Il faut bien se garder lorsqu'on va à la chasse aux champignons, de

mettre ces derniers dans un filet, comme cela arrive souvent, où ils

s'affaissent, se meurtrissent les uns au contact des autres, et

deviennent méconnaissables; ce qui rend très difficile la vérification

lors du retour à la maison. Il est bien préférable de les disposer au

fur et à mesure de la récolte dans un panier léger, ce qui offre le

grand avantage de les rapporter intacts.

Il arrive souvent que les champignons sont attaqués par des larves

d'insectes; on dit alors qu'ils sont _piqués_ ou _véreux_. On doit

rejeter de la consommation des champignons ainsi piqués, ce dont on

s'assure en les coupant ou en les rompant. Il est bien inutile en effet

de se charger de champignons avariés, que l'on ne pourra utiliser pour

la consommation.

_Conservation._

Quand les champignons sont abondants, il peut y avoir intérêt à les

conserver; on procède alors, après les avoir récoltés avec toutes les

précautions susindiquées, de la façon suivante. Après les avoir nettoyés

à sec, on les fait sécher à l'ombre dans un endroit sec, sur des claies,

ou bien on en fait des chapelets, en évitant qu'ils se touchent; on

achève au four ou dans une étuve modérément chauffée, la dessiccation,

et l'on conserve au sec.

On peut employer ce procédé simple et à la portée de tout le monde, pour

les Mousserons, les Hydnes, les Craterelles, les Morilles, etc., et en

général pour les champignons dont la chair est un peu sèche par nature.

Nous ajouterons que les champignons ainsi desséchés doivent subir une

préparation lorsqu'on veut les employer: on les lave à l'eau pour

enlever la poussière qui pourrait les souiller et ensuite on les fait

tremper douze ou vingt-quatre heures dans un peu d'eau tiède, ou mieux

dans du bouillon ou du lait pour les faire renfler; après quoi on peut

les employer à la manière des champignons frais. Lorsqu'on destine les

champignons simplement à servir de condiment, on les réduit en poudre

lorsqu'ils sont secs, et on les conserve dans des flacons bien bouchés.

D'autres fois on fait confire les champignons simplement dans le

vinaigre; il faut alors opérer comme pour les cornichons. Les Clavaires

se prêtent très bien à ce mode de conservation, de même que certains

champignons très jeunes (lorsqu'ils ont par exemple la grosseur d'une

noix au plus). Enfin on peut les conserver dans le sel ou dans la

graisse.

L'industrie prépare, par le procédé d'Appert, de grandes quantités de

champignons destinés à être expédiés en tous pays. Ceux-ci étant

épluchés comme nous l'avons dit, sont mis dans des boîtes de fer-blanc,

que l'on soude sauf sur un point. On soumet ensuite les boîtes ainsi

préparées à une température de 100° au moins, puis on ferme l'orifice

qui avait été ménagé lors du remplissage. C'est ainsi que l'on conserve

les Cèpes, l'Oronge, et surtout le Champignon de couche.

_Préparation culinaire des champignons._

On peut dire, d'une façon générale, que les champignons quels qu'ils

soient peuvent être apprêtés de la même façon; la manière la plus simple

est de les faire sauter au beurre; on peut aussi les préparer à la

crème, en fricassée de poulet, ou en matelote. Souvent on les ajoute en

petite quantité à un morceau de viande quelconque lorsqu'il arrive vers

la fin de sa cuisson.

Les champignons demandent en général une cuisson peu prolongée, et il

faut éviter de mettre ensemble des espèces de consistance très

différente qui pourraient demander un temps de cuisson plus ou moins

long. Quelques champignons demandent seulement quelques minutes de

cuisson, alors que d'autres, comme les Hydnes, les Chanterelles, les

Lactaires, exigent près d'une heure, dit-on!

Avant de faire cuire les champignons, on enlève leur épiderme (ou peau)

et souvent aussi les feuillets pour les Agarics, et toujours les tubes

(vulgairement foin) dans les Cèpes. Pour d'autres enfin, il suffit de

procéder au nettoyage et à l'enlèvement des parties qui pourraient être

avariées. Il convient généralement, surtout dans les échantillons assez

développés, ou dans quelques espèces, de rejeter le pied, ou la base, du

champignon comme étant coriace. Enfin il est d'usage, surtout pour les

champignons de couche, de les faire tremper, après les avoir épluchés,

dans de l'eau légèrement vinaigrée, salée ou non.

