CHAPITRE II.

=24=,

2, +Malignité+.--_Tristezzia_, en italien, signifie malignité,

méchanceté; et _tristitia_, tristesse, ennui.

6, +Perse+.--En =525=; HÉRODOTE, III, 14.

12, +Domestiques+.--Ne signifie pas ici serviteur, mais ami de

la maison, familier, sens que ce mot avait en latin et au temps de

Montaigne, et qu’il a conservé longtemps encore après. Hérodote dit que

cet homme était un vieillard qui mangeait ordinairement à la table du

roi (LE CLERC).

14, +Nostres+.--Un prince des nôtres, c’est-à-dire un prince

français, mais n’appartenant ni à la maison royale de France, ni

à celle des Bourbons.--Il est question ici du cardinal Charles de

Lorraine qui, en 1563, était au concile de Trente (Tyrol), lorsqu’il

apprit l’assassinat du duc de Guise par Poltrot de Méré et la mort,

à la suite de la bataille de Dreux, d’un autre frère bâtard, abbé de

Cluny.

31, +Exprimer+.--Cette disposition d’esprit si contradictoire

existe en moi et probablement chez beaucoup d’autres: Toute histoire

touchante que je lis, tout drame que je vois représenter au théâtre,

me font venir les larmes aux yeux, tandis que les faits analogues de

la vie réelle dont je suis témoin, si tragiques soient-ils et lors

même que j’y suis directement intéressé, me laissent impassible. La

nouvelle de la mort de mon fils aîné, survenue au Tonkin et apprise

par la voie des journaux, ne m’a causé sur le moment nulle émotion

apparente, tandis que depuis, et aujourd’hui encore, après bien des

années, ma pensée ne se reporte jamais sur lui sans un attendrissement

manifeste. G. M.--A la suite de cette réponse de Psamménite, Cambyse

donna ordre de délivrer son fils et sa fille; mais déjà le premier,

conduit au supplice un mors dans la bouche, ce qui était un signe de

servage, n’était plus, et lui-même, il le traita avec bonté. Dans la

suite, Psamménite ayant incité les Égyptiens à la révolte, fut condamné

à boire du sang de taureau, ce dont il mourut sur-le-champ. HÉRODOTE,

III, 14.

37, +Dueil+.--Lors de la guerre de Troie (=XIVe= siècle), des vents

contraires persistants empêchant la flotte des Grecs de mettre à la

voile, les devins déclarèrent que c’était du fait de Diane irritée

contre Agamemnon leur chef et que la déesse ne pouvait être apaisée

que par le sang d’une princesse de la famille royale. Après avoir

longtemps lutté, Agamemnon, cédant aux sollicitations de ses alliés,

consentit au sacrifice d’Iphigénie sa fille. Diane satisfaite substitua

à la victime une biche qui lui fut immolée et transporta la princesse

en Tauride où elle en fit une prêtresse de son culte.--Le peintre qui

peignit cette scène, Timanthe (=IVe= siècle), donnait au grand prêtre

Calchas, qui avait réclamé le sacrifice, l’air abattu; il représentait

Ulysse consterné, Ajax frémissant de rage d’une telle cruauté, Ménélas

poussant des cris lamentables, un aruspice, des amis, un frère en

pleurs, et Agamemnon, le père de la victime, la tête couverte d’un

voile, laissant, a-t-on dit, à la sensibilité du spectateur à juger de

sa douleur; peut-être aussi n’était-il affublé de ce voile qu’en suite

du rite en pareille circonstance, ainsi que cela se voit dans certaines

cérémonies de l’Église catholique, lors des relevailles par exemple.

CICÉRON, _Orat._, 22; VALÈRE MAXIME, VIII, 11.--Plutarque raconte un

fait identique au sacrifice d’Iphigénie: le consul romain Métellus,

devant passer en Sicile avec son armée, avait sacrifié aux Dieux,

mais en omettant Vesta. Celle-ci pour se venger fit également souffler

des vents contraires qui mettaient obstacle au départ. Pour l’apaiser,

Métellus, sur le conseil des devins, consentit également à lui

sacrifier sa fille et Vesta, comme Diane prise de compassion, substitua

une génisse à la victime qu’elle transporta à Lavinium et attacha à ses

autels.--Ce passage des Essais est peut-être ce qui a inspiré à Robert

Fleury de représenter, dans son tableau de la mort de Montaigne, sa

veuve la figure masquée par un mouchoir qu’elle tient à la main.

