CHAPITRE XVI.

Ce chapitre porte le nº XVII dans les éd. ant. et l’ex. de Bordeaux.

=92=,

5, +Voyages+.--Montaigne aimait beaucoup les voyages; il en a fait

d’assez fréquents en France, et en a accompli un de dix-huit mois en

1580-81 en Italie par la Suisse et l’Allemagne, dont il a laissé un

journal écrit partie en français, partie en italien; en partie dicté,

en partie de sa main.

8, +Mieux+.--De Sacy (anagramme d’Isaac), de Port-Royal (1612 à

1684), avait mis à profit cette leçon de Montaigne, et toujours

il ramenait la conversation sur ce qui était l’occupation de son

interlocuteur, parlant peinture avec Philippe de Champagne, philosophie

avec Pascal, etc.--Le général Desvaux (1810 à 1887) qui, en Algérie,

développa si grandement la colonisation dans la province de Constantine

et y introduisit la construction des puits artésiens d’après nos

procédés, le même qui, en 1870, à Metz, chef par intérim de la Garde

impériale, dont il commandait la cavalerie, fut le seul à se déclarer

contre la capitulation, dans le conseil de guerre où elle fut décidée,

agissait de même.

11, +Armenti+.--Traduction italienne d’un passage de Properce, II, I,

43, dont le texte latin est:

_Navita de ventis, de tauris narrat arator:

Enumerat miles vulnera, pastor oves._

16, +Poëte+.--PLUTARQUE, _Apophthegmes des Lacédémoniens_.--Voltaire

était plus porté à se targuer de ses connaissances assez faibles en

géométrie et en astronomie que de ses talents littéraires; Diderot

était dans le même cas; le peintre David se croyait législateur; l’abbé

Delille voulait parler d’histoire naturelle; le Jésuite Daniel, se

connaître en détails stratégiques; Frédéric II, être poète; le peintre

Carteaux et le médecin Doppet, sous la Révolution, être généraux en

chef.

21, +Ingenieur+.--Allusion au pont que César fit construire sur

le Rhin, pour le passage de ses troupes en Allemagne, construction

sur laquelle il s’étend volontiers dans ses Commentaires, _De Bello

Gallico_, IV, 17; Montaigne y revient au ch. XXXIV du liv. II (V. N.

=II=, 650: Rhin).

24, +Guere+.--DIODORE DE SICILE, XV, 6.--Ce fut aussi le travers du

cardinal de Richelieu.

26, +Estude+.--Cabinet de travail; le mot étude est employé ici dans

le même sens que l’on dit aujourd’hui: étude d’avoué, de notaire.

29, +Vis+.--Montaigne avait d’abord écrit: «la vis par où il estoit

monté», texte qu’il a ensuite modifié, mais qui ne laisse aucun doute

sur la signification du mot «vis» qui n’est autre ici qu’un escalier

tournant.

=94=,

14, +Conduire+.--Si Montaigne eût vécu de notre temps, il eût pu

ajouter: «Quant à ceux, si nombreux aujourd’hui, qui font profession

d’écrire sur tout, leur style est souvent leur seul mérite; la plupart

du temps il n’y a rien à puiser dans leurs écrits; bien plus, il faut

s’en défier. Ne connaissant rien à fond de ce dont ils parlent, ils ne

peuvent en juger que superficiellement: la compétence leur fait défaut,

si grande que soit leur assurance, sans compter qu’ils n’ont pas plus

souci de la vérité et de l’exactitude, que du mal qu’ils font sciemment

ou inconsciemment.»

16, +Langey+.--Guillaume du Bellay, seigneur de Langeais.

23, +Soldats+.--«Et subjects». Add. des éd. ant. et de l’ex. de

Bordeaux.

