PAROLE DONNÉE.

Le neud, qui me tient par la loy d’honnesteté, me semble bien plus

pressant et plus poisant, que n’est celuy de la contraincte ciuile. On

me garotte plus doucement par vn notaire, que par moy, =III=, 416.

Nous ne pouuons estre tenus au delà de nos forces et de nos moyens. A

cette cause, par ce que les effects et executions ne sont aucunement

en nostre puissance, et qu’il n’y a rien en bon escient en nostre

puissance, que la volonté: en celle là se fondent par necessité et

s’establissent toutes les regles du deuoir de l’homme, =I=, 54.

On nous propose cet exemple, pour faire preualoir l’vtilité priuee,

à la foy donnee. Des voleurs vous ont prins, ils vous ont remis en

liberté, ayans retiré de vous serment du paiement de certaine somme.

Vn homme de bien, sera il quitte de sa foy, sans payer, estant hors

de leurs mains? Il n’en est rien. Ce que la crainte m’a fait vne fois

vouloir, ie suis tenu de le vouloir encore sans crainte. Et quand elle

n’aura forcé que ma langue, sans la volonté: encore ie suis tenu de

faire la maille bonne de ma parole. Autrement de degré en degré, nous

viendrons à abolir tout le droit qu’vn tiers prend de nos promesses.

En cecy seulement a loy, l’interest priué, de nous excuser de faillir

à nostre promesse, si nous auons promis chose meschante, et inique

de soy. Car le droit de la vertu doibt preualoir le droit de nostre

obligation, =III=, 102.

Ceux qui par le vice de la mauuaise honte, sont mols et faciles, à

accorder quoy qu’on leur demande, sont faciles apres à faillir de

parole, et à se desdire, =III=, 514.

Essais de Montaigne (self-édition) - Volume IV · 第 288 / 504 题