Socrates disoit, que le principal office de la sagesse est distinguer
les biens et les maux. Nous autres, à qui le malheur est tousiours en
vice, deurions de mesme auoir la science de distinguer les vices: sans
laquelle, bien exacte, le vertueux et le meschant demeurent meslez et
incognus, =I=, 612.
Il faut voir son vice, et l’estudier, pour le redire: ceux qui le
celent à autruy, le celent ordinairement à eux mesmes: et ne le
tiennent pas pour assés couuert, s’ils le voyent. Ils le soustrayent et
desguisent à leur propre conscience, =III=, 186.
Les vices sont tous pareils en ce qu’ils sont tous vices: mais encore
qu’ils soyent également vices, ils ne sont pas égaux vices. Et que
celuy qui a franchi de cent pas les limites, ne soit pas de pire
condition, que celuy qui n’en est qu’à dix pas, il n’est pas croyable:
et que le sacrilege ne soit pire que le larrecin d’vn chou de nostre
iardin: Il y a autant en cela de diuersité qu’en aucune autre chose,
=I=, 612.
Ie tiens pour vices, mais chacun selon sa mesure, non seulement ceux
que la raison et la nature condamnent, mais ceux aussi que l’opinion
des hommes a forgé, voire fauce et erronee, si les loix et l’vsage
l’auctorise, =III=, 112.
Il n’est veritablement vice qui n’offence, et qu’vn iugement entier
n’accuse. Car il a de la laideur et incommodité si apparente, qu’à
l’aduanture ceux-là ont raison, qui disent, qu’il est principalement
produict par bestise et ignorance: tant est-il mal-aisé d’imaginer
qu’on le cognoisse sans le haïr. La malice hume la pluspart de son
venin, et s’en empoisonne, =III=, 112.
Aucuns, ou pour estre collez au vice d’vne attache naturelle, ou par
longue accoustumance, n’en trouuent plus la laideur. A d’autres, le
vice poise, mais ils le contrebalancent auec le plaisir, ou autre
occasion: et le souffrent et s’y prestent, à certain prix. Vitieusement
pourtant, et laschement, =III=, 122.
L’ambition, l’auarice, l’irresolution, la peur et les concupiscences,
ne nous abandonnent point pour changer de contrée: Elles nous suiuent
souuent iusques dans les cloistres, et dans les escoles de Philosophie.
Ny les desers, ny les rochers creusez, ny la here, ny les ieusnes, ne
nous en démeslent, =I=, 412.
C’est vne tres-vtile impression, que les vices, quand ils se
desroberont de la veuë et cognoissance de l’humaine iustice, demeurent
tousiours en butte à la diuine, qui les poursuyura, voire apres la mort
des coulpables, =II=, 322.
Ny les Dieux, ny les gens de bien, dict Platon, n’acceptent le present
d’vn meschant, =I=, 594.
Combien auons nous de mestiers et vacations receuës, dequoy l’essence
est vicieuse? =I=, 582.
Il y a des vices legitimes, comme plusieurs actions, ou bonnes, ou
excusables, illegitimes. La iustice en soy, naturelle et vniuerselle,
est autrement reglee, et plus noblement, que n’est cette autre iustice
speciale, nationale, contrainte au besoing de nos polices, =III=, 90.
La corruption du siecle se fait, par la contribution particuliere
de chacun de nous. Les vns y conferent la trahison, les autres
l’iniustice, l’irreligion, la tyrannie, l’auarice, la cruauté, selon
qu’ils sont plus puissans: les plus foibles y apportent la sottise, la
vanité, l’oisiueté, =III=, 378.
C’est dommage qu’vn meschant homme ne soit encore vn sot, et que la
decence pallie son vice, =III=, 190.