=Du repentir=, =III=, 107.--Avant d’entrer en matière, MONTAIGNE jette
un regard sur lui-même et expose que, si la peinture qu’il fait de
lui dans son ouvrage ne le représente pas constamment avec les mêmes
idées, c’est qu’il se peint au jour le jour et que rien n’est stable
en ce monde; il change, parce que tout change (DEMADE), 107.--Quoique
sa vie n’offre rien de particulier, l’étude qu’il en fait, n’en a pas
moins son utilité, étant donné que c’est un homme qu’il dépeint, et non
un grammairien, un poète ou un jurisconsulte; que jamais auteur n’a
traité un sujet qu’il possédait mieux, et qu’il ne veut que raconter
et non enseigner, 109.--Tout vice laisse dans l’âme une plaie qui
tourmente sans cesse; une bonne conscience procure, au contraire, une
satisfaction durable; c’est ce qui fait que Montaigne se félicite
de n’avoir, malgré la contagion de son siècle, causé ni la ruine ni
l’affliction de personne, de n’avoir pas attenté publiquement aux
lois, ni manqué à sa parole, 111.--Chacun devrait être son propre
juge, les autres n’ont qu’une fausse mesure de nous-mêmes; ce n’est
pas nous qu’ils voient, mais ce qu’ils croient deviner de nous sous
le masque dont nous nous couvrons, 113.--Le repentir est, dit-on, la
suite inévitable d’une faute; cela n’est pas exact pour les vices
enracinés en nous, 115.--La vie extérieure d’un homme n’est pas sa vie
réelle, il n’est lui-même que dans sa vie privée; aussi combien peu
font l’admiration de ceux qui vivent constamment dans leur intérieur
et même dans leur voisinage immédiat. C’est surtout chez les hommes
de condition sociale peu élevée, que la grandeur d’âme se manifeste
(BIAS, LIVIUS DRUSUS, AGÉSILAS, MONTAIGNE, ARISTOTE, ALEXANDRE et
SOCRATE, TAMERLAN, ÉRASME), 115.--Les inclinations naturelles, les
longues habitudes se développent, mais ne se modifient ni ne se
surmontent par l’éducation; aussi ceux qui entreprennent de réformer
les mœurs, se trompent-ils en croyant y arriver: ils n’en changent que
l’apparence, 121.--Les hommes en général, même dans leur repentir,
ne s’amendent pas réellement; s’ils cherchent à être autres, c’est
parce qu’ils espèrent s’en trouver mieux; pour lui, son jugement a
toujours dirigé sa conscience (un PAYSAN de l’Armagnac), 121.--Aussi
ne se repent-il aucunement de sa vie passée; dans la gestion de ses
propres affaires, il a pu commettre des erreurs importantes: c’est à
la fortune, et non à son jugement, qu’il en impute la faute, 125.--Les
conseils sont indépendants des événements; lui-même en demandait peu
et n’en tenait guère compte; d’autre part, il en donnait rarement.
Une fois une affaire finie, il se tourmentait peu de la tournure
qu’elle avait prise, lors même qu’elle était contraire à ses désirs
ou à ses prévisions (PHOCION), 129.--On ne saurait appeler repentir
les changements que l’âge apporte dans notre manière de voir et par
suite dans notre conduite; la sagesse des vieillards n’est que de
l’impuissance; ils raisonnent autrement, et peut-être moins sensément
que dans la vigueur de l’âge (ANTISTHÈNE), 131.--Il faut donc
s’observer dans la vieillesse pour éviter, autant que possible, les
imperfections qu’elle apporte avec elle (SOCRATE), 133.