40, +Rocher+.--Niobé, glorieuse de ses sept garçons et de ses sept

filles, en vint à mépriser Latone qui n’avait d’enfants qu’Apollon

et Diane. La déesse offensée leur remit le soin de la venger; ils

firent périr sous leurs flèches tous ceux de Niobé, tandis que la mère

elle-même était changée en rocher. MYTHOLOGIE.

41, +Malis+.--Le texte d’Ovide porte: _Diriguitque malis_.

=26=,

9, +Mena+.--Mena, dans cette acception, est purement latin; on dit

dans cette langue _ducere bellum_, faire la guerre. NAIGEON.

10, +Hongrie+.--En 1560, à propos de la couronne de Hongrie que

Ferdinand I, empereur d’Allemagne, disputa d’abord à Jean I Zapoly,

puis à son fils Jean II, dont les droits étaient défendus par sa mère

Isabelle, conflit qui se termina par le mariage de Jean II avec la

fille de Ferdinand.

31, +Nocte+.--Ces vers de Catulle sont une imitation d’une Ode de

Sappho, que Boileau a traduite. Delille a fait quelques changements à

cette traduction, pour se rapprocher davantage de la forme de l’ode

sapphique:

«De veine en veine, une subtile flamme

Court dans mon sein, sitôt que je te vois;

Et, dans le trouble où s’égare mon âme,

Je demeure sans voix.

Je n’entends plus, un voile est sur ma vue;

Je rêve, et tombe en de douces langueurs;

Et, sans haleine, interdite, éperdue,

Je tremble, je me meurs!»

39, +Iouïssance+.--Add. de 1588: _accident qui ne m’est pas incogneu_.

=28=,

1, +Routte+.--Déroute, de l’italien _rotta_ qui a même signification.

1, +Cannes+.--Le fait est affirmé par Pline, VII, 54.--Tite-Live en

raconte un semblable arrivé après la bataille de Trasimène, perdue

l’année précédente (=217=) également par les Romains contre Annibal.

1, +Sophocles+.--Sophocle serait mort de joie, disent les uns, en

apprenant le succès d’une de ses pièces; selon d’autres, en avalant un

grain de raisin, comme il arriva à Anacréon. On attribue à Sophocle,

mort à 90 ans environ, 120 à 130 pièces de théâtre; vingt fois, il

avait remporté la palme de la tragédie.--Chilon serait également mort

de joie, en embrassant son fils couronné aux Jeux Olympiques.

2, +Tyran+.--Pline (VII, 54) dit que ce fut la joie d’avoir remporté

le prix de tragédie qui causa la mort de Denys; Diodore de Sicile,

que ce furent les excès de table auxquels il se livra en suite de la

satisfaction qu’il en éprouva.--Cette épithète de «tyran» n’impliquait

pas, dans l’antiquité comme de nos jours, une idée de cruauté; chez les

Grecs, comme chez les Romains, elle désignait un souverain de pouvoir

absolu et le plus souvent usurpé.

4, +Decernez+.--En Corse, en =163=, Thalva, ou mieux Thalna, offrait

un sacrifice quand il reçut le décret du Sénat qui lui accordait les

honneurs du triomphe; il l’ouvrit, le lut et tomba expirant de l’autel.

VALÈRE MAXIME, IX, 12.--Pour obtenir les honneurs du triomphe, il

fallait avoir vaincu dans une bataille où cinq mille ennemis au moins

avaient été tués, ce qui amenait souvent à continuer le carnage, lors

même que déjà on était victorieux.

7, +Mourut+.--En 1521; Léon X venait d’apprendre coup sur coup la

reprise de Milan, de Plaisance et, le jour même de sa mort, celle de

Parme sur les Français qu’il abhorrait. Sa fin inopinée donna lieu à

des soupçons d’empoisonnement que discrètement on s’abstint d’élucider.

GUICCIARDIN, _Hist. d’Italie_, XIV.--Martin du Bellay (l. II) dit assez

plaisamment à cette occasion: «Le pape Léon X fut bien aise de mourir

de joie.»

11, +Faict+.--Diodore mourut de honte de n’avoir pu répondre sur le

moment même à des raisonnements captieux que lui proposait Stilpon.

PLINE, VII, 53.

Essais de Montaigne (self-édition) - Volume IV · 第 356 / 504 题