Il ne faut mesler Dieu en nos actions qu’auecque reuerence et attention
pleine d’honneur et de respect, =I=, 584.
Nous deuons plus rarement le prier: d’autant qu’il n’est pas aisé,
que nous puissions si souuent remettre nostre ame, en cette assiette
reglée, reformée, et deuotieuse, où il faut qu’elle soit pour ce faire:
autrement nos prieres ne sont pas seulement vaines et inutiles, mais
vitieuses. Pardonne nous, disons nous, comme nous pardonnons à ceux
qui nous ont offencez. Que disons nous par là, sinon que nous luy
offrons nostre ame exempte de vengeance et de rancune? Toutesfois nous
inuoquons Dieu et son ayde, au complot de nos fautes, et le conuions
à l’iniustice. L’auaricieux le prie pour la conseruation vaine et
superflue de ses thresors: l’ambitieux pour ses victoires, et conduite
de sa fortune: le voleur l’employe à son ayde, pour franchir le hazard
et les difficultez, qui s’opposent à l’execution de ses meschantes
entreprinses: ou le remercie de l’aisance qu’il a trouué à desgosiller
vn passant. Au pied de la maison, qu’ils vont escheller ou petarder,
ils font leurs prieres, l’intention et l’esperance pleine de cruauté,
de luxure, et d’auarice, =I=, 590.
Aux vices leur heure, son heure à Dieu, comme par compensation et
composition, =I=, 582.
Il semble, à la verité, que nous nous seruons de nos prieres, comme
d’vn iargon, et comme ceux qui employent les paroles sainctes et
diuines à des sorcelleries et effects magiciens: et que nous facions
nostre compte que ce soit de la contexture, ou son, ou suitte des
motz, ou de nostre contenance, que depende leur effect. Car ayans
l’ame pleine de concupiscence, non touchée de repentance, ny d’aucune
nouuelle reconciliation enuers Dieu, nous luy allons presenter ces
parolles que la memoire preste à nostre langue: et esperons en tirer
vne expiation de nos fautes, =I=, 592.
C’est erreur, de recourir à Dieu en tous nos desseins et entreprises,
et l’appeller à toute sorte de besoing, et en quelque lieu que nostre
foiblesse veut de l’aide, sans considerer si l’occasion est iuste ou
iniuste; et d’escrier son nom, et sa puissance, en quelque estat, et
action que nous soyons, pour vitieuse qu’elle soit, =I=, 578.
Celuy qui appelle Dieu à son assistance, pendant qu’il est dans le
train du vice, il fait comme le coupeur de bourse, qui appelleroit la
iustice à son ayde; ou comme ceux qui produisent le nom de Dieu en
tesmoignage de mensonge, =I=, 592.
Sa iustice et sa puissance sont inseparables. Pour neant implorons nous
sa force en vne mauuaise cause. Il faut auoir l’ame nette, au moins en
ce moment, auquel nous le prions, et deschargée de passions vitieuses:
autrement nous luy presentons nous mesmes les verges dequoy nous
chastier, =I=, 580.
Quelle prodigieuse conscience se peut donner repos, nourrissant en
mesme giste, d’vne societé si accordante et si paisible, le crime et le
iuge? =I=, 582.
L’assiette d’vn homme meslant à vne vie execrable la deuotion, semble
estre aucunement plus condemnable, que celle d’vn homme conforme à soy,
et dissolu par tout, =I=, 580.