Cette pratique, non suivie par les gourmets, n'a d'autre but que

d'empêcher la chair des champignons de noircir par suite de l'action du

couteau qui a servi à les préparer: il se forme au contact de l'acide

acétique du vinaigre, de l'acétate de fer qui est incolore.

Souvent il reste de la terre ou du sable adhérent aux champignons,

notamment aux Morilles, qu'un simple lavage à l'eau ne parvient pas à

enlever. Pour supprimer ces corps désagréables, il suffit de mettre les

champignons en question dans de l'_eau salée_, qui dissout la matière

visqueuse, grâce à laquelle l'adhérence du sable s'est produite.

Voici quelques recettes pour la préparation culinaire des champignons,

au sujet desquels la plupart des livres de cuisine sont muets:

CHAMPIGNON DE COUCHE

Le champignon de couche étant le plus généralement consommé parmi les

champignons, nous nous étendrons plus spécialement sur les différentes

manières de l'apprêter. Les recettes que nous indiquerons, la plupart

d'après Roques, Paulet, Persoon, etc., pourront d'ailleurs s'appliquer

aux autres espèces.

_Champignons sur le plat ou en fricassée de poulet._

Coupez par morceaux les champignons, que vous aurez préalablement

épluchés avec soin, lavez-les à l'eau froide, puis essuyez-les, en les

pressant dans un linge doux. Ensuite mettez-les sur un plat pouvant

aller au feu, avec du beurre, du persil et du sel. Faites cuire à feu

vif et ajoutez, au moment de servir, de la crème ou des jaunes d'oeufs

pour avoir une sauce bien liée.

_Croûte aux champignons._

Préparez vos champignons, et après les avoir pelés et supprimé le pied,

faites-les sauter dans une casserole avec un peu de beurre; ajoutez-y du

jus de citron, du sel, poivre, épices et fort peu d'ail; laissez cuire

environ une heure. Au moment de servir, liez vos champignons avec des

jaunes d'oeufs et versez sur des croûtons de pain frits au beurre et

symétriquement disposés sur un plat. Cette manière d'apprêter les

champignons est l'une des meilleures.

_Champignons à la Cussy._

Coupez les champignons en tranches assez épaisses, mêlez-y quelques

truffes préparées et coupez de même en tranches, ajoutez-y un peu d'ail

haché très fin. Faites sauter le tout avec du beurre bien frais, ajoutez

du citron puis les condiments ordinaires, sel, poivre, épices, voire

même un peu de bouillon ou de sauce de viande. Faites cuire environ une

demi-heure après y avoir adjoint, sur la fin, un peu de vin de Madère ou

de Sauterne.

_Champignons à la Provençale._

Prenez des champignons de couche ou autres, en grand état de fraîcheur,

c'est-à-dire fermes et bien sains; épluchez-les, coupez-les, lavez-les

à l'eau froide. Faites-les ensuite mariner pendant deux heures dans

l'huile avec du sel, du poivre et un peu d'ail, puis faites-les sauter à

feu très vif. Lorsque la cuisson est à point, vous y ajouterez un peu de

persil haché et du citron.

Nous verrons plus loin que cette recette rappelle la préparation des

cèpes à la Bordelaise.

_Champignons farcis._

Épluchez les champignons que vous aurez eu soin de prendre plutôt petits

que grands, enlevez-en complètement le pied et remplissez la partie

concave de votre champignon avec un hachis fait de beurre, lard, mie de

pain, fines herbes, épices et sel; le tout bien mélangé. Faites cuire à

feu doux.

_Hachis aux champignons._

Hachez finement des champignons soigneusement épluchés, mettez-les dans

une casserole avec du beurre, ajoutez un peu de farine, du bouillon,

sel, poivre, épices, et une feuille de laurier. Faites cuire et réduire

suffisamment et versez votre sauce sur un hachis de mouton, veau,

volaille, etc.

_Purée de champignons._

Préparez vos champignons à la manière ordinaire, puis hachez-les très

fin et les passez. Ceci dit, faites-les sauter avec un peu de beurre,

ajoutez du citron, du consommé, et faites réduire en purée que vous

pourrez servir avec des blancs de volaille, des filets de poissons,

etc.

