CHAPITRE XVII.

Ce chapitre porte le nº XVIII dans les éd. ant. et l’ex. de Bordeaux.

=98=,

4, +Passion+.--La peur est naturelle à l’homme, peu d’entre eux

l’ignorent; le plus grand nombre finit par en triompher, le lâche est

celui qui s’y abandonne.

8, +Esblouissements+.--«De tous les animaux, a dit le prince de

Ligne, l’homme est le plus peureux.»

8, +Vulgaire+.--Il n’y a pas que le vulgaire à subir des impressions

irraisonnées; les esprits forts n’en sont point exempts. Hobbes,

qui s’est élevé si énergiquement contre l’existence de Dieu et

l’immortalité de l’âme, telles que la religion nous les présente,

ne pouvait sans crainte des revenants traverser un cimetière; à

cette époque, XVIIe siècle, pas plus en Angleterre qu’en France, les

cimetières n’étaient clôturés.

13, +Corselets+.--Petites cuirasses que portaient les piquiers dans

les régiments des gardes et dont le nom s’étendait à ceux qui en

étaient revêtus.

14, +Rouge+.--Croix blanche et croix rouge. La croix, depuis les

croisades, était fréquemment employée en guerre, dans la catholicité,

par les nations adverses pour distinguer les belligérants. A la

bataille de Bouvines (1214), les Flamands et les Allemands, opposés aux

Français, avaient, pour se distinguer, adopté une croix rouge; au XVIe

siècle, la croix blanche était le signe distinctif des Français, la

croix rouge celui des Espagnols.

23, +Campaigne+.--En 1527. Le connétable de Bourbon, opérant pour

son propre compte à la tête de partisans auxquels il avait promis le

pillage de Rome, exécutait la reconnaissance de la place; l’acte de cet

enseigne lui révéla l’existence de cette brèche, par laquelle il fit

immédiatement donner l’assaut qui réussit, mais où il trouva la mort.

DU BELLAY, III.

27, +Canonniere+.--Embrasure ou ouverture ménagée pour le tir du

canon. Il est vraisemblable que c’est là une faute d’impression commise

en 1580, qui s’est reproduite d’édition en édition et qu’il faut lire

«caponière», sorte de retranchement élevé pour couvrir un passage ou

une sortie dans les ouvrages de fortification.

27, +Assaillans+.--En 1537. Il s’agit ici du siège de Saint-Pol, en

Artois. La ville fut emportée d’assaut; cinq mille personnes, tant

de la garnison que des habitants, périrent dans les massacres qui

suivirent. Guillaume du Bellay, qui raconte le fait (liv. VIII), dit:

«Et celuy-cy ie le vey»; il fut également témoin du suivant qui se

trouve consigné au même livre de ses Mémoires.

=100=,

1, +Partoit+.--L’an =3=. Germanicus, après avoir rendu les derniers

devoirs aux légions de Varus détruites en ce même endroit six ans

auparavant, continuait la poursuite des Germains, lorsque, arrivée

à une forêt où Arminius avait fait cacher les siens, la cavalerie

romaine fut assaillie à l’improviste et rejetée sur l’infanterie qui la

soutenait; le désordre, se propageant, menaçait de se transformer en

désastre, quand Germanicus, arrivant avec le corps de bataille, parvint

à l’arrêter. TACITE, _Annales_, I, 63.

10, +L’empire+.--En 832, en Cappadoce. «Il vaut mieux, lui dit-il,

que vous perdiez la vie que si, étant prisonnier, vous faisiez éprouver

un si grand déshonneur à la République.» Grâce à cette intervention de

Manuel, l’empereur échappa aux mains de l’ennemi; mais, à l’encontre

de Montaigne, Zonaras (liv. III), d’où le fait est tiré, donne ce

parti pris de ne point fuir, comme un trait de valeur inconsidéré de

Théophile, et non de frayeur.

12, +Vaillance+.--«Son courage est peut-être un effet de la peur.»

CORNEILLE, _Théodore_.

14, +Hannibal+.--Son père lui avait fait jurer une haine implacable

aux Romains. En =219=, il ralluma la guerre contre eux en prenant

et saccageant en pleine paix la ville de Sagonte (Espagne), leur

alliée. Puis, franchissant les Pyrénées, le midi de la Gaule et les

Alpes, il les vainc à la Trébie, au Tessin, au lac Trasimène (Italie

septentrionale), enfin à Cannes (Italie méridionale) en =216=. La

fortune cessa dès lors de lui être favorable, et, après s’être maintenu

quatorze ans en Italie, sans autres hauts faits, il dut repasser en

Afrique pour aller défendre Carthage menacée. Vaincu à Zama (=202=),

pour ne pas tomber aux mains des Romains, il s’exile en Asie Mineure,

où il ne cesse de leur fomenter des ennemis, et finalement s’empoisonne

pour ne pas leur être livré.

19, +Victoire+.--Bataille de la Trébie, en =218=. TITE-LIVE, XXI, 56.

30, +Suspendues+.--CICÉRON, _Tusc._, III.--En =48=. Fuyant en Égypte,

après sa défaite à Pharsale, Pompée y fut assassiné, au moment où il

débarquait, par des soldats du roi Ptolémée envoyés à sa rencontre

comme pour lui faire honneur; sa tête fut portée à César qui versa des

larmes à cet aspect, et peu après punit les meurtriers.

=102=,

7, +Discours+.--C.-à-d. qui n’est pas causée par une erreur de notre

jugement, en est indépendante et se produit en dépit de lui.

15, +Ire+.--Colère, du latin _ira_ qui a même signification.

15, +Dieux+.--Ces paniques qui furent assez fréquentes à Carthage,

notamment durant ses guerres avec les Syracusains qui, passés

inopinément en Afrique, avaient failli surprendre la ville (vers l’an

=400=), étaient considérées par elle, concurremment avec les défaites

qu’elle éprouvait, comme autant de manifestations de la colère des

dieux qu’ils cherchaient à apaiser par des sacrifices humains. DIODORE

DE SICILE, XV, 7.

16, +Paniques+.--Ainsi nommées de ce qu’elles passaient comme

inspirées, le plus ordinairement, par Pan, le dieu des champs par

excellence.--Les paniques sont des défaillances collectives qui se

produisent sans même qu’on sache pourquoi; parfois elles sont amenées

par une surprise de l’ennemi, très souvent elles naissent sur les

derrières de l’armée, elles sont de tous les temps; on en constate

chez tous les peuples, quoique l’histoire ne les énumère guère, mais

on n’aime pas à parler des siennes et on ignore celles survenues chez

l’adversaire. Chez nous, durant les vingt-trois ans qu’a duré l’épopée

révolutionnaire, on en a relevé jusqu’à trois cents. Souvent elles

sont l’effet d’un énervement prolongé et c’est ce qui fait qu’elles se

produisent fréquemment le soir ou le lendemain d’une action, même chez

le vainqueur, comme chez nous à Wagram à la fin de la bataille, et le

lendemain à Solférino (1859); chez les Prussiens, le soir du 18 août

70; à Iéna, en 1806, les mêmes en éprouvèrent une deux ou trois jours

avant la bataille.--Le cheval y est sujet plus encore que l’homme.

(Général Daudignac).

Essais de Montaigne (self-édition) - Volume IV · 第 372 / 504 题