_Le Horst algérien._ — L’opinion de M. Gentil est concrétisée dans une

figure qui suffirait[107] à elle toute seule pour rendre sa pensée, plus

nettement qu’aucun développement au moyen de mots (fig. 26).

Entre l’Atlas tellien, et le saharien, un môle résistant s’intercale,

que M. Gentil appelle le Horst algérien : et on lui laissera ce nom.

Entre les deux Atlas il joue le même rôle dirimant que le Horst marocain

(la plate-forme subatlantique de Théobald Fisher) entre l’Atlas et le

Riff. Ou bien encore que la Meseta ibérique entre la sierra Nevada et

les Pyrénées.

De même que la plate-forme subatlantique, la Meseta ibérique, et pour

comparaison, le Plateau central français, le Horst algérien fait figure

de vieux corps étranger auprès des jeunes chaînes qui l’encastrent.

Horst marocain et Horst algérien ont une relation d’interdépendance ;

malgré l’interruption du Moyen-Atlas, ils se continuent comme deux

grains du même chapelet, ils sont deux moitiés d’un même ensemble brisé.

Le Horst algérien néanmoins mérite bien le nom que M. Gentil lui a

donné. Il est renfermé dans les limites de l’Algérie.

[Illustration : Figure empruntée à Gentil : _Le Maroc physique_.

FIG. 26. — LE HORST ALGÉRIEN.

Entre la Moulouya et l’extrémité orientale du Hodna, sous la masse tout

entière des hauts plateaux Oranais et Algérois, les géologues admettent

qu’il existe un horst algérien, c’est-à-dire un massif primaire rigide.

Ce horst algérien est (plus ou moins ? avec une interruption ?) la

continuation du horst marocain, beaucoup mieux connu, et l’un nous aide

à nous représenter l’autre. — Ces deux horsts sont demeurés rigides,

mais non pas tout à fait immobiles, sous la poussée des forces

orogéniques qui ont édifié l’Atlas. Dans la structure de l’Atlas

saharien M. Gentil croit retrouver la marque d’une compression exercée

par les horsts, dans leur mouvement global de translation vers le Sud-

Est.

Toute la région algérienne intermédiaire entre les 2 Atlas, tellien et

saharien, doit à la rigidité de ce substratum son caractère de plateau.]

D’ouest en est il va de la Moulouya jusqu’à l’étranglement hodnéen, au

delà duquel on sait déjà que les deux Atlas tellien et saharien se

rejoignent et voisinent sans intercalation d’aucune sorte. Le Horst

algérien est le soubassement et la raison d’être des Hauts Plateaux

oranais et algérois.

Gentil dit de la façon la plus explicite : « l’ensemble des Hauts

Plateaux est formé d’un socle primaire, provenant de l’arasement de la

chaîne hercynienne, sur lequel repose une succession de couches

secondaires.

« Ces terrains mésozoïques montrent dans leur ensemble une allure

tabulaire. Au sud de ce Horst algérien se déploie la succession de

faisceaux de plis qui forme l’Atlas saharien[108]. »

Cette notion du Horst algérien Gentil l’utilise pour rendre intelligible

l’allure si particulière des plis dans l’Atlas saharien, l’allure en

amygdales, en torons de corde, en faisceaux qui se relaient au lieu de

se prolonger[109].

Les plis de l’Atlas saharien sont nés de la compression entre le Horst

saharien au sud, « formant bouclier », et le Horst algérien au nord,

« Horst profond », recouvert d’une couverture de couches secondaires.

Pour rendre compte de l’allure si particulière des plis, il suffit

d’admettre que la mâchoire septentrionale de l’étau, le Horst algérien,

en même temps qu’il transmettait la pression normale à la direction

générale de la chaîne, s’est déplacé latéralement, « dans le sens du

nord-est vers le sud-ouest ». Gentil croit pouvoir mesurer l’importance

de ce déplacement, il l’évalue à 25 kilomètres[110] (fig. 26 où le sens

du déplacement est indiqué par une flèche).

Une fois admis le déplacement du Horst profond sous la couverture des

sédiments secondaires, M. Gentil rend compte des ondulations, des rides

qui ont affecté cette couverture, en particulier des cratères d’érosion

avec cheminée triasique, ou si l’on veut des pustules crevées avec trias

giclant au centre.

