=Bois ombragés, bord des routes.=--Automne.

=Helvelle lacuneuse.=--Helvella lacunosa.

--_Comestible, assez agréable._--]

=Helvelle crépue.--Helvella crispa.=

Nom vulgaire: _Oreille de chat blanche_.

Les Helvelles, par leur forme bizarre, leur pied lacuneux sillonné et

leur chapeau diversement contourné, sont un sujet d'étonnement pour

celui qui les trouve une première fois. Par leur organisation, elles se

rapprochent des Morilles.

Dans l'_Helvelle crépue_, le réceptacle est enflé, divisé, ondulé,

contourné; les lobes sont d'abord attachés, puis libres, blanchâtres ou

jaunâtres. Pied épais, complètement rempli de lacunes allongées, plus

blanc que le réceptacle et haut de 6 à 10 centimètres.

Pousse en automne et en hiver, dans les bois, les gazons, le long des

fossés, etc.; comestible comme toutes les Helvelles. L'Helvelle crépue

offre plusieurs variétés dans lesquelles la teinte du réceptacle varie

du blanc jaunâtre au fauve roussâtre.

Les Helvelles, en raison de leur constitution lacuneuse, demandent à

être examinées avec le plus grand soin lorsque l'on veut en faire usage

pour la cuisine; il suffirait d'un peu d'inattention pour être exposé à

ingurgiter quelque bestiole qui se serait réfugiée à l'intérieur de ses

cavités.

[Illustration: Planche 63.

=Bois ombragés, bord des routes.=--Automne.

=Helvelle crépue.=--Helvella crispa.

--_Comestible, assez agréable._--]

=Truffe à spores noires.--Tuber melanosporum.=

Noms vulgaires: _Truffe du Périgord_, _Truffe des gourmets_, _Truffe

violette_, _Rabasse_, etc.

Les Truffes sont des champignons si connus que nous pourrions aisément

nous dispenser d'en faire la description. On trouve dans le commerce des

Truffes de provenances différentes, mais nous parlerons seulement de la

_Truffe du Périgord_, la truffe par excellence, ainsi appelée parce que

c'est surtout dans cette ancienne province qu'on la récolte en abondance

pour l'expédier dans le monde entier.

La _Truffe du Périgord_, comme du reste toutes les autres espèces, se

présente à nous sous la forme d'une masse irrégulièrement arrondie d'un

noir brunâtre, de la grosseur d'une noix à celle d'une orange, mais on

en trouve également de plus petites comme de plus grosses. La surface

est couverte de verrues, appelées _diamants_, à six côtés, déprimées au

sommet. La chair, d'abord blanche, passe ensuite au jaune, puis au brun

de plus en plus foncé, pour devenir noir violacé à la maturité; elle est

marbrée de veines blanches devenant finalement brun rougeâtre. La

coloration de la chair provient des nombreuses spores noir violacé

qu'elle renferme.

La Truffe vient presque exclusivement en terrain calcaire, de préférence

en sol friable, dans les clairières où l'herbe est rare ou absente,

notamment au voisinage de certains chênes appelés _chênes truffiers_ et

toujours sous le sol. Nous avons figuré, à gauche de la planche, un

rameau de l'espèce principale dans le rayon de laquelle se plaît la

Truffe du Périgord: c'est le _Chêne pubescent_ ou _Quercus pubescens_.

Quoique ce soit au voisinage des racines de cet arbre que l'on trouve le

plus de truffes noires, on peut fort bien en trouver sous d'autres

chênes.

La récolte se fait principalement de décembre à fin mars à l'aide de

porcs, de préférence des truies dont l'odorat serait plus fin; moins

souvent on emploie des chiens, du moins en Périgord. Ces animaux ont

tous le don de sentir la truffe de loin, souvent à 40 mètres et au delà.

Le _rabassier_, homme récolteur de truffes, ayant amplement nourri

l'animal avant son départ pour la chasse, tient celui-ci retenu par une

corde et le suit dans ses recherches à ras du sol. Dès que le porc

enfonce son groin en terre, il lui assène un coup de son bâton ferré

pour lui faire lâcher prise et déterrer à sa place le précieux

tubercule. La récolte, extrêmement variable, peut atteindre jusqu'à 15

kilos dans une journée, mais c'est exceptionnel.

