PEUPLES.

Les peuples nourris à la liberté et à se commander eux mesmes, estiment

toute autre forme de police monstrueuse et contre nature. Ceux qui sont

duits à la monarchie en font de mesme. Et quelque facilité que leur

preste fortune au changement, lors mesme qu’ils se sont auec grandes

difficultez deffaitz de l’importunité d’vn maistre, ils courent à en

replanter vn nouueau auec pareilles difficultez, pour ne se pouuoir

resoudre de prendre en haine la maistrise, =III=, 170.

C’est merueille que l’indiscrette et prodigieuse facilité des peuples,

à se laisser mener et manier la creance et l’esperance, où il a pleu et

seruy à leurs chefs: par dessus cent mescomtes, les vns sur les autres:

par dessus les fantosmes, et les songes. Leur sens et entendement,

est entierement estouffé en leur passion. Leur discretion n’a plus

d’autre choix, que ce qui leur rit, et qui conforte leur cause: c’est

vne qualité inseparable des erreurs populaires. Apres la premiere qui

part, les opinions s’entrepoussent, suiuant le vent, comme les flotz.

On n’est pas du corps, si on s’en peut desdire: si on ne vague le train

commun, =III=, 504.

Essais de Montaigne (self-édition) - Volume IV · 第 295 / 504 题