« L’interposition de trias gypseux plastique, entre le socle primaire du

Horst algérien et sa couverture plus rigide, a facilité le ridement des

couches superficielles[111]. »

Ces hypothèses précises sont à la fois élégantes et vraisemblables.

D’autres géologues en ont proposé d’autres, qui toutes font intervenir

l’influence d’un socle hercynien sous-jacent. Pour choisir entre ces

explications techniques on ne s’imagine assurément pas qualifié.

D’autre part le ridement des couches superficielles dans une région

d’architecture tabulaire, quelle qu’en soit l’explication, est en tout

cas un fait observé ailleurs ; dans le bassin parisien par exemple les

rides qu’on a quelquefois appelées « posthumes » jouent un rôle souvent

signalé, les boutonnières anticlinales du pays de Bray, par exemple, et

du Boulonnais.

On ne veut retenir ici que l’existence même du Horst algérien. Encastré,

emballé de toutes parts entre des branches d’une aussi grande chaîne

plissée, il pourrait aller sans dire que, tout môle qu’il fût, il ait dû

ne rester ni parfaitement rigide, ni parfaitement immobile.

Gentil fait une comparaison intéressante entre les Hauts Plateaux

algériens flanqués des deux Atlas, d’une part, et d’autre part le

Plateau suisse, encadré entre la chaîne violemment plissée des Alpes

occidentales, et les ondulations régulières du Jura[112].

[Note 105 : No 77.]

[Note 106 : No 106.]

[Note 107 : No 57, p. 127.]

[Note 108 : No 57, p. 145 et 146.]

[Note 109 : No 57, p. 153.]

[Note 110 : No 57, p. 157.]

[Note 111 : No 57, p. 158.]

[Note 112 : No 57, p. 161.]

CHAPITRE VI

LA MESETA SUD ORANAISE

Parmi les géologues algériens, M. Louis Gentil est celui qui a proposé

le nom de Horst algérien, et qui a dessiné ce horst. C’est que ses

travaux l’avaient fixé sur sa véritable nature. Sa thèse sur la Tafna

déjà mais surtout ses études ultérieures sur l’Amalat d’Oudjda[113],

l’ont amené à bien connaître les plateaux de Tlemcen, et leur

prolongement au Maroc oriental, les monts des Beni-Bou-Zeggou, la gada

de Debdou. C’est-à-dire le rebord septentrional du Horst algérien, où sa

qualité de Horst est nettement en évidence.

Pour l’ensemble de cette région, qui va de la Mina à la Moulouya, et qui

englobe avec les plateaux de Tlemcen ceux de Saïda, j’ai proposé le nom

de Meseta sud oranaise[114]. M. Louis Gentil paraît s’y rallier et je

crois qu’il faudrait le conserver. Il désigne une région bien

particulière ; une puissante avancée du Horst algérien jusque dans le

Tell, dans la zone des pluies plus abondantes et des rivières

aboutissant depuis longtemps au niveau de base marin. Le décapage y est

donc énergique, il a été poussé jusqu’au-dessous de la plate-forme

secondaire, jusqu’à la pénéplaine hercynienne sous-jacente.

Partout ailleurs, plus au sud, le régime des bassins fermés, à travers

les âges géologiques, s’est opposé à l’éventration du sous-sol. Le Horst

primaire gît à de grandes profondeurs, scellé sous l’amas énorme des

atterrissements continentaux, ou sous l’intégrité des puissantes couches

marines secondaires.

Il n’y serait qu’une hypothèse vraisemblable sur laquelle on pourrait

discuter. Mais dans la Meseta sud oranaise le Horst n’est plus une

hypothèse, c’est un fait, on le voit et on le touche à travers des

fenêtres nombreuses et larges. On est parfaitement sûr d’avoir affaire à

la prolongation algérienne de la Meseta marocaine, pendant elle-même de

l’espagnole. Et c’est toute la question du Horst algérien qui s’en

trouve éclairée d’un coup.

Les fenêtres (fig. 29) qui laissent apercevoir le substratum sont part

et d’autre de la frontière, en Algérie à l’oued Tifrit et à Ghar-

Rouban ; au Maroc dans les Beni-Bou-Zeggou, et à la Gada de Debdou. Les

affleurements marocains, et même celui de Ghar-Rouban, qui est à la

frontière, nous sont justement connus par les travaux de M. L.

