CRUAUTÉ.

I’ay souuent ouy dire, que la coüardise est mere de la cruauté: et si

ay par experience apperçeu, que cette aigreur, et aspreté de courage

malitieux et inhumain, s’accompagne coustumierement de mollesse

feminine. I’en ay veu des plus cruels, subiets à pleurer aiséement, et

pour des causes friuoles, =II=, 568.

Les premieres cruautez s’exercent pour elles mesmes, de là s’engendre

la crainte d’vne iuste reuauche, qui produict apres vne enfileure de

nouuelles cruautez, pour les estouffer les vnes par les autres,

=II=, 580.

La vaillance de qui c’est l’effect de s’exercer seulement contre la

resistance, s’arreste à voir l’ennemy à sa mercy. La pusillanimité,

pour dire qu’elle est aussi de la feste, n’ayant peu se mesler à ce

premier rolle, prend pour sa part le second, du massacre et du sang,

=II=, 568.

Essais de Montaigne (self-édition) - Volume IV · 第 201 / 504 题