Le mariage, outre ce que c’est vn marché qui n’a que l’entree libre, de
duree contrainte et forcee, dependant d’ailleurs que de nostre vouloir:
il y suruient mille fusees estrangeres à desmeler parmy, suffisantes à
rompre le fil et troubler le cours d’vne viue affection, =I=, 302.
Il n’est plus temps de regimber quand on s’est laissé entrauer. Il
faut prudemment mesnager sa liberté: mais depuis qu’on s’est submis
à l’obligation, il s’y faut tenir soubs les loix du debuoir commun,
aumoins s’en efforcer, =III=, 200.
Vn mariage plein d’accord et de bonne conuenance, peut ne pas tousiours
presenter beaucoup de loyauté: il n’est pas impossible de se rendre aux
efforts de l’amour, et ce neantmoins reseruer quelque deuoir enuers le
mariage: on le peut blesser, sans le rompre tout à faict, =II=, 202.
La beauté, l’oportunité, la destinee (car la destinee y met aussi la
main) l’ont attachée à vn estranger: non pas si entiere peut estre,
qu’il ne luy puisse rester quelque liaison par où elle tient encore à
son mary, =III=, 202.
On ne se marie pas pour soy, quoy qu’on die: on se marie autant ou
plus, pour sa posterité, pour sa famille. L’vsage et l’interest du
mariage touche nostre race, bien loing par delà nous. Pourtant me
plaist cette façon, qu’on le conduise plustost par main tierce, que
par les propres: et par le sens d’autruy, que par le sien. Tout cecy,
combien à l’opposite des conuentions amoureuses? =III=, 194.
Ie trouue peu d’aduancement à vn homme de qui les affaires se portent
bien, d’aller chercher vne femme qui le charge d’vn grand dot; il n’est
point de debte estrangere qui apporte plus de ruyne aux maisons,
=II=, 40.
C’est vne religieuse liaison et deuote que le mariage: voyla pourquoy
le plaisir qu’on en tire, ce doit estre vn plaisir retenu, serieux et
meslé à quelque seuerité: ce doit estre vne volupté aucunement prudente
et consciencieuse, =I=, 346.
Confessons le vray, il n’en est guere d’entre nous, qui ne craigne plus
la honte, qui luy vient des vices de sa femme, que des siens: qui ne
se soigne plus (esmerueillable charité) de la conscience de sa bonne
espouse, que de la sienne propre: qui n’aymast mieux estre voleur et
sacrilege, et que sa femme fust meurtriere et heretique, que si elle
n’estoit plus chaste que son mary. Inique estimation de vices,
=III=, 216.
Celuy là s’y entendoit, ce me semble, qui dit qu’vn bon mariage se
dressoit d’vne femme aueugle, auec vn mary sourd, =III=, 236.
Les aigreurs comme les douceurs du mariage se tiennent secrettes par
les sages, =III=, 234.
Bonne femme et bon mariage, se dit, non de qui l’est, mais duquel on se
taist, =II=, 234.
I’ay auec despit, veu des maris hayr leurs femmes, de ce seulement,
qu’ils leur font tort. Aumoins ne les faut il pas moins aymer, de
nostre faute: par repentance et compassion aumoins, elles nous en
deuroient estre plus cheres, =III=, 204.
Le mariage est vn marché plein de tant d’espineuses circonstances,
qu’il est malaisé que la volonté d’vne femme, s’y maintienne entiere
long temps. Les hommes, quoy qu’ils y soyent auec vn peu meilleure
condition, y ont trop affaire. La touche d’vn bon mariage, et sa
vraye preuue, regarde le temps que la societé dure; si elle a esté
constamment douce, loyalle, et commode, =II=, 662.
Ce qu’il s’en voit si peu de bons, est signe de son prix et de sa
valeur. A le bien façonner et à le bien prendre, il n’est point de
plus belle piece en notre societé. Nous ne nous en pouuons passer,
et l’allons auillissant. Il en aduient ce qui se voit aux cages, les
oyseaux qui en sont dehors, desesperent d’y entrer; et d’vn pareil
soing en sortir, ceux qui sont au dedans, =III=, 200.
