se substituer au marié,

la première nuit des noces, droit dénommé «_Jus luxanda cosà_ (_droit

d’effraction_)». Ce droit existait notamment en Écosse, où il avait

été établi par le roi Evenus III, au début de l’ère chrétienne; «de

telle sorte, dit BUCHANAN, que le roi ne ménageant pas plus la chasteté

des femmes de ses nobles que ceux-ci celle des femmes de ses serfs,

les uns et les autres se trouvaient à cet égard sur un pied d’égalité

absolue»; il y subsistait encore dans la deuxième moitié du XIe siècle,

époque à laquelle Malcolm III, aux pieuses sollicitations de sa femme

Marguerite, l’abolit et lui substitua une redevance d’un demi-marc

d’argent qui fut payée jusqu’au XVIe siècle.--Aux îles Canaries, on

offrait aux chefs les prémices de toutes les vierges qui se mariaient

et celles qui se trouvaient acceptées, en étaient très honorées.

32, +Guerre+.--J.-J. ROUSSEAU, dans une lettre à d’Alembert,

n’émet-il pas l’idée d’envoyer les femmes à la guerre et de les

faire entrer dans les contingents à fournir aux armées, dans la même

proportion que les hommes dont le nombre serait de la sorte réduit de

moitié?

=164=,

5, +Vieillarts+.--Coutume de certains peuples de Thrace.

6, +Femmes+.--Au moyen âge, en France, on faisait usage de couches

et de couchettes. Les couchettes étaient des lits de proportions

égales aux nôtres à deux places; les couches avaient dix à onze pieds

(3m ½ environ), dans les deux sens, sorte de lits de camp où l’on

couchait sur deux rangs, les pieds de chaque rang vers le milieu

du lit; on en trouvait encore de la sorte, il y a un siècle, dans

quelques vieux châteaux de province. Le châtelain, sa dame, ses frères

d’armes, ses hôtes, ses chiens de chasse y couchaient tous ensemble.

Souvent, en outre, on faisait coucher ses serviteurs dans ses chambres

et cela encore aux XVIe et XVIIe siècles; c’est ainsi que le soir

de la Saint-Barthélemy, Charles IX, qui voulait sauver Coligny, le

garda longtemps au Louvre, et comme il s’en allait, cherchant à le

retenir, lui dit: «Reste donc ce soir, tu coucheras avec mon valet de

chambre.»--«Ma foi non, il est trop tard, je m’en vais,» reprit Coligny.

10, +Besoing+.--Les Cosaques Zaporogues, qui habitaient les îles du

Dniéper, n’admettaient parmi eux aucune femme; pour se reproduire,

ils usaient de captives qu’ils reléguaient hors de leur camp; ils en

élevaient les enfants mâles, et chassaient les filles. PAYEN.--En

Mongolie, se trouve une ville sans femmes «Maïtmachin», dont le nom

signifie marché; elle compte 70.000 habitants, est située sur le

chemin des caravanes, sur les confins de la Sibérie, et n’est peuplée

que de commerçants; le gouvernement chinois en interdit l’accès aux

femmes, pour empêcher ses sujets de s’établir à peu de distance de la

frontière. G{al} NIOX.

16, +Oyseaux+.--Chez les Guèbres ou Parsis, dans les Indes, les

cimetières sont des tours à ciel ouvert de douze à quinze pieds (4

à 5m de haut), sans ouvertures latérales; la partie supérieure est

garnie de barres de fer qui forment une sorte de grille horizontale

sur laquelle on place les corps pour y servir de pâture aux oiseaux de

proie, jusqu’à ce que les os tombent d’eux-mêmes sur le sol, où ils

s’accumulent, constituant un véritable charnier.

21, +Roy+.--Il en est, encore aujourd’hui, de même dans les mosquées;

on n’y entre qu’après avoir ôté ses sandales, si on est musulman, ou

chaussé de babouches par-dessus ses chaussures, si on est chrétien et

qu’on soit autorisé à y pénétrer. Dans les synagogues, les Juifs ne se

découvrent pas, et il est malséant de le faire. A Rome, ceux auxquels

il est accordé d’assister à la messe du Pape, à la chapelle Sixtine, le

font les hommes en habit, les femmes en mantille, les uns et les autres

sans gants.