_Truite aux champignons._

Mettez dans une casserole du beurre avec des champignons (bien

épluchés), des échalotes et du persil haché, mouillez avec du bouillon

et du jus de viande. Vous prenez ensuite une large croûte de pain

trempée dans le court-bouillon qui a servi à faire cuire votre truite,

vous la réduisez en purée et l'ajoutez dans la sauce avec un peu de

beurre et de farine. Lorsque votre sauce est à point, vous la versez sur

la truite qui doit être entièrement recouverte.

_Matelote aux champignons._

Le champignon de couche s'allie très bien à la matelote et la

préparation en est fort simple. Il suffit, après avoir préparé les

champignons, de les couper en menus morceaux et de les faire cuire avec

les différents poissons qui la composent.

_Oronges à la Bordelaise._

On fait mariner les Oronges dans de l'huile d'olive après les avoir

pelées. On en hache une partie avec des fines herbes, ail et mie de

pain. De ce hachis on garnit la partie concave des oronges et l'on fait

cuire doucement sur un plat ou dans une casserole.

_Oronges à l'Italienne._

Préparez vos Oronges, faites-les cuire avec du beurre et un peu de sel,

servez-les avec une sauce composée d'amandes douces, d'ail, de poivre,

d'huile et de jus de citron.

_Oronges à la Milanaise._

Après avoir épluché et lavé vos Oronges, vous les coupez menu, les

passez à la casserole avec du beurre, de l'huile, des fines herbes et de

l'ail. Vous ajoutez du consommé, laissez cuire à point et versez le tout

sur des tranches de pain. C'est ce qu'on appelle à Milan les Oronges en

potage.

_Olla Podrida._

L'Olla Podrida est un mets très apprécié en Espagne. Il se compose de

viandes, de légumes et de racines de toute espèce, auxquelles on ajoute

des Oronges et des Mousserons. Dans un semblable assemblage, il est bien

difficile de distinguer le parfum de ces excellents champignons.

_Oronges frites._

Coupez les Oronges par tranches que vous ferez bouillir dans du lait

avec un peu de zeste de citron, puis vous les faites frire avec du

beurre, de l'huile ou du saindoux, vous les tournez et saupoudrez de

sucre comme les crêpes.

_Lépiote et Goutte d'encre._

Ces champignons sont très délicats et très légers; comme ils ont peu de

chair, il est inutile de leur enlever les feuillets, aussi doit-on faire

usage de sujets bien sains et peu avancés.

On peut les faire sauter dans l'huile fine avec une pointe d'ail, poivre

et sel.

On les mange aussi en fricassée de poulet, souvent même simplement cuits

sur le gril. On rejette le pied qui est coriace.

_Mousserons._

La meilleure manière d'apprêter les Mousserons est sans contredit celle

dite en fricassée de poulet.

_Russule vert-de-gris._

Dans le Haut-Languedoc, où ce champignon est très commun, on le fait

cuire sur le gril avec des fines herbes et de l'huile. On peut aussi en

faire un hachis avec du beurre et des fines herbes et l'introduire dans

une omelette.

_Lactaires._

En Allemagne on mange le Lactaire orangé assaisonné avec du beurre et du

persil, ou cuit avec de la crème et relevé de sel et de fines herbes. On

pourrait de même préparer le Lactaire délicieux, qui en outre fait bonne

figure autour d'un morceau de viande.

Les Lactaires demandent une cuisson assez prolongée.

_Chanterelles._

Après avoir épluché et lavé les Chanterelles on les passe à l'eau

bouillante et on les fait cuire avec du beurre, de l'huile d'olive,

estragon haché, sel, poivre et du zeste de citron. On les laisse cuire à

feu doux et on les arrose de temps en temps avec de la crème et du

bouillon. Ce champignon demande à être cuit longtemps et à feu doux.

CÈPES

_Cèpes à la Bordelaise._

Prenez des champignons encore jeunes et dont la chair est ferme et bien

blanche, enlevez-en les tubes (vulgairement foin) et le pied, pelez-les

et les coupez par morceaux. Ensuite faites-les revenir un instant pour

leur enlever une partie de leur eau; exprimez légèrement et faites cuire

avec de l'huile, du persil, de l'ail haché, poivre et sel, ajoutez vers

la fin un peu de jus de citron. Souvent on les mange cuits simplement

sur le gril et convenablement assaisonnés, ou encore frits dans la

poêle, avec du beurre, du saindoux ou de l'huile.