Socrates, enquis, qui estoit plus commode, prendre, ou ne prendre point
de femme: Lequel des deux, dit-il, on face, on s’en repentira,
=III=, 200.
Ie ne voy point de mariages qui faillent plustost, et se troublent que
ceux qui s’acheminent par la beauté, et desirs amoureux. Il y faut des
fondemens plus solides, et plus constans, et y marcher d’aguet: cette
boüillante allegresse n’y vaut rien, =III=, 196.
Peu de gens ont espousé des amies qui ne s’en soient repentis,
=III=, 202.
I’ay veu de mon temps en quelque bon lieu, guerir honteusement et
deshonnestement, l’amour, par le mariage: les considerations sont trop
autres, =III=, 202.
Le mariage est vn nom d’honneur et dignité, non de folastre et lasciue
concupiscence, =I=, 348.
Il faut, dit Aristote, toucher sa femme prudemment et seuerement, de
peur qu’en la chatouillant trop lasciuement, le plaisir ne la face
sortir hors des gons de raison, =III=, 196.
Les plaisirs mesmes des maris à l’accointance de leurs femmes, sont
reprouuez, si la moderation n’y est obseruée: il y a dequoy faillir
en licence et desbordement en ce subiect là, comme en vn subiect
illegitime. Ces encheriments deshontez, que la chaleur premiere nous
suggere en ce ieu, sont non indecemment seulement, mais dommageablement
employez enuers noz femmes. Qu’elles apprennent l’impudence au moins
d’vne autre main. Elles sont tousiours assez esueillées pour nostre
besoing, =I=, 346.
Les mariez, le temps estant tout leur, ne doiuent ny presser ny
taster leur entreprinse, s’ils ne sont prests. Et vault mieux faillir
indecemment, à estreiner la couche nuptiale, pleine d’agitation et
de fieure, attendant vne et vne autre commodité plus priuée et moins
allarmée, que de tomber en vne perpetuelle misere, pour s’estre estonné
et desesperé du premier refus, =I=, 142.
La liberalité des dames est trop profuse au mariage, et esmousse la
poincte de l’affection et du desir, =III=, 204.
Vne trop continuelle assistance, et l’assiduité blesse: chacun sent
par experience, que la continuation de se voir, ne peut representer le
plaisir que lon sent à se desprendre, et reprendre à secousses,
=III=, 434.
L’amitié a les bras assez longs, pour se tenir et se ioindre, d’vn coin
de monde à l’autre: et specialement celle de mari à femme, où il y a
vne continuelle communication d’offices, qui en reueillent l’obligation
et la souuenance, =III=, 434.
Le mariage a pour sa part, l’vtilité, la iustice, l’honneur, et la
constance: vn plaisir plat, mais plus vniuersel. L’amour se fonde au
seul plaisir: et l’a de vray plus chatouilleux, plus vif, et plus aigu:
vn plaisir attizé par la difficulté: il y faut de la piqueure et de la
cuison. Ce n’est plus amour, s’il est sans fleches et sans feu,
=III=, 204.
Vn bon mariage, s’il en est, refuse la compagnie et conditions de
l’amour: il tasche à representer celles de l’amitié. C’est vne douce
societé de vie, pleine de constance, de fiance, et d’vn nombre infiny
d’vtiles et solides offices, et obligations mutuelles. Aucune femme
qui en sauoure le goust, ne voudroit tenir lieu de maistresse à son
mary. Si elle est logee en son affection, comme femme, elle y est bien
plus honorablement et seurement logee. Quand il fera l’esmeu ailleurs,
et l’empressé, qu’on luy demande pourtant lors, à qui il aymeroit
mieux arriuer vne honte, ou à sa femme ou à sa maistresse, de qui la
desfortune l’affligeroit le plus, à qui il desire plus de grandeur: ces
demandes n’ont aucun doubte en vn mariage sain, =III=, 198.
L’amour hait qu’on se tienne par ailleurs que par luy, et se mesle
laschement aux accointances qui sont dressees et entretenues soubs
autre titre: comme est le mariage, =III=, 194.
Ie me mariay à trente trois ans, et louë l’opinion de trente cinq,
qu’on dit estre d’Aristote. Platon ne veut pas qu’on se marie auant les
trente, =II=, 26.