22, +Eunuques+.--De εὐνή, lit, et ἔχω, je garde. Nom donné aux

hommes auxquels on a ôté la faculté d’engendrer et dont on se sert en

Orient pour garder les femmes dans les sérails; cette opération rend

l’homme imberbe, modifie sa voix, lui donne des allures féminines et

généralement porte à l’embonpoint. Elle se pratique également sur la

femme, en Hindoustan, en vue du même rôle, et s’effectue en piquant les

ovaires avec une aiguille trempée dans un liquide caustique, ce qui

amène l’atrophie de cet organe et aussi des transformations physiques,

dit-on, qui font que ces femmes ressemblent à des hommes.

23, +A dire+.--Vieille locution qui subsiste encore dans le midi et

signifie: de moins, manquer, faire défaut; de là vient le mot «adiré»,

une pièce adirée, c.-à.-d. perdue, employé dans le langage du palais.

V. N. =III=, 230: _Adiré_.

24, +Démons+.--Se rendre les démons favorables. Accointer, c’est

rechercher quelqu’un pour se le concilier, le gagner à soi.

25, +Lyon+.--Les Hottentots (Afrique australe) adoraient le lion.

31, +Leze-maiesté+.--Cet usage existait en Pologne, et aussi en

d’autres pays du Nord.

=166=,

1, +Police+.--Du gouvernement; cette acception du mot «police» est

presque constante dans les Essais.

9, +Effroy+.--Cette facilité dans l’accouchement n’est pas rare,

chez nous, parmi les femmes de la campagne; elle a été signalée comme

habituelle chez les négresses et aussi chez les indiennes de l’Amérique

du Nord.

10, +Greues+.--Des jambières ou armures de jambe.

15, +Accroupis+.--Dans les pays musulmans, les deux sexes

généralement urinent accroupis; en Guinée, dit SUIDAS, il est défendu

aux hommes, sous peine d’amende, d’uriner debout.

20, +Douze+.--Les Hurons, les Hottentots passent pour nourrir les

enfants au sein pendant quatre ou cinq ans; les femmes sauvages de

la Louisiane, jusqu’à six ou sept ans; les Mexicaines, plus encore.

Suivant AMUNDSEN, explorateur du pôle arctique de 1900 à 1903, chez les

Esquimaux les femmes donneraient le sein à leurs enfants jusqu’à dix

ans.

25, +Senteur+.--Il en était ainsi chez les Mexicains, d’après GOMARA;

les Chinois, dit-on, sont également peu délicats sous ce rapport.

30, +Ongle+.--En Chine, les lettrés et les docteurs, surtout ceux

qui sont de basse extraction, ne se coupent jamais les ongles; ils

affectent de les laisser croître jusqu’à la longueur d’un pouce. DU

HALDE.--Les négresses de la Côte-d’Or les laissent croître jusqu’à les

avoir quelquefois aussi longs qu’une phalange; elles les entretiennent

fort propres et s’en servent, le cas échéant, pour prendre de la poudre

d’or. ARTUS.

32, +Gentillesse+.--De nos jours, certains font de même, laissant

croître par coquetterie, par snobisme pour parler l’argot de nos gens à

la mode, d’un centimètre à un centimètre et demi l’ongle du petit doigt

de la main droite.

38, +Fils+.--Au Gabon, la mère reçoit ouvertement les caresses de son

fils, et les filles celles de leurs pères. ARTUS.

=168=,

2, +Humaine+.--Les Munbos, tribu de l’Afrique équatoriale, mangeaient

de la chair humaine. FARIO.--Les Anzikos, autre tribu africaine,

tuaient et mangeaient tous les prisonniers qu’ils faisaient à la

guerre; ils se mangeaient même les uns les autres, sans en excepter

leurs propres parents; la chair humaine se vendait sur leurs marchés,

comme le bœuf dans les boucheries d’Europe. PIGAFETTA.

3, +Aage+.--«Que la lie de l’esprit et du corps est humiliante à

supporter; j’aimerais les pays où par amitié on tue ses vieux parents,

si cela pouvait s’accommoder avec le Christianisme» (Mme DE SÉVIGNÉ).