Gentil[115].

Dans les hauts de l’oued Isly il a trouvé une faune fossile abondante,

« qui montre l’extension jusqu’aux abords d’Oudjda du carbonifère de la

région de Béchar ».

D’après les analogies de facies il attribue des schistes à l’étage

silurien. Ce seraient ces mêmes schistes gothlandiens déjà signalés en

bien des points du Sahara et du Maroc, où ils contiennent des

graptolithes.

Ces roches primaires affleurent sur de grandes étendues. Dans les Béni-

Bou-Zeggou en particulier on les trouve à peu près partout entre l’oued

Za (vers Guefaït), et le poste frontière de Sidi-Aïssa. Au nord, ils

s’étendent presque jusqu’aux portes d’Oudjda.

Ils ont été visiblement affectés « par les plissements de la chaîne

hercynienne » ; Gentil a observé « des plis grossièrement orientés nord-

est, sud-ouest ». Ces plis sont arasés en pénéplaine ; c’est la même

pénéplaine primaire qui couvre d’immenses espaces au Sahara, dans le

Haut-Atlas, et dans la meseta marocaine. Sur ce socle M. Gentil a vu

reposer de puissantes assises de calcaires liasiques et jurassiques.

La transgression marine a commencé vers le milieu du lias. Un poudingue

ferrugineux, conglomérat de base, que Gentil a retrouvé partout dans la

région, atteste l’exondation et le ruissellement sub-aérien, avant le

médio-liasique.

Ces couches liasiques et jurassiques, avec une épaisseur totale d’un

millier de mètres sont restées « à peu près horizontales...,

d’architecture tabulaire ». Dans toute la région, la gada de Debdou, les

Beni-Bou-Zeggou, les monts de Tlemcen, « les efforts orogéniques

deviennent presque insensibles ; les plissements se réduisent à de

simples ondulations. Les calcaires, qui forment la masse principale, s’y

montrent fréquemment disloqués par un grand nombre de failles, mettant à

nu, malgré la dénivellation assez faible des deux lèvres de la cassure,

le soubassement des terrains secondaires, formé des vestiges de la

pénéplaine primaire. »

Sur l’ensemble de cette région étendue, encore qu’il se défende de

l’avoir vue tout entière, M. Gentil écrit : « Si l’on considère

l’ensemble des monts de Beni-Bou-Zeggou depuis le Ras Asfour, à la

frontière algérienne (c’est-à-dire Ghar Rouban) jusqu’aux approches de

la Moulouya, on constate fréquemment, sur les bords de ce massif

d’architecture tabulaire, des fractures longitudinales ; de sorte que

l’on peut le considérer comme limité au moins en partie par des failles

bordières à la façon d’un horst[116]. »

[Illustration : FIG. 27. — LA FENÊTRE DE L’OUED TIFRIT.

La figure a été dessinée d’après la carte au 200000e, feuille 32 et à

l’échelle ; et d’après la carte géologique G.-B.-M. Flamand (no 41 _in

fine_). — A une figure, antérieurement publiée, et dont celle-ci n’est

qu’une reproduction (no 44), Flamand reproche la maladresse du dessin, à

juste titre ; et insiste longuement sur son exactitude (_ibid._, p.

130).

Sous l’infralias l’érosion a mis à jour la pénéplaine primaire dans le

cañon de l’oued Tifrit et sur tout le pourtour Nord du causse d’Aïn

Soltane, jusqu’au dj. Modzbab. Tout ce causse est un placage horizontal

de calcaire infraliasique sur la pénéplaine arasée.

Les fenêtres de R’ar-Rouban, des Beni-bou-Zeggou, de Debdou (cf. fig.

30) sont du même type que la fenêtre de Tifrit. Un pays sur la structure

intime duquel nous avons de pareilles évidences doit être distingué de

l’Atlas plissé.

_f_, faille. — J, jurassique. — L, lias. — PP, pénéplaine primaire.]

Ces lignes, suffisamment claires en soi, M. L. Gentil les illustre

graphiquement avec un beau profil géologique relevé entre Sidi-Aïssa et

Oudjda[117]. On y voit d’un coup d’œil le bord haché de failles de la

Meseta.