On peut encore préparer un potage aux cèpes en suivant la recette que

nous avons indiquée au champignon de couche.

Nous pourrions encore ajouter de nouvelles recettes culinaires, mais à

quoi bon; nos lecteurs sauront bien, dans les années d'abondance, varier

les manières d'apprêter ces excellents champignons.

_Langue de boeuf._

Ce champignon acquiert quelquefois des dimensions assez considérables,

mais il est préférable de faire emploi de ceux qui ne sont pas trop

développés. Ils sont plus tendres et d'une digestion plus facile.

Après avoir épluché la langue de boeuf et supprimé les parties

fibreuses, on la passe à l'eau bouillante et fait cuire avec du beurre,

du persil, ciboule, poivre, sel; on ajoute ensuite des jaunes d'oeufs.

On mange également ce champignon cuit sous la cendre et coupé par

tranches en y ajoutant une liaison.

En Autriche, on l'ajoute à la salade coupé en tranches comme la

betterave.

_Hydne sinué._

Ce champignon est fort bon réduit en purée et assaisonné de bouillon ou

de consommé.

Souvent on le prépare avec du beurre, sel, poivre, etc.

On peut aussi, avec avantage, l'ajouter aux ragoûts; il demande à être

bien cuit.

_Clavaires._

Les Clavaires, en raison de leur extrême division, demandent à être

examinées et nettoyées avec grand soin. Toutes les Clavaires sont

comestibles. Après les avoir lavées et épluchées à l'eau tiède, on les

égoutte et fait cuire avec du beurre, du persil, un peu de ciboule,

poivre et sel. Lorsqu'elles sont cuites on ajoute une liaison de jaune

d'oeuf.

Les Clavaires s'allient fort bien avec la viande.

On peut aussi les confire au vinaigre en guise de cornichons.

_Morilles, Helvelles et Pézizes._

Toutes les Morilles sont également comestibles et très recherchées par

tout le monde.

Quelle que soit la façon dont on prépare les Morilles, il faut au

préalable les examiner avec soin, afin d'éviter qu'il ne se trouve dans

leurs alvéoles des corps étrangers ou même des insectes; puis on les

coupe en quatre et les passe rapidement dans l'eau. Ceci fait, on les

mettra dans une casserole avec du beurre, poivre, sel, persil, et un

morceau de jambon. Faire cuire pendant une heure en ajoutant de temps à

autre du bouillon, car les Morilles rendent peu d'eau.

Vers la fin de la cuisson, on ajoute des jaunes d'oeufs comme liaison.

On peut les servir seules ou sur une croûte de pain rissolée et beurrée.

Pour les omelettes aux Morilles, on hache celles-ci menu et on les

mélange aux oeufs.

Les mêmes manières et aussi les mêmes précautions s'appliquent aux

Helvelles et aux Pézizes.

_Truffes._

On mange des truffes cuites au vin de Champagne, en potages ou ragoûts,

en tourtes, mais l'emploi le plus fréquent de ces excellents champignons

est surtout dans le truffage des volailles et la fabrication des pâtés

de foie gras. C'est là que la truffe développe davantage son merveilleux

parfum.

Le gourmet, paraît-il, préfère néanmoins les truffes cuites sous la

cendre et sans apprêt.

L'huile ou tout autre corps gras se marie fort bien à la truffe dont la

chair est naturellement sèche. Après l'huile, le vin est le véhicule qui

lui convient le mieux.

Pour faire un bon ragoût de truffes, il faut, après les avoir bien

lavées et brossées, les faire tremper dans l'huile. On les coupe ensuite

par tranches et on les met sur le plat avec de l'huile ou du beurre, un

peu de vin, du sel et du poivre. Au bout d'une demi-heure elles sont

cuites; on ajoute alors une liaison de jaune d'oeuf.

_Omelette aux champignons._

Commencer par faire cuire à la poêle les champignons--de préférence des

espèces délicates--après les avoir divisés en petits morceaux; quand ils

sont à point, on verse par-dessus les oeufs battus comme il convient;

on mélange bien la masse pour répartir à peu près également les

champignons et on fait cuire comme une omelette ordinaire.