5, +Tuez+.--A Sparte notamment.

7, +Seruir+.--Lycurgue, à Sparte, avait admis qu’un mari ayant des

enfants, prêtât sa femme à un autre qui n’en pouvait avoir de la sienne.

9, +Masles+.--On lit dans HÉRODOTE, à propos des Guidanes, peuplade

de Libye: «On dit que leurs femmes portent chacune autour de la

cheville du pied autant de bandes de peau qu’elles ont connu d’hommes;

celle qui en a davantage est la plus estimée, comme ayant été aimée

d’un plus grand nombre.»--Hérodote, du reste, dit bien d’autres choses:

«Dans la Babylonie, les mariages se font à la criée: Une fois l’an,

dans chaque bourgade, toutes les filles nubiles sont réunies et on

en forme deux groupes, les belles et celles qui ne le sont pas. Les

premières sont alors mises aux enchères, en commençant par la plus

belle; on passe ensuite aux autres en commençant par la plus laide.

Les prix d’adjudication des filles du premier groupe sont payés par

les acheteurs; pour celles du second, ils le sont aux acquéreurs sur

l’argent qui vient d’être versé pour celles-là, qui sert de la sorte à

constituer la dot de celles-ci.

11, +Main+.--Les Amazones, peuplade fabuleuse de la Scythie, qui se

perpétuaient, dit-on, par un commerce passager avec les habitants des

pays voisins, et exposaient leurs enfants mâles.--En Bohême, au VIIIe

siècle, il a existé de véritables Amazones qui, pendant plusieurs

années, répandirent la terreur dans la région, et qui ne purent être

exterminées qu’à grand’peine.

12, +Et ce que+.--Add. des éd. ant. à 88: _la raison et_.

15, +Festoyée+.--Les Thraces, d’après VALÈRE MAXIME; on ne peut que

louer, dit cet auteur, la sagesse de ce peuple qui accueille par des

pleurs la naissance de l’homme, et célèbre ses funérailles par des

réjouissances, ayant, sans les leçons des philosophes, deviné notre

véritable condition.--Les éditions antérieures présentent la variante

ci-après: _L’horreur de la mort estoit mesprisée, mais l’heure de sa

venüe, à l’endroit des plus cheres personnes qu’on eut, festoyée auec

grande allegresse: et quant à la douleur, nous en sçauons d’autres où

les enfans de sept ans souffroyent pour l’essay de leur constance, à

estre foëttez iusques à la mort sans changer de demarche ny de visage._

17, +Visage+.--A Lacédémone, d’après PLUTARQUE.

21, +Nasitort+.--Nom du cresson alénois (à feuilles découpées).

21, +Eau+.--En Perse, au temps de Cyrus, suivant XÉNOPHON.

22, +Cio+.--Auj. Céos; les habitants de cette île étaient réputés par

leur moralité, autant que ceux de Chio (île de l’Archipel, auj. Scio)

passaient pour être de mœurs dissolues.

23, +Honneur+.--Ces nombreux exemples, dont pour quelques-uns nous

avons indiqué la source, sont empruntés d’HÉRODOTE, de XÉNOPHON, de

PLUTARQUE, de SEXTUS EMPIRICUS, de VALÈRE MAXIME et des ouvrages

publiés alors sur l’Asie, l’Afrique et l’Amérique.

26, +Monde+.--Pindare dit cela de la loi νόμος; mais HÉRODOTE, III,

38, en citant ses paroles, donne à νόμος le sens de coutume.--On en dit

autant, et avec non moins de raison, de l’opinion.

34, +Famille+.--Les Hottentots, une fois reçus hommes en cérémonie

publique, peuvent, sans scandale, maltraiter et battre leur mère. KOLBA.

34, +Aristote+.--_Morale à Nicomaque_, VII, 6.

=170=,

1, +Coustume+.--On ne saurait disconvenir de cette assertion.

