On n’a point à se plaindre des maladies, qui partagent loyallement le
temps auec la santé, =III=, 654.
Nous nous perdons d’impatience. Les maux ont leur vie, et leurs
bornes, leurs maladies et leur santé. Les maladies ont leur fortune
limitée dés leur naissance: et leurs iours. Qui essaye de les abbreger
imperieusement, par force, au trauers de leur course, il les allonge
et multiplie: et les harselle, au lieu de les appaiser. Il ne faut ny
obstinéement s’opposer aux maux, et à l’estourdi: ny leur succomber de
mollesse: mais il leur faut ceder naturellement, selon leur condition
et la nostre. On doit donner passage aux maladies: elles arrestent
moins chez qui les laisse faire. Laissons faire vn peu à Nature: elle
entend mieux ses affaires que nous. Mais vn tel en mourut. Si ferez
vous: sinon de ce mal là, d’vn autre. Et combien n’ont pas laissé d’en
mourir, ayants trois medecins à leur costé? =III=, 646.
Ie n’ayme point à guarir le mal par le mal. Ie hay les remedes qui
importunent plus que la maladie. D’estre subiect à la colique, et
subiect à m’abstenir du plaisir de manger des huitres, ce sont deux
maux pour vn. Le mal nous pinse d’vn costé, la regle de l’autre.
Puis-qu’on est au hazard de se mesconter, hasardons nous plustost à la
suitte du plaisir. Le monde faict au rebours, et ne pense rien vtile,
qui ne soit penible. La facilité luy est suspecte, =III=, 642.
Sinon l’allegresse, aumoins la contenance rassise des assistans, est
propre, pres d’vn sage malade. Pour se voir en vn estat contraire, il
n’entre point en querelle auec la santé. Il luy plaist de la contempler
en autruy, forte et entiere; et en iouyr au moins par compagnie. Pour
se sentir fondre contre-bas, il ne reiecte pas du tout les pensées de
la vie, ny ne fuit les entretiens communs, =III=, 442.
Les maladies se coniurent mieux par courtoisie, que par brauerie. Il
faut souffrir doucement les loix de nostre condition. Nous sommes
pour vieillir, pour affoiblir, pour estre malades, en despit de toute
medecine, =III=, 646.