=De la société des hommes, des femmes et de celle des livres=, =III=,
137.--La diversité des occupations est un des caractères principaux de
l’âme humaine; le commerce des livres est de ceux qui la distraient
(CATON L’ANCIEN), 137.--Pour Montaigne, son occupation favorite était
de méditer sur lui-même; par la lecture, il ajoutait à ses sujets de
méditation; il se plaisait aussi aux conversations sérieuses, sans
bannir toutefois les sujets ayant de la grâce et de la beauté; les
entretiens frivoles n’étaient pour lui d’aucun intérêt (ARISTOTE),
137.--Peu porté à se lier, il apportait beaucoup de circonspection
dans ces amitiés de rencontre qu’engendre la vie journalière; cette
réserve, commandée aussi par le mauvais esprit du temps, n’a pas été
sans indisposer beaucoup de personnes contre lui; par contre, assoiffé
d’amitié vraie, il se livrait sans restriction s’il venait à se
rencontrer avec quelqu’un répondant à son idéal (SOCRATE, PLUTARQUE),
139.--Il est utile de savoir s’entretenir familièrement avec toutes
sortes de gens et il faut se mettre au niveau de ceux avec lesquels on
converse; aussi n’aime-t-il pas les personnes au langage prétentieux
(PLATON, les LACÉDÉMONIENS), 141.--Cette sorte de langage est un défaut
fréquent chez les savants et qui lui fait fuir les femmes savantes; que
la femme ne se contente-t-elle de ses dons naturels; si, cependant,
elle veut étudier, qu’elle cultive la poésie, l’histoire et ce qui, en
fait de philosophie, peut l’aider à supporter les peines de la vie,
143.--Montaigne, de caractère ouvert et exubérant, s’isolait volontiers
autant par la pensée au milieu des foules, à la cour par exemple, que
d’une manière effective, chez lui, où on était affranchi de toutes les
contraintes superflues qu’impose la civilité, 145.--Dans le monde, il
recherchait la société des gens à l’esprit juste et sage, lesquels sont
bien plus rares qu’on ne croit; nature des conversations qu’il avait
avec eux. C’est là ce que finalement il appelle son premier commerce
(HIPPOMACHUS), 147.--Le commerce avec les femmes vient en second lieu;
il a sa douceur, mais aussi ses dangers; les sens y jouent un grand
rôle; Montaigne voudrait que de part et d’autre on y apportât de la
sincérité, à cet égard l’homme est au-dessous de la brute (les FILLES
des Brahmanes), 149.--Idée qu’il donne de ses amours; les grâces du
corps, en pareil cas, l’emportent sur celles de l’esprit bien que
celles-ci y aient aussi leur prix (l’empereur TIBÈRE, la courtisane
FLORA), 153.--Un troisième commerce dont l’homme a la disposition,
est celui des livres; c’est le plus sûr, le seul qui ne dépende pas
d’autrui; les livres consolent Montaigne dans sa vieillesse et dans la
solitude (JACQUES roi de Naples et de Sicile), 153.--Sa bibliothèque
est son lieu de retraite de prédilection; description qu’il en donne,
155.--Les Muses sont le délassement de l’esprit. Dans sa jeunesse,
Montaigne étudiait pour briller; dans l’âge mûr, pour devenir plus
sage; devenu vieux, il étudie pour se distraire, 159.--Mais le commerce
des livres a, lui aussi, des inconvénients; il n’exerce pas le corps:
de ce fait, dans la vieillesse, il est préjudiciable à la santé, 159.