Le milieu ambiant, la mentalité du moment exercent une action

prépondérante sur la façon dont on envisage toutes choses. A la guerre,

l’homme le moins rapace trouve parfois tout naturel de s’emparer du

bien d’autrui; le plus sensible, de tuer sans nécessité. Les moins

cruels, les plus délicats finissent par prendre goût aux courses de

taureaux et voient sans dégoût éventrer les malheureux chevaux sans

défense qu’on y sacrifie. Tout Rome assistait avec transports aux

combats de gladiateurs. Ne voit-on pas journellement, dans les pays

non civilisés, les gens de nations tenant la tête de la civilisation,

qui y résident, commettre ou voir exercer sans en être révoltés les

pires cruautés sur les indigènes? Sous la Terreur, familiarisé avec

la guillotine, on n’y prêtait plus attention; on n’était plus guère

émotionné par le passage des charrettes de condamnés; parmi les

victimes elles-mêmes destinées à y monter le lendemain, la plupart n’en

étaient pas autrement troublées, pas plus qu’en temps d’épidémie, où la

mort est l’affaire de quelques heures, on ne se tourmente outre mesure.

Il en est de même a fortiori de la coutume et ce sont bien en réalité

les lois de la société, du pays et du moment, c’est-à-dire les mœurs,

qui créent les notions éminemment relatives et variables du bien et du

mal, et font que tels ou tels actes sont aujourd’hui vice ou vertu,

caractère qu’ils n’avaient pas hier, au moins au même degré et qui se

modifiera probablement demain.

4, +Crete+.--VALÈRE MAXIME, VII.

33, +Maistrise+.--Le cas est fréquent. Il n’en est guère de plus

caractéristique dans les temps modernes que celui des Anglais mettant à

mort leur roi Charles Ier parce qu’il voulait, disaient-ils, attenter

à leur liberté et à leurs privilèges et qui se rangèrent, au même

moment, aux lois autrement dures et tyranniques de Cromwell, dont

ils portèrent le joug patiemment et, après lui, supportèrent sans se

plaindre celui presque aussi despotique de Charles II.--Chez nous,

la période de Louis XVI, la Révolution, Napoléon, Louis XVIII, nous

représentent quelque chose d’analogue. En 1815, nous nous sommes

retrouvés presque exactement au même point qu’en 1789, après être

passés par les phases les plus aiguës; et ce n’est qu’en 1830 qu’un

nouvel à-coup de protestation s’est produit. Tout régime succédant à

un autre emporté par le flot populaire, peut, sous une autre forme,

reprendre les mêmes errements, avec grande chance de ne pas voir se

renouveler d’un certain temps semblable manifestation; toutefois, moins

que par le passé ces à-coups interrompent l’évolution de l’humanité:

le suffrage universel, les progrès de l’instruction, l’émancipation

des masses de plus en plus avides de libéralisme, de socialisme,

l’instantanéité des communications, la rapidité et la facilité des

transports, l’action continue et pénétrante de la presse, font que

chacun a une part beaucoup plus effective, bien qu’encore souvent

inconsciente et passive, aux questions d’ordre politique dont la

généralité se désintéressait jadis. A l’autorité d’un seul, s’est

substituée celle non moins intolérable, ni plus stable, des groupes;

les transformations s’opèrent par la force même des choses, mais sous

le couvert de la légalité; elles sont peut-être moins apparentes, mais

tout aussi réelles que par le passé et acheminent fatalement aux mêmes

revirements.

35, +Ecosse+.--Les Highlanders, ou Montagnards, ainsi qu’on les

appelle aujourd’hui.

39, +Eux-mesmes+.--Ceci est tiré d’HÉRODOTE, III, 38. «Chez les

Padéens, dit-il, peuplade de l’Inde, ses plus proches parents et ses

meilleurs amis tuent quiconque tombe malade, donnant pour raison que la

maladie le ferait maigrir et que sa chair serait moins bonne; il a beau

nier qu’il soit malade, ils l’égorgent impitoyablement et se régalent

de sa chair. Ils tuent de même et mangent ceux arrivés à un grand âge;

mais il s’en trouve peu dans ce cas, en raison des risques d’un sort

semblable que chacun court dès qu’il est malade.» V. N. =II=, 376:

Coustume.