Le renard, le loup, le cerf, le chevreuil, l'écureuil et tous les autres

rongeurs, de même que le chat, sont tout aussi friands de la truffe que

le porc; quantité d'insectes, mouches et coléoptères y déposent leurs

oeufs, et leurs larves s'en nourrissent.

La Truffe, quoi qu'on puisse en penser, est un aliment non seulement

facile à digérer, mais de nature à faciliter la digestion. Du moins, feu

le professeur Chatin, qui a écrit un gros livre sur son compte,

l'affirme, et Brillat-Savarin l'a énoncé avant lui.

Il y aurait bien des choses à dire encore, mais la place est limitée.

Ceux qui sont curieux d'en savoir plus long n'ont qu'à consulter

l'ouvrage de Chatin, qui leur donnera tous les détails voulus.

[Illustrations: Planche 64.

=Midi de la France surtout.=--Automne, hiver.]

=Truffe à spores noires= ou =Truffe du Périgord=.

Tuber melanosporum.]

PARTIE II

Généralités.

CHAPITRE I

Qu'est-ce qu'un champignon? Notions générales sur les champignons.

Le mot champignon paraît provenir du latin _Campus_, qui veut dire

champ, parce que les champignons croissent souvent dans les champs. Les

Latins les nommaient _Fungi_, et chez les Grecs on les appelait

_Myxetes_, dont on a fait mycètes, puis _mycologie_, qui veut dire

science des champignons.

Pendant longtemps, les idées les plus fausses ont eu cours sur les

champignons, et, de tout temps, le peuple, en voyant leur apparition

rapide à certains endroits, a cru qu'ils provenaient spontanément des

corps en décomposition, sans penser que, comme les autres végétaux, ils

produisaient des semences destinées à leur propagation.

Rien n'est plus facile que d'en donner la démonstration. Prenons un

champignon quelconque, le champignon de couche par exemple, que tout le

monde connaît, plaçons-en le chapeau, après en avoir préalablement coupé

le pied, sur un papier blanc: nous verrons au bout de quelques heures

notre papier recouvert d'une couche brune, qui n'est autre que la

réunion d'un nombre considérable de graines qui se sont détachées du

champignon en question. Ces graines, mises dans des conditions

convenables, peuvent germer et produire de nombreux filaments blancs,

d'où pourra sortir, par la suite, un champignon de tous points

identique à notre champignon de couche. Dans tous les champignons, quels

qu'ils soient, on retrouve, à un moment donné, ces graines destinées à

propager l'espèce. Ainsi donc les champignons rentrent dans la loi

commune, ils se reproduisent de graines. Indépendamment du mode de

reproduction par graines, qui est général pour tous les champignons, ces

végétaux peuvent offrir d'autres modes de propagation, dont nous ne

parlerons pas pour l'instant, si ce n'est pour rappeler le blanc de

champignon, seul moyen employé pour se procurer rapidement le champignon

de couche.

Les champignons, avons-nous dit, s'offrent à nous sous des formes si

multiples, si variées, que souvent on a de la peine à les reconnaître

comme tels, et, pour donner une idée de leur nombre, il nous suffira de

dire que la seule description de toutes les espèces connues a fourni la

matière de nombreux in-octavo.

Dans le peuple, on donne généralement le nom de champignons à ceux qui,

comme les champignons de couche, les morilles, les bolets, les pézizes,

les truffes, etc., se présentent à nous sous des formes très apparentes

et facilement reconnaissables; mais il faut étendre cette qualification

à une multitude d'autres formes, plus curieuses les unes que les autres,

et dont l'organisation merveilleusement compliquée étonne l'observateur

qui cherche à l'entrevoir. Cette structure n'est du reste visible qu'à

un fort grossissement et nécessite l'emploi du microscope, ce qui

explique qu'elle ne soit connue que d'un fort petit nombre de personnes.

