Il n’est rien si dissociable et sociable que l’homme: l’vn par son
vice, l’autre par sa nature, =I=, 412.
La societé des hommes se tient et se coust, à quelque prix que ce soit.
En quelque assiette qu’on les couche, ils s’appilent, et se rengent, en
se remuant et s’entassant: comme des corps mal vnis qu’on empoche sans
ordre, trouuent d’eux mesmes la façon de se ioindre, et s’emplacer,
les vns parmy les autres: souuent mieux, que l’art ne les eust sçeu
disposer, =III=, 396.
En cette escole du commerce des hommes, i’ay souuent remarqué ce vice,
qu’au lieu de prendre cognoissance d’autruy, nous ne trauaillons
qu’à la donner de nous: et sommes plus en peine d’emploiter nostre
marchandise, que d’en acquerir de nouuelle, =I=, 244.
En compagnie, il faut auoir les yeux par tout: car les premiers sieges
sont communement saisis par les hommes moins capables, et les grandeurs
de fortune ne se trouuent gueres meslees à la suffisance, =I=, 246.
Il nous fault prendre garde, combien c’est, de parler à son heure, de
choisir son poinct, de rompre le propos ou le changer, d’vne authorité
magistrale: de se deffendre des oppositions d’autruy, par vn mouuement
de teste, vn sous-ris, ou vn silence, deuant vne assistance, qui
tremble de reuerence et de respect, =I=, 360.
Le masque des grandeurs, qu’on represente aux comedies, nous touche
aucunement et nous pippe, =III=, 358.
La douceur d’vne sortable et aggreable compagnie, ne se peut assez
acheter à mon gré, =III=, 444.
Vne ame bien nee, et exercee à la practique des hommes, se rend
plainement aggreable d’elle mesme. L’art n’est autre chose que le
contrerolle, et le registre des productions de telles ames, =III=, 148.
Ie fuis les complexions tristes, et les hommes hargneux, comme les
empestez, =III=, 506.
Nul plaisir n’a saueur pour moy sans communication. Il ne me vient pas
seulement vne gaillarde pensée en l’ame, qu’il ne me fasche de l’auoir
produit seul, et n’ayant à qui l’offrir. Mais il vaut mieux encore
estre seul, qu’en compagnie ennuyeuse et inepte, =III=, 456.