I’ay veu ailleurs des maisons ruynées, et des statues, et du ciel et
de la terre: ce sont tousiours des hommes. Tout cela est vray: et si
pourtant ne sçauroy reuoir si souuent le tombeau de cette ville, si
grande, et si puissante, que ie ne l’admire et reuere. Le soing des
morts nous est en recommandation. Or i’ay esté nourry des mon enfance,
auec ceux icy. I’ay eu cognoissance des affaires de Rome, long temps
auant que ie l’ay euë de ceux de ma maison. Ie sçauois le Capitole
et son plant, auant que ie sceusse le Louure: et le Tibre auant la
Seine. J’ay eu plus en teste, les conditions et fortunes de Lucullus,
Metellus, et Scipion, que ie n’ay d’aucuns hommes des nostres. Ce
seroit ingratitude, de mespriser les reliques, et images de tant
d’honnestes hommes, et si valeureux lesquels i’ay veu viure et mourir:
et qui nous donnent tant de bonnes instructions par leur exemple, si
nous les sçauions suyure. Et puis cette mesme Rome que nous voyons,
merite qu’on l’ayme. Il n’est lieu çà bas, que le ciel ayt embrassé
auec telle influence de faueur, et telle constance. Sa ruyne mesme est
glorieuse et enflée. Encore retient elle au tombeau des marques et
image d’empire, =III=, 474.