Les moisissures qui apparaissent sur nos aliments: confitures, fromage,

pain, etc., sont des champignons. Les organismes qui attaquent nos

végétaux ou qui causent certaines de nos maladies sont également des

champignons. Nous pourrions ajouter aussi que les ferments qui président

dans notre corps à l'élaboration de nos aliments, ceux qui interviennent

dans la fabrication du vin, du cidre, de la bière, etc., en sont aussi.

Comme on le voit, il n'est peut-être pas dans le monde végétal un groupe

qui offre autant de diversité de formes que celui des champignons, et,

même à notre époque, les savants ne sont pas d'accord sur ce point, de

savoir si l'on doit faire rentrer certains organismes, _soit dans les

champignons proprement dits, soit dans les algues, soit même dans les

animaux inférieurs_! Ceci nous amène à rechercher ce que l'on doit

entendre par champignon.

Ce qui caractérise les champignons quels qu'ils soient, c'est qu'ils ne

renferment pas de _chlorophylle_, cette matière verte si abondamment

répandue dans toutes les autres classes des végétaux. C'est là, on en

conviendra, un caractère d'une extrême importance et facile à constater.

L'absence de chlorophylle chez les champignons implique un mode de

nutrition tout à fait spécial; on sait en effet que dans les végétaux

pourvus de chlorophylle, l'acide carbonique contenu dans l'air ou dans

l'eau se trouve décomposé par la chlorophylle, et le carbone mis en

liberté est assimilé par le végétal, pour servir à son édification. Dans

les champignons, au contraire, il est absolument nécessaire que ces

éléments hydrocarbonés se trouvent tout prêts à être absorbés, et _c'est

dans les matières organiques en décomposition qu'ils puisent les

éléments nécessaires à leur constitution_.

Nos lecteurs trouveront plus loin, chapitre IV, de plus amples

renseignements sur ce sujet.

CHAPITRE II

Comment se forment les champignons. Organisation et développement.

Poursuivant nos investigations, nous allons constater que les

champignons comportent le plus souvent deux sortes d'organes.

Une partie plus ou moins apparente et que l'on qualifie généralement du

nom de champignon, se montrant au-dessus du sol, plus rarement se

développant sous terre: c'est cette partie que l'on nomme le

_réceptacle_ (souvent le réceptacle porte plus spécialement le nom de

chapeau); sa forme est excessivement variable; quelquefois elle est très

volumineuse, comme par exemple dans la Vesse-loup géante (_Lycoperdon

giganteum_, pl. 55), qui peut avoir 1 mètre et plus de circonférence,

tandis que, dans d'autres cas, ses dimensions sont tellement réduites,

qu'il est nécessaire de recourir au microscope pour en pouvoir

distinguer la forme.

C'est le réceptacle qui porte les organes de reproduction, c'est-à-dire

les graines (appelées _spores_), qui, placées dans des conditions

favorables, germent et arrivent plus ou moins rapidement à reproduire le

champignon.

Les spores de même que les réceptacles offrent une grande diversité de

forme et de couleur; leur grosseur varie aussi énormément, et comme ces

spores ont une grande fixité, elles offrent d'excellents caractères

pour la classification.

L'autre partie du champignon est moins visible et moins variée que celle

dont nous venons de parler, c'est la partie végétative du champignon.

Dans les champignons proprement dits: agarics, bolets, morilles, etc.,

on lui donne généralement le nom de _mycélium_. C'est cette partie que

l'on nomme _blanc de champignon_, dans le champignon de couche. Le

mycélium est quelquefois très développé, comme dans les agarics, où il

forme de grandes traînées, souvent blanches, qui s'étendent quelquefois

fort loin. Le mycélium peut être assimilé à des racines, puisque c'est

par son intermédiaire que le champignon adhère au support qui le

nourrit. C'est sur ce mycélium que se développent à certains endroits

les organes fructifères, c'est-à-dire le champignon proprement dit.

Quelquefois le mycélium est très réduit et fort difficile à distinguer

de l'appareil fructifère.