27, +Batteau+.--En 1536. Ce consistoire ne fut à proprement parler

qu’une audience publique du Pape, où l’Empereur arriva inopinément,

mais avec l’idée préméditée d’y défier François Ier. Ce défi était un

des trois moyens qu’il suggérait pour terminer leurs différends: la

guerre, l’accession à ses revendications, le combat singulier; les

duchés de Bourgogne et de Milan, qu’il réclamait, devaient être dans

ces diverses éventualités le prix du vainqueur. DU BELLAY, V.--Quel

malheur que les chefs d’États ne règlent pas toujours leurs différends

en combat singulier, comme le proposait Charles-Quint, au lieu de

recourir à la guerre! ce serait au moins un cas où le duel aurait du

bon et il n’en serait pas pour cela beaucoup plus fréquent.

=96=,

13, +Subiection+.--Pensée traduite d’Aulu-Gelle, I, 13, auquel est

aussi emprunté le fait suivant.

14, +Heureux+.--Parce qu’il était très riche, très noble, très

éloquent, fort savant sur le droit et souverain pontife. AULU-GELLE.

37, +Decret+.--Cette observation de Montaigne est juste. C’est ainsi

qu’à la guerre, il est de principe que celui qui est sur place est

maître absolu de ses faits et gestes, tout en se conduisant, dans

les limites du possible, suivant les instructions qu’il a reçues; et

c’est à l’inobservation de cette règle que, dans la deuxième partie

du XVIIIe siècle, les armées autrichiennes, recevant leur direction

du Conseil aulique siégeant à Vienne, ont dû d’éprouver de nombreux

revers. Le maréchal Pélissier, à Sébastopol, en 1855, harcelé par les

recommandations et instructions qui lui venaient pareillement de Paris,

y mit fin en menaçant de couper le cable télégraphique qui le reliait à

ceux qui avaient la prétention de le tenir ainsi en lisière. Ceci nous

amène à cette question si délicate de l’emploi souvent abusif qui est

fait de l’armée en temps de paix et des droits et devoirs de chacun en

pareil cas:

«On ne peut commander et on ne doit obéir que pour le bien du

service et l’exécution des règlements militaires; cette règle

régit tous les échelons, y compris le Ministre de la guerre et le

Gouvernement lui-même.

«L’obéissance indiscrète outrepasse les ordres; l’obéissance

imparfaite s’y tient strictement; l’obéissance parfaite obéit

en tout ce qui est permis; or, il n’est permis à personne, non

plus qu’au Gouvernement et à ses représentants, d’enfreindre

les lois fondamentales de l’humanité, de rien faire au delà des

limites assignées par les règlements, ni au delà de ce que permet

l’honneur.

«L’armée n’a pas à assurer en temps habituel l’exécution des

lois; ses occupations, comme ses devoirs, sont autres: la

cavalerie n’est pas lancée à la poursuite des voleurs, caissiers

et autres; l’infanterie ne procède ni aux arrestations, ni aux

transferts de prisonniers; l’artillerie ni le génie ne détruisent

les bâtiments destinés à disparaître: rien de tout cela ne

regarde les militaires; pour toutes ces besognes, il y a des

agents spéciaux.

«Dans cet emploi irrégulier de l’armée, sa participation à toutes

les inaugurations, à toutes les fêtes, à toutes les expositions,

est pour beaucoup; on est arrivé à la considérer comme bonne à

tout faire.» G{al} Donop.

Notons encore que chacun, dans l’accomplissement de la mission qu’il a

reçue, n’a d’instructions à recevoir que de son chef direct; nul autre

n’a à s’immiscer dans les moyens d’exécution.

Ces principes consacrés par le bon sens, étaient jadis confirmés d’une

façon péremptoire par les règlements; mais ceux-ci ont été à cet égard

quelque peu modifiés récemment pour avoir raison des résistances que

rencontraient des exigences abusives; ici comme ailleurs, quand la

politique sectaire s’en mêle, rien de ce qui devrait l’être, n’est plus

respecté.

Essais de Montaigne (self-édition) - Volume IV · 第 371 / 504 题