=172=,

4, +Horreur+.--Nous voyons se reproduire ce même fait pour la même

cause, c’est-à-dire la force de l’habitude, et aussi quelque peu à la

réprobation dont, on ne sait pourquoi, la frappe l’Église catholique,

qu’il faut attribuer le peu de progrès que fait en France la crémation,

en dépit des appréhensions qu’inspirent les inhumations précipitées.

Ces appréhensions sont cependant des plus justifiées; en Angleterre,

rien que par le fait des exhumations pratiquées de 1900 à 1905, dans

les cimetières, il aurait été relevé que 149 personnes ainsi exhumées

avaient été enterrées vivantes.--La crémation est aujourd’hui admise

à peu près partout en Europe, mais pourtant encore peu en faveur

surtout par les raisons sus-indiquées. En France, il existe des fours

crématoires à Paris, Lyon, Rouen, Reims; d’autres sont en construction

ou en projet à Marseille, Dijon, Nîmes, Nice. A Paris, de 1889 à la

fin de 1905, 3.825 incinérations ont été effectuées; en cette dernière

année, il y en a eu 341. La durée de l’opération est d’une heure

environ, la redevance de 50 fr., le poids des cendres recueillies à peu

près le douzième de celui des corps incinérés.

15, +Platon+.--_Lois_, VIII, 6.

16, +Preposteres+.--A rebours, à contre-sens; par extension:

autrement qu’il ne faut, contre nature.

23, +Enfants+.--Un oracle avait prédit à Thyeste, frère du roi

d’Argos, qu’il aurait un fils de sa propre fille; pour éviter ce crime,

Thyeste, à la naissance de celle-ci, la fit élever loin de lui. Dans la

suite, l’ayant rencontrée dans un bois sans la connaître, il lui fit

violence et la rendit mère.--Une prédiction avait été faite à Laïus,

roi de Thèbes, que l’enfant qu’il attendait de Jocaste, sa femme,

lui donnerait la mort. Pour échapper à ce sort, dès la naissance de

l’enfant, il le fit exposer. Un berger de Corinthe l’ayant trouvé, le

porta à la reine, qui le nomma Œdipe et le fit élever. Devenu grand,

Œdipe consulta l’oracle sur sa destinée et apprit qu’il serait le

meurtrier de son père et époux de sa mère. Se croyant fils de la reine

de Corinthe, pour déjouer la fatalité il s’expatria. Chemin faisant,

il fit rencontre de Laïus, se prit de querelle avec lui et le tua.

Quelque temps après, il arriva à Thèbes, et trouva la ville désolée

par le Sphinx; il le vainquit et, pour prix de sa victoire, obtint la

main de Jocaste, promise à qui délivrerait la ville de ce monstre,

et réalisa ainsi, sans le savoir, la prédiction dont il avait été

l’objet.--Macareus eut un fils de sa propre sœur; leur père, instruit

de cet inceste, envoya à sa fille une épée avec laquelle elle se tua;

son frère échappa par la fuite au châtiment qui l’attendait, et se

réfugia à Delphes, où il fut admis au nombre des prêtres d’Apollon.

MYTH.

32, +Chrysippus+.--SEXTUS EMPIRICUS, _Pyrrh. hypot._, I, 14.

35, +Preiudice+.--Signifie ici préjugé.

=174=,

3, +Etat+.--Certains ont pensé voir, nonobstant ce qui suit, une

allusion aux préjugés religieux; il est hors de doute que telle n’a

pas été l’intention de Montaigne qui, de parti pris, s’en tient sans

discussion aux enseignements de l’Église.

6, +Oncques+.--Le droit romain qui était d’application courante et

qui alors n’existait écrit qu’en latin.

8, +Langue+.--Au moyen âge, il était fait usage du latin pour la

rédaction des actes judiciaires et notariés. En 1539, une ordonnance

de François Ier, datée de Villers-Cotterets, prescrivit que dorénavant

tout acte, etc. serait prononcé, enregistré et délivré aux parties en

leur langue maternelle. Depuis, cette langue s’est transformée, mais

les grimoires de la Basoche, continuant à être écrits dans le langage

d’il y a quatre siècles, sont redevenus presque incompréhensibles

pour la génération actuelle en attendant qu’une nouvelle ordonnance

intervienne.

Essais de Montaigne (self-édition) - Volume IV · 第 378 / 504 题