Le mycélium se présente souvent sous la forme de filaments très fins et

très nombreux enchevêtrés, brillants, blancs ou d'une autre couleur;

mais il a parfois un aspect tout différent: tantôt ce sont des sortes de

lanières noires, coriaces, d'une grande longueur et plus ou moins

ramifiées, que l'on appelait autrefois des _Rhizomorphes_. Ces lanières

se trouvent fréquemment sous l'écorce des arbres malades. On le trouve

aussi sous la forme de tubercules, plus ou moins gros, irréguliers,

noirs extérieurement; on a donné à ce genre de mycélium le nom de

_sclérote_. L'ergot de seigle notamment est un sclérote.

Le mycélium d'un champignon peut n'avoir qu'une durée éphémère, mais le

plus souvent il est capable de vivre fort longtemps.

Bien des personnes ont eu certainement l'occasion de remarquer que

certains champignons, surtout parmi les agarics, avaient une tendance à

pousser en cercle. On trouve parfois de ces cercles de grandes

dimensions et très réguliers; on leur a donné, dans les campagnes, le

nom de cercle des sorcières. Cette curieuse disposition est due à ce que

le mycélium a un développement centrifuge: nous allons expliquer en

quelques mots comment les choses se passent.

Lorsqu'une spore germe, elle émet tout à l'entour de nombreux filaments

très fins et enchevêtrés. Si les conditions de végétation restent

favorables, la surface couverte par les filaments issus de la spore

augmente peu à peu en s'éloignant à peu près également de leur point de

départ qui est la spore, de manière à former une tache circulaire.

Dans la nature tout se passe ainsi, au moins dès le début, mais, par la

suite, il arrive presque fatalement que ce développement en rond parfait

se trouve entravé par des circonstances quelconques: il se produit alors

des lacunes et le charme de la régularité cesse d'exister.

Mais le rôle du mycélium ne consiste pas simplement à se développer

indéfiniment, et il doit donner des fruits, c'est-à-dire des

champignons, tout comme un pommier, un poirier doivent donner des pommes

et des poires, ou une plante quelconque donner des graines.

Or donc, à un moment donné, notre mycélium, issu d'une spore, donnera,

s'il s'est trouvé dans des conditions favorables, des champignons qui,

le plus souvent, viendront se montrer à la surface du sol, où ils

jalonneront la présence du mycélium souterrain.

La première fructification se trouvera assez rapprochée du centre

initial, c'est-à-dire de la spore, et comme dans bien des cas, par suite

de l'homogénéité du sol où le mycélium s'est développé, cette

fructification se produira régulièrement, nous aurons une série de

champignons disposés circulairement.

Pour peu que ces conditions favorables se maintiennent quelques années,

nous aurons successivement des cercles de plus en plus grands.

Comme la vie active du mycélium se porte toujours aux extrémités, le

centre ne se trouvant plus nourri suffisamment, ne tarde pas à

péricliter et à mourir: il en résulte que si l'on pouvait, au bout d'un

certain temps de végétation, mettre à nu le mycélium, on constaterait,

avec un certain étonnement, qu'il ne comporte plus qu'une bande

circulaire plus ou moins large, dont la partie la plus vivace est à

l'extérieur.

Ainsi donc, les parties périphériques seules restent vivaces et

produisent les champignons, tandis que le centre s'épuise et meurt. On

comprend sans peine que, chaque année, le mycélium s'éloigne davantage

de son centre et occupe un cercle de plus grande dimension. Il nous est

arrivé de trouver des cercles de _Clitocybe nebularis_ (pl. 19),

comprenant plus de soixante individus. Il est bon d'ajouter que le plus

souvent, par suite des accidents de terrain, ou de circonstances peu

favorables, le mycélium ne se développe pas d'une façon aussi régulière.

Les champignons, avons-nous dit, ne poussent pas aussi rapidement qu'on

serait tenté de le croire et surtout dans l'espace d'une nuit, comme on

l'a écrit. Le jeune champignon demande un temps relativement long,

plusieurs jours au moins pour arriver à son entier développement, et

encore faut-il que les conditions d'humidité et de chaleur soient

favorables. Dans la culture du champignon de couche, ce n'est guère que

quarante jours après la confection de la meule que les champignons

commencent à se montrer, et la récolte peut durer près de trois mois.