CHAPITRE IX

Emploi des champignons dans l'industrie et la médecine.

Les champignons proprement dits n'ont qu'un emploi assez restreint dans

l'industrie et la médecine. Avec le _Polyporus fomentarius_,

vulgairement appelé _amadouvier_, que l'on trouve sur les troncs des

vieux chênes et hêtres, on fabrique l'amadou, employé pour arrêter les

hémorragies. Pour l'obtenir on le ramollit en l'exposant dans un endroit

humide, on le prive de son écorce, puis on le divise en tranches minces

que l'on bat avec un maillet jusqu'à ce qu'elles aient atteint la

souplesse voulue. Pour l'usage des fumeurs on l'imprègne de salpêtre, ce

qui lui donne une combustion plus régulière et plus sûre.

Un autre champignon, le _Polypore du bouleau_, coupé par tranches

convenablement préparées, donne des cuirs à rasoirs fort appréciés.

Certaines matières colorantes pourraient être retirées des champignons;

ainsi le _Polyporus hispidus_ est susceptible de teindre en marron; le

_Polyporus sulfureus_ donne une couleur jaune. Bulliard a montré que

l'on pouvait composer une bonne encre avec le _Coprinus atramentarius_,

appelé pour cela _Encrier_ ou _goutte d'encre_ par le peuple.

En 1876, M. _E. Boudier_, le Maître de la mycologie française, a soumis

à la Société botanique de France un mémoire de plusieurs pages, écrit

par lui _sept ans auparavant_ avec de l'encre du _Coprinus

atramentarius_, sauf les passages ayant trait au _C. comatus_ qui l'ont

été avec l'encre de ce dernier. Le mémoire en question doit se trouver

encore aux archives de la Société prénommée. L'encre employée, dont la

coloration est due aux spores mûres, a de l'analogie avec celle de

Chine.

La médecine, contrairement à ce que l'on aurait pu croire, utilise fort

peu de champignons, bien que certains soient doués de propriétés bien

caractérisées. Le _Polyporus officinalis_ ou _Polypore du mélèze_ est

souvent employé contre les sueurs nocturnes des phtisiques. L'_Ergot de

seigle_ fournit l'ergotine qui est d'un emploi fréquent dans la médecine

pour arrêter les hémorragies.

Le poison qu'on extrait de l'_Amanita muscaria_ ou _Fausse Oronge_ a sur

l'organisme un effet analogue à celui du Curare, et s'emploie sous forme

de teinture contre l'épilepsie.

CHAPITRE X

Culture des champignons.

Depuis fort longtemps l'homme, en vue de satisfaire sa passion pour les

champignons, a essayé de les cultiver. Les Romains et les Grecs

savaient comme nous cultiver le Champignon de couche.

De nos jours, voici comment on opère:

L'élément essentiel pour la production du champignon de couche est le

fumier et de préférence celui de cheval. On fait subir à ce fumier une

série d'opérations qui ont pour but de développer dans sa masse une

certaine fermentation qui l'amène à un état de décomposition favorable

au développement du champignon; en somme on vieillit le fumier. Pour

arriver à ce résultat, il est nécessaire de mélanger plusieurs fois les

différentes parties du fumier; il faut, comme on dit, le _recouper_.

Lorsqu'il est à point, on prépare les couches qui ont généralement 45 à

55 centimètres de hauteur sur 50 à 65 de largeur. En terme de métier la

couche est appelée _meule_; lorsque la meule est terminée, on la

régularise, «on la peigne», puis on la larde. Le lardage consiste à

introduire dans la couche des portions de blanc de champignon. Quelques

jours après, lorsque l'on voit des filaments blancs rayonner, on procède

au _goptage_, c'est-à-dire que l'on recouvre la surface de la meule

d'une couche de 2 centimètres environ d'un mélange plus ou moins

salpêtre qui sert de protection à la couche. Cinq ou six semaines après

le lardage, les champignons commencent à se montrer; la récolte peut

durer pendant trois mois. On cueille les champignons lorsqu'ils sont

encore jeunes, c'est-à-dire non ouverts, en sorte que les lames ou

feuillets n'ont pas encore la teinte foncée que représente notre

planche.

