La science, le stile, et telles parties, que nous voyons és ouurages
estrangers, nous touchons bien aysément si elles surpassent les
nostres: mais les simples productions de l’entendement, chacun pense
qu’il estoit en luy de les rencontrer toutes pareilles, et en apperçoit
malaisement le poids et la difficulté, si ce n’est, et à peine, en vne
extreme et incomparable distance, =II=, 510.
Les escriuains indiscrets de nostre siecle, qui, parmy leurs ouurages
de neant, vont semant des lieux entiers des anciens autheurs, pour se
faire honneur, font le contraire. Car cett’ infinie dissemblance de
lustres rend vn visage si pasle, si terni, et si laid à ce qui est
leur, qu’ils y perdent beaucoup plus qu’ils n’y gaignent, =I=, 228.
N’ayans rien en leur vaillant, par où se produire, ils cherchent à se
presenter par vne valeur purement estrangere, =I=, 230.
Ie voudroye que chacun escriuist ce qu’il sçait, et autant qu’il en
sçait: non en cela seulement, mais en tous autres subiects. Car tel
peut auoir quelque particuliere science ou experience de la nature
d’vne riuiere, ou d’vne fontaine, qui ne sçait au reste, que ce que
chacun sçait: il entreprendra toutesfois, pour faire courir ce petit
loppin, d’escrire toute la Physique, =I=, 358.
Quiconque met sa decrepitude soubs la presse, faict folie, s’il espere
en espreindre des humeurs, qui ne sentent le disgratié, le resueur
et l’assoupy. Autant est la vieillesse incommode à cette nature de
besongne, qu’à toute autre. Nostre esprit se constipe et s’espessit en
vieillissant, =III=, 586.