MAL.

Le mal est à l’homme bien à son tour. Ny la douleur ne luy est

tousiours à fuïr, ny la volupté tousiours à suiure, =II=, 214.

En toutes nos fortunes, nous nous comparons à ce qui est au dessus

de nous, et regardons vers ceux qui sont mieux. Mesurons nous à ce

qui est au dessous: il n’en est point de si miserable, qui ne trouue

mille exemples où se consoler. C’est nostre vice, que nous voyons plus

mal volontiers, ce qui est dessus nous, que volontiers, ce qui est

dessoubs, =III=, 402.

Qui dresseroit vn tas de tous les maux ensemble, il n’est aucun, qui ne

choisist plustost de remporter auec soy les maux qu’il a, que de venir

à diuision legitime, auec tous les autres hommes, de ce tas de maux, et

en prendre sa quotte part, =III=, 404.

Les plus griefs et ordinaires maux, sont ceux que la fantasie nous

charge, =III=, 642.

Qui se faict plaindre sans raison, est homme pour n’estre pas plaint,

quand la raison y sera. C’est pour n’estre iamais plaint, que se

plaindre tousiours, faisant si souuent le piteux, qu’on ne soit

pitoyable à personne, =III=, 440.

Le plus vieil et mieux cogneu mal, est tousiours plus supportable, que

le mal recent et inexperimenté, =III=, 402.

Tous les maux qui n’ont autre danger que du mal, nous les disons sans

danger. Celuy si grief qu’il soit, d’autant qu’il n’est pas homicide,

qui le met en conte de maladie? =I=, 452.

Essais de Montaigne (self-édition) - Volume IV · 第 264 / 504 题