CHAPITRE III.

14, +Beant+.--Béer, verbe qui avait le sens du mot latin _inhiare_;

n’est plus aujourd’hui usité qu’aux participes: bouche bée, bouche

béante.

26, +Plus+.--«Le présent n’est jamais notre but; le seul avenir

est notre objet; ainsi nous ne vivons jamais, mais nous espérons

vivre.» PASCAL.--«La nature nous rendant malheureux en tous états,

nos désirs nous figurent un état heureux; et, quand nous arriverions

à les satisfaire, nous n’en serions pas plus heureux pour cela, parce

que nous en aurions d’autres conformes à notre nouvel état.» LA

BRUYÈRE.--«La vie... se passe toute à désirer; l’on remet à l’avenir

son repos et ses joies... Ce temps arrive qui nous surprend dans les

désirs...; on en est là quand la fièvre nous saisit et nous éteint; si

on eût guéri, ce n’eût été que pour désirer plus longtemps.» LA BRUYÈRE.

27, +Anxius+.

«..... Tant de prudence entraîne trop de soin,

Je ne sais pas prévoir les malheurs de si loin.»

RACINE, _Andromaque_.

... «La prévoyance! La prévoyance qui nous porte sans cesse au

delà de nous, souvent nous place où nous n’arriverions point;

voilà la véritable source de toutes nos misères.» J.-J. ROUSSEAU,

_Émile_.

28, +Congnoy+.--«Un beau mot, dit Platon dans _Timée_, court depuis

longtemps dans le monde, c’est que seul le sage s’attache uniquement à

ses propres affaires et arrive à se connaître lui-même.»--Cette même

idée se retrouve dans ces sentences si souvent reproduites: Γνωθὶ

σεαυτόν et _Nosce te ipsum_ (Connais-toi toi-même).

=30=,

4, +L’aduenir+.--Épicure enseignait que le plaisir est le souverain

bien de l’homme et que tous ses efforts doivent tendre à l’obtenir;

mais il faisait consister le plaisir dans la culture de l’esprit et la

pratique de la vertu. Après lui, ses disciples dénaturèrent sa doctrine

en l’étendant aux plaisirs des sens, que ses adversaires ont alors

présentés comme étant son unique but, ce qu’avec eux la postérité a

trop facilement admis. Il expliquait tout par le concours fortuit des

atomes, rejetait l’immortalité de l’âme, admettait des dieux, êtres

d’une nature supérieure à l’homme, mais leur refusait toute action sur

le monde et niait la Providence, prétendant détruire ainsi, par la

racine, toute superstition.

6, +Mort+.--Il en était ainsi dans l’Égypte ancienne à l’égard des

rois et même des simples particuliers. Tout le monde avait le droit

d’accusation, et, si le fait incriminé était prouvé, il entraînait la

privation de sépulture légale, c’est-à-dire en rapport avec le rang

que le mort avait occupé et dans le lieu que ce rang lui assignait.

DIODORE DE SICILE, I, 6.--«Il est étonnant et regrettable, lit-on dans

l’Encyclopédie du XVIIIe siècle, que ceux qui ont imaginé le dogme

de l’immortalité de l’âme, ne s’en soient pas servis pour, en même

temps, persuader aux hommes qu’ils entendront dans l’autre monde les

jugements divers qu’on portera sur eux lorsqu’ils ne seront plus.» Dans

ces jugements il ne faut probablement pas comprendre ces panégyriques

d’usage, toujours exagérés, quand ils ne sont pas complètement

mensongers, prononcés aujourd’hui sur nos tombes.

«Quand un roi fainéant, la vergogne des princes,

Laissant à ses flatteurs le soin de ses provinces,

Entre les voluptés indignement s’endort,

Quoique l’on dissimule, on n’en fait point d’estime.

Et si la vérité se peut dire sans crime,

C’est avecque plaisir qu’on survit à sa mort.»

Essais de Montaigne (self-édition) - Volume IV · 第 357 / 504 题