(V. art. 17 de _L'Amateur de Champignons_.)

Tout champignon, ne l'oublions pas, provient d'une graine ou spore; or

cette spore peut germer aussitôt mûre et reproduire le champignon tout

aussi rapidement, comme dans les ferments, les moisissures, etc., mais

cette spore--et c'est le cas le plus fréquent--peut conserver son

pouvoir germinatif pendant fort longtemps, et attendre le moment propice

pour germer et continuer le cycle de son développement.

De même le mycélium peut, lorsque les conditions de végétation ne lui

sont pas favorables, rester plusieurs années sans fructifier. A l'appui

de notre dire, nous pourrions citer le _Tricholoma panæolum_ que,

pendant bien des années, nous n'avions pas retrouvé dans un bois

fréquemment visité par nous, et que l'année dernière nous avons récolté

en grande quantité. L'_Oronge vraie_ (pl. 1), si recherchée des

amateurs, est quelquefois introuvable certaines années; le mycélium

existe bien, mais il lui est impossible, en raison du manque d'humidité

ou de chaleur, de développer son champignon.

Les spores ou graines sont excessivement variées de grosseur, de forme

et de couleur; elles peuvent être ovales, c'est-à-dire avoir la forme

d'un oeuf plus ou moins allongé, d'autres fois elles sont sphériques,

ou bien elles se présentent à nous comme de petits bâtonnets, qui

peuvent être courts ou très allongés, réguliers ou irréguliers, droits

ou courbes; elles peuvent aussi affecter des formes géométriques très

variées. Les spores peuvent être lisses ou diversement ornées, continues

ou plus ou moins divisées à leur intérieur par des cloisons; leur

contenu peut être homogène ou plus ou moins différencié. La couleur des

spores peut être nulle, on dit alors qu'elles sont blanches, d'autres

fois elles sont jaunes plus ou moins foncées, roses ou rouges,

ochracées, couleur de rouille ou même noires.

Pour se rendre compte de la forme et de l'organisation des spores dans

les champignons, on doit faire usage d'un microscope donnant un

grossissement assez fort. Le groupement et la disposition des spores

dans les champignons ne sont pas moins caractéristiques; on les trouve

isolées, ou agglomérées en plus ou moins grand nombre, munies ou non

d'un pied (les botanistes disent: pédicellées). Tous les caractères

tirés de la spore ont été, en raison de leur constance, mis à profit

dans la classification des champignons, où ils rendent les plus grands

services.

CHAPITRE III

Composition chimique, coloration et odeur des champignons.

La composition chimique des champignons est en général plus simple que

celle des autres végétaux. A part l'eau qui, dans beaucoup d'espèces,

entre pour une très grande part (jusqu'à 90 pour 100), on trouve, dans

les champignons, de la cellulose ou un principe hydrocarboné s'en

rapprochant, des matières gommeuses et sucrées, des matières

albuminoïdes et des sels; ajoutons aussi des matières grasses et

colorantes.

Nous pourrions incidemment faire remarquer que l'on ne trouve pas

d'amidon dans les champignons. On pouvait à priori le prévoir, puisque

nous avons vu plus haut que ces végétaux ne renfermaient point de

chlorophylle. Or comme ces deux substances s'accompagnent toujours, il

ne peut y avoir d'amidon puisqu'il n'y a pas de chlorophylle.

Des principes sur lesquels nous devons nous arrêter un instant, en

raison de leur importance, sont les principes toxiques. Tout le monde

sait, en effet, qu'il y a des champignons que l'on ne peut consommer

sans danger de mort ou de malaise; on a donné à ces champignons le nom

de champignons vénéneux. Les amanites renferment bon nombre d'espèces

vénéneuses et toutes celles qui sont mortelles.

Le principe toxique contenu dans les champignons est encore

imparfaitement connu, et paraît différer suivant l'espèce de champignon

dont il provient. C'est ainsi que, suivant certains auteurs, les

amanites fourniraient de l'_amanitine_; d'autres savants verraient, dans

les amanites, deux principes, la _phalline_ et la _muscarine_. Les

bolets, eux, renfermeraient de la _bulbosine_.