Des essais de culture d'autres champignons, tels que la truffe, la

morille, ont été tentés, et ont donné parfois des résultats

satisfaisants sans que l'on puisse cependant en induire que l'on

possède une méthode sûre, qui permette de produire à volonté ces

précieux condiments.

Pour la truffe, au moins jusqu'à présent, on se borne à favoriser, voire

même à augmenter la production des truffières naturelles.

M. Boulanger serait arrivé à des résultats concluants en partant de la

spore, qu'il fait germer directement: et dans un domaine qu'il possède

aux environs de Paris, il aurait pu établir des centres de production,

qui semblent être le résultat d'un ensemencement direct; ces expériences

fort intéressantes et d'une grande importance sont encore trop récentes

et trop peu nombreuses pour pouvoir être considérées comme acquises.

Quant à la Morille, on ne sait encore rien de précis sur sa culture, et

ce n'est qu'accidentellement que quelques expérimentateurs ont pu

récolter ce champignon. Nous citerons à ce propos une observation que

nous avons eu l'occasion de faire il y a quelques années.

Une administration de l'État ayant à détruire une grande quantité de

documents, les fit réunir dans un endroit clos de murs, arroser de

pétrole et brûler; ceci se passait à l'automne. Au printemps suivant on

put recueillir dans cet enclos, situé en pleine ville, environ 2 kilos

de _Morchella hortensis_. Le hasard ayant voulu que la même année des

dossiers fussent brûlés chez un avoué de notre ville, nous y trouvâmes

trois _Morchella semi-libera_. Il y a peut-être là une indication pour

les essais de culture de la morille.

Notons du reste que la présence du charbon semble être favorable à la

pousse de certains champignons; tout le monde sait que dans les forêts,

les places où l'on fait du charbon se peuplent, peu de temps après, de

champignons d'espèces différentes. Enfin, nous ajouterons qu'en Italie

on obtient le _Polypore tubérastre_, en arrosant de temps en temps une

sorte de tuf, appelé la _Pieta fungaja_ (pierre à champignon).

D'après M. Devaux, on pourrait se procurer aisément l'_Agaric atténué_

(_Pholiota cylindracea_), très estimé dans le Languedoc où il est connu

sous le nom de _Pibaulado_. Il suffit de prendre de larges rondelles de

peuplier, de 3 ou 4 centimètres d'épaisseur; on frotte l'une des faces

avec des feuillets mûrs de l'Agaric atténué, puis l'on place en terre

ces rondelles que l'on recouvre d'une légère couche de terreau. Les

champignons apparaissent un ou deux mois après, surtout si l'on a pris

soin d'arroser de temps en temps.

On peut aussi obtenir certains champignons, notamment le _Pied bleu_

(_Tricholoma nudum_), en transportant dans une cave une portion d'humus

rempli de filaments mycéliens; si l'on a opéré avec précaution, les

champignons se développent à leur époque habituelle.

CHAPITRE XI

Classification des champignons.

Dans un ouvrage de vulgarisation comme celui que nous présentons au

public, et qui ne contient qu'un petit nombre de champignons décrits, on

pourrait fort bien omettre de parler de classification. Mais comme dans

ce petit livre nous avons essayé de faire connaître des généralités sur

ces intéressants végétaux, nous pensons qu'il est de notre devoir de

dire un mot sur la classification de ces cryptogames.

C'est à _Elias Fries_, grand naturaliste suédois, né en 1794 et mort en

1878, que nous devons la première classification rationnelle des

champignons. C'est encore celle que l'on suit le plus généralement à

l'époque actuelle, au moins dans ses grandes lignes.

L'ensemble des champignons peut se subdiviser en groupes plus ou moins

importants, caractérisés surtout par la situation des spores (nous avons

dit plus haut que les spores sont les graines des champignons).

Parmi ces groupes, nous parlerons seulement de ceux qui comprennent les

espèces décrites dans notre ouvrage. Ce sont les =Hyménomycètes=, les

=Discomycètes=, les =Gastéromycètes= et les =Tubéracées=.

Nouvel atlas de poche des champignons Comestibles et Vénéneux les plus répandus. Série I (Troisième édition) Suivi de notions générales sur les champignons, leur classification, composition chimique, valeur alimentaire, préparation · 第 8 / 10 段