BEAUTÉ.

La beauté est vne piece de grande recommendation au commerce des

hommes. C’est le premier moyen de conciliation des vns aux autres;

et n’est homme si barbare et si rechigné, qui ne se sente aucunement

frappé de sa douceur, =II=, 478.

Ie ne puis dire assez souuent, combien ie l’estime qualité puissante

et aduantageuse. Nous n’en auons point qui la surpasse en credit. Elle

tient le premier rang au commerce des hommes. Elle se presente au

deuant: seduict et preoccupe nostre iugement, auec grande authorité et

merueilleuse impression. Ie maintiendroy volontiers le rang des biens:

La santé, la beauté, la richesse, =III=, 588.

Il est vray-semblable que nous ne sçauons guerre, que c’est que

beauté en nature et en general, puisque à l’humaine nous donnons tant

de formes diuerses, de laquelle, s’il y auoit quelque prescription

naturelle, nous la recognoistrions en commun, comme la chaleur du feu.

Nous en fantasions les formes à nostre appetit, =II=, 192.

La beauté de la taille, est la seule beauté des hommes: les autres

beautez, sont pour les femmes, =II=, 482.

C’est leur vray aduantage: elle est si leur, que la nostre, quoy

qu’elle desire des traicts vn peu autres, n’est, en son point, que

confuse auec la leur, puerile et imberbe, =II=, 152.

Il y a des beautez, non fieres seulement, mais aigres: il y en a

d’autres douces, et encores au delà, fades, =III=, 590.

Il est saison à trente ans, qu’elles changent le titre de belles en

bonnes, =III=, 284.

Essais de Montaigne (self-édition) - Volume IV · 第 167 / 504 题