ESSAIS.

Si ces Essays estoient dignes, qu’on en iugeast, il en pourroit

aduenir à mon aduis, qu’ils ne plairoient guere aux esprits communs

et vulgaires, ny guere aux singuliers et excellens: ceux-là n’y

entendroient pas assez, ceux-cy y entendroient trop: ils pourroient

viuoter en la moyenne region, =I=, 572.

Et quand personne ne me lira, ay-ie perdu mon temps, de m’estre

entretenu tant d’heures oisiues, à pensements si vtiles et aggreables?

=II=, 524.

Combien de fois m’a cette besongne diuerty de cogitations ennuieuses?

Et doiuent estre comptées pour ennuyeuses toutes les friuoles,

=II=, 524.

Il n’est subiect si vain, qui ne merite vn rang en cette rapsodie,

=I=, 84.

Ie parle de tout, et de rien par maniere d’aduis. Ie ne serois pas si

hardy à parler, s’il m’appartenoit d’en estre creu, =III=, 540.

Ie discours selon moy, non ce que ie croy selon Dieu, d’vne façon

laïque, non clericale: mais tousiours tres-religieuse. Comme les

enfants proposent leurs essays, instruisables, non instruisants,

=I=, 590.

Ie sçay bien que fort peu de gens rechigneront à la licence de mes

escrits, qui n’ayent plus à rechigner à la licence de leur pensee. Ie

me conforme bien à leur courage: mais i’offence leurs yeux, =III=, 186.

Essais de Montaigne (self-édition) - Volume IV · 第 219 / 504 题