Quoi qu'il en soit, il semble avéré que le principe toxique des

champignons est soluble dans l'eau bouillante, ou même dans l'eau salée

après une macération suffisamment prolongée; cela explique que certaines

personnes aient pu consommer sans inconvénient des champignons

éminemment toxiques. Il est bon d'ajouter qu'avec un semblable

traitement, le champignon perd la plus grande partie de ses qualités

gustatives, et ne présente plus qu'un aliment insipide, voire même

indigeste.

On trouve dans l'ergot de seigle (qui est un sclérote; voir chap. II) un

principe toxique, l'_ergotine_, que l'on utilise avec succès dans la

médecine.

Les champignons sont susceptibles de couleurs variées, souvent très

vives. On trouve des rouges de toutes nuances, des jaunes, des bruns

plus ou moins foncés; le violet n'est pas rare, tandis que la couleur

verte est peu répandue. Toutes ces teintes sont dues à des liquides ou à

des substances granuleuses contenus dans les cellules. Les teintes

blanches, qui sont fréquentes, proviennent d'un jeu de lumière sur une

ou plusieurs couches de cellules remplies d'air. Dans certains

champignons, les bolets par exemple, la chair change de couleur

lorsqu'on la brise au contact de l'air; il y a là probablement un

phénomène d'oxydation.

Parmi les autres propriétés des champignons, nous pouvons signaler leur

odeur. Tous, plus ou moins, il est vrai, en ont une qui leur est propre:

c'est l'odeur de champignon. A part celle-ci, qui se retrouve à peu près

partout, à un degré plus ou moins accentué, on en trouve qui sont doués

d'une odeur tout à fait spéciale, quelquefois agréable, mais pouvant

être aussi repoussante: il y en a qui sentent la farine, le savon,

l'ail, etc.

Indépendamment de l'odeur, les champignons ont souvent une saveur très

caractéristique; ainsi certains lactaires sont très âcres, d'autres ont

une saveur salée ou poivrée.

Quelques champignons, parmi lesquels nous citerons le pleurote de

l'olivier (_Pleurotus olearius_), jouissent de la singulière propriété

d'être lumineux dans l'obscurité; d'après des recherches récentes, cette

phosphorescence serait due à des bactéries.

CHAPITRE IV

Du rôle des champignons dans la nature.

Les champignons forment parmi les végétaux un groupe très important qui

a été surtout étudié au point de vue taxonomique et biologique. Mais si

l'on connaît maintenant la description des nombreuses espèces réparties

sur les continents, si pour beaucoup d'entre eux on a pu déterminer les

conditions de leur existence, il semble qu'on a quelque peu omis de

mettre en lumière le rôle qui leur est dévolu dans l'économie de la

nature.

Le public, en effet, n'envisage généralement en toutes choses que le

côté purement utilitaire, et si l'on se borne à apprécier les

champignons à ce point de vue, il faut bien reconnaître que de prime

abord ils paraissent d'une importance relativement minime.

Comme aliments ils peuvent être consommés en nature au même titre que

bien d'autres végétaux, mais en général ils ne sont pas considérés comme

des aliments proprement dits, et indispensables à notre existence. Ce

sont plutôt, «étant bien entendu qu'il ne s'agit que d'un petit nombre

d'espèces prises parmi les champignons supérieurs», des condiments qui

satisfont plus notre palais que notre estomac, et dont on peut se passer

aisément. Au reste, le nombre de gens qui consomment des champignons est

infime relativement au chiffre des humains.

Indirectement, ils ont une utilité plus grande dans certains cas où ils

interviennent en dehors de nous, pour provoquer des transformations qui

sans eux ne pourraient se produire.

Nouvel atlas de poche des champignons Comestibles et Vénéneux les plus répandus. Série I (Troisième édition) Suivi de notions générales sur les champignons, leur classification, composition chimique, valeur alimentaire, préparation · 第 4 / 10 段