Le plus aspre et difficile mestier du monde, à mon gré, c’est faire
dignement le Roy. Il est difficile de garder mesure, à vne puissance si
desmesuree, =III=, 324.
Ce n’est pas peu de chose que d’auoir à regler autruy, puis qu’à regler
nous mesmes, il se presente tant de difficultez, =I=, 488.
Vn Roy doit pouuoir respondre, comme Iphicrates respondit à l’orateur
qui le pressoit en son inuectiue de cette maniere: Et bien qu’es-tu,
pour faire tant le braue? es-tu homme d’armes, es-tu archer, es-tu
piquier? Ie ne suis rien de tout cela, mais ie suis celuy qui sçait
commander à tous ceux-là, =I=, 434.
Paroistre excellent en des parties moins necessaires, c’est produire
contre soy le tesmoignage d’auoir mal dispencé son loisir, et l’estude,
qui deuoit estre employé à choses plus necessaires et vtiles, =I=, 434.
Le jugement d’vn Empereur, doit estre au dessus de son empire; et le
voir et considerer, comme accident estranger. Et luy doit sçauoir iouyr
de soy à part; et se communicquer comme Iacques et Pierre: au moins à
soy-mesmes, =III=, 500.
Toutes les vraies commoditez qu’ont les Princes, leurs sont communes
auec les hommes de moyenne fortune, ils n’ont point d’autre sommeil
et d’autre appetit que le nostre: leur couronne ne les couure ny du
soleil, ny de la pluie, =I=, 494.
La royauté adiouste peu au bon heur: ce n’est que biffe et piperie,
=I=, 488.
L’Empereur, duquel la pompe vous esblouit en public: voyez le derriere
le rideau, ce n’est rien qu’vn homme commun, et à l’aduenture plus
vil que le moindre de ses subiects. La coüardise, l’irresolution,
l’ambition, le despit et l’enuie l’agitent comme vn autre: et le soing
et la crainte le tiennent à la gorge au milieu de ses armées. La
fiebure, la migraine et la goutte l’espargnent elles non plus que nous?
Quand la vieillesse luy sera sur les espaules, les archers de sa garde
l’en deschargeront ils? Quand la frayeur de la mort le transira, se
r’asseurera il par l’assistance des Gentils-hommes de sa chambre? Quand
il sera en ialousie et caprice, nos bonnettades le remettront elles? Ce
ciel de lict tout enflé d’or et de perles, n’a aucune vertu à rappaiser
les tranchées d’vne verte colique. C’est vn homme pour tous potages.
Et si de soy-mesmes c’est vn homme mal né, l’empire de l’vniuers ne le
sçauroit rabiller, =I=, 484.
Les taches s’agrandissent selon l’eminence et clarté du lieu, où elles
sont assises: et vn seing et vne verrue au front, paroissent plus que
ne faict ailleurs vne balafre; ce qui est à nous indiscretion, à eux le
peuple iuge que ce soit tyrannie, mespris, et desdain des loix,
=I=, 490.
C’est peu, au seruice des Princes, d’estre secret, si on n’est menteur
encore, =III=, 188.
Sans compter qu’il se faut bien garder de faire tant de seruice à son
maistre, qu’on l’empesche d’en trouuer la iuste recompence, =III=, 368.
Les ames des Empereurs et des sauatiers sont iettees à mesme moule.
Les Princes sont menez et ramenez en leurs mouuemens, par les mesmes
ressors, que nous sommes aux nostres. Ils veulent aussi legerement que
nous, mais ils peuuent plus, =II=, 180.
Le langage des hommes nourris sous la Royauté, est tousiours plein
de vaines ostentations et faux tesmoignages: chascun esleuant
indifferemment son Roy, à l’extreme ligne de valeur et grandeur
souueraine, =I=, 30.
Vn pur courtisan ne peut auoir ny loy ny volonté, de dire et penser
que fauorablement d’vn maistre, qui parmi tant de milliers d’autres
subiects, l’a choisi pour le nourrir et eleuer de sa main. Cette
faueur et vtilité corrompent non sans quelque raison, sa franchise, et
l’esblouissent, =I=, 246.
L’immoderee largesse, est vn moyen foible à leur acquerir
bien-vueillance: car elle rebute plus de gens, qu’elle n’en practique,
=III=, 298.
Les subiects d’vn Prince excessif en dons, se rendent excessifs en
demandes: ils se taillent, non à la raison, mais à l’exemple,
=III=, 298.
Si la liberalité d’vn Prince est sans discretion et sans mesure, ie
l’ayme mieux auare. La vertu Royalle semble consister le plus en la
iustice, =III=, 298.
Les enfans des Princes n’apprennent rien à droict qu’à manier des
cheuaux: en tout autre exercice, chacun fleschit soubs eux, et leur
donne gaigné: mais vn cheual qui n’est ny flateur ny courtisan, verse
le fils du Roy par terre, comme il feroit le fils d’vn crocheteur,
=III=, 326.
Nous deuons la subiection et obeïssance egalement à tous Rois: car elle
regarde leur office: mais l’estimation, non plus que l’affection, nous
ne la deuons qu’à leur vertu, =I=, 30.
Qui ne bee point apres la faueur des Princes, comme apres chose dequoy
il ne se sçauroit passer; ne se picque pas beaucoup de la froideur de
leur recueil, et de leur visage, ny de l’inconstance de leur volonté,
=III=, 510.