On a fait exactement les mêmes observations en territoire algérien, à

250 kilomètres de la frontière marocaine, à l’est de Saïda. Il y a là un

coin de pays où une faille très visible, et l’érosion de l’oued Tifrit

ont mis à nu la pénéplaine primaire sous-jacente aux calcaires liasiques

(fig. 27). Le géologue qui a décrit cette fenêtre est G.-B.-M.

Flamand[118].

Il a vu une formation très épaisse de schistes et de quarzites

primaires, qu’il attribue hypothétiquement au silurien, qui sont

traversés de filons éruptifs, plissés et arasés. Sur la tranche arasée

Flamand signale « un ensemble d’assises appartenant à l’infralias

déterminé paléontologiquement ». Par places, à la base de l’infralias il

a vu des poudingues, formation continentale de ruissellement, qu’il

attribue au permien. La concordance avec Gentil est tout à fait

satisfaisante, à des détails près qui ne présentent pas d’intérêt ici.

Ces assises liasiques de Tifrit sont « disposées en plateaux ondulés » ;

ce sont « de véritables causses[119] ».

Sous le nom de Haut-pays-tellien-cissteppien, Flamand décrit exactement

la zone, à laquelle je crois devoir laisser le nom de Meseta sud-

oranaise.

C’est « une zone remarquable de plates-formes à plissements

subméridiens » ; le contexte montre qu’il entend par là des plis

posthumes de direction hercynienne. Ces « plateaux secondaires font

opposition aux formations du Tell littoral ».

« Cette disposition en plates-formes » est imposée par « les paliers

d’une pénéplaine sous-jacente[120] ».

Cette « plate-forme cissteppienne » est loin de mériter le nom de

« chaîne intérieure » qu’on lui a donnée à tort et d’être un équivalent

des chaînes telliennes. Flamand y retrouve au contraire « les mêmes

lignes générales » qu’il a rencontrées dans les régions sahariennes.

Cette « région tellienne », qui « se relie tectoniquement » au Sahara

central, « est au nord, à la bordure du géosynclinal méditerranéen, un

promontoire un peu modifié des plates-formes indo-africaines, elle a son

équivalent sur la bordure sud du Plateau central de France[121] ».

Il est bien entendu que c’est exactement cela, et rien d’autre qu’on a

voulu rendre avec l’expression _Meseta sud oranaise_.

J’ai vu moi-même et décrit en 1909[122] cette fenêtre de Tifrit. Je l’ai

vue en passant et en profane, antérieurement à la publication détaillée

des observations Flamand.

Dans sa thèse, qui est de 1911, mon regretté collègue et ami, avec une

précision méticuleuse de technicien, relève dans mon article de 1909 ce

qui lui a paru être des inexactitudes de détail : sur le fond, et sur

l’essentiel il formule des conclusions qui sont exactement les miennes

et que je me suis empressé de reproduire fidèlement. Dans un passage

d’ailleurs[123] il donne à l’esprit de mon petit travail, sinon à sa

lettre, une adhésion que je n’aurais pu souhaiter plus expresse.

Je m’excuse pourtant d’insister sur ceci : jusqu’à une époque aussi

rapprochée de nous que 1909, un géographe que le hasard amenait à Tifrit

y éprouvait une vive et légitime surprise. Jusqu’à cette date en effet,

il a été entendu tacitement que l’Algérie tout entière était un faisceau

de plis ; sous les plumes les plus autorisées on rencontrait les massifs

de Tlemcen et de Saïda classés comme chaînes intérieures, et portant les

numéros 1 et 2 dans une énumération, qui donne le numéro 3 à la chaîne

du Hodna[124]. Pure inadvertance bien entendu : mais enfin c’est faire

rentrer dans la même catégorie une chaîne où les sédiments miocènes

marins sont énergiquement plissés, et une pénéplaine primaire,

soubassement de causses.

Or dès qu’on met le pied à Tifrit, si profane soit-on, il est impossible

de s’y tromper. On a devant soi un pays très facile à déchiffrer, qu’on

a cherché à schématiser dans la figure 27. On se croyait sur la foi de

la bibliographie dans un coin des Alpes ; et on s’aperçoit qu’on est

dans les causses.

Bien entendu, on n’a jamais eu la pensée ridicule de prétendre attirer

l’attention de MM. Flamand et Ficheur sur un fait pareil. La carte

géologique au 800000e, qui est leur œuvre, suffirait à renseigner le

public sur la Meseta sud oranaise. Mais enfin il faut être reconnaissant

à M. Flamand, dans sa thèse, et surtout à M. Gentil, d’avoir donné de

cette carte un commentaire détaillé.

Commentaire dont l’importance ne semble pas avoir été suffisamment

soulignée encore. Dans un travail intéressant sur l’extrême sud oranais,

qui a paru en 1916, et dont l’auteur est un officier géologue de grand

mérite, M. Rey[125], on peut relever tel passage où il apparaît que

l’auteur ne connaît pas l’existence du Horst algérien.

Les géologues algériens, dans cet immense pays encore si imparfaitement

connu, sont aux prises avec une besogne formidable d’analyse. Il est

tout naturel qu’ils n’aient pas eu le loisir de passer à la synthèse.

Dans les lignes qui précèdent, on espère avoir donné l’impression qu’on

ne s’en prend à personne et qu’on ne critique pas. On a voulu faire

ressortir à l’occasion d’un fait concret qu’un essai de synthèse

géographique comme le présent petit livre répondait peut-être à un

besoin.

[Illustration : FIG. 28. — L’OUED MINA.

L’oued Mina entre Tiaret et Relizane est à peu près limite entre la

région des causses et l’Atlas plissé. Tiaret, Prévost-Paradol, jalonnent

grossièrement cette limite. La Mina coule dans un cañon.

Dans le voisinage de cette grande faille il y a un gros pointement

éruptif, ce qui est peut-être unique dans l’Atlas Tellien, si loin de la

côte. (Gorges de Tomda.)

Une grande route transversale à l’Atlas, d’une grande importance

humaine, la route de Tiaret à la mer passe par le plateau de Mendez.

(Voir livre V, chap. IX.)]

A propos de la Meseta sud oranaise il faut signaler un coin encore où le

voyageur profane, dût-il se contenter de regarder par la portière du

wagon, a sous les yeux des lignes de paysage inattendues. Ce sont les

bords de la Mina, aux environs de Prévost-Paradol (fig. 28). La rivière

y coule au fond de cañons, qui sont entaillés dans le causse ;

continuation évidente des causses de Saïda. Et cette continuation est

une fin. A l’horizon tout proche, sur la rive droite, on voit le paysage

se modifier, c’est la chaîne tellienne qui commence. Dans cette section

de son cours la Mina sert à peu près de limite entre deux mondes

différents. A l’appui de ce fait important je m’excuse de n’apporter

aucune référence ; sauf une cependant qui est orale, mais excellente ;

la confirmation formelle du fait par M. Ficheur.

[Illustration : FIG. 29. — LE FRONT DE LA MESETA SUD ORANAISE

La figure donne le front Nord de la région des causses, autrement dit

meseta Sud Oranaise. Ce front est jalonné par Debdou, Oudjda, Tlemcen,

Chanzy, Prévost-Paradol. — On a marqué les déchirures du causse, à

travers lesquelles le substratum primaire, mis à nu, nous renseigne sans

contestation possible sur la structure profonde. — Grâce à elles le

horst Algérien (fig. 27) est autre chose qu’une hypothèse. — La figure

29 doit accessoirement servir à illustrer le chapitre III du livre V sur

les plaines oranaises (le chapelet de sebkhas et de marais entre le Rio

Salado et le Chéliff) ; et les chapitres IV et V.]

Dans cette région à laquelle nous voudrions laisser le nom de Meseta sud

oranaise, grâce au décapage énergique de torrents telliens, il a donc

été possible aux géologues de repérer avec une grande exactitude la

limite nord du Horst algérien. On la suit sans hésitation possible

depuis la Moulouya jusqu’à la Mina. Elle est jalonnée par Oudjda,

Tlemcen qui s’adosse au pied de la falaise terminale, les villages de

Lamoricière, de Chanzy, la plaine d’Eghris dominée par Mascara, Prévost-

Paradol. C’est le front du môle sur lequel ont déferlé les plis de

l’Atlas tellien. Quand on essaie de se reconnaître dans la structure de

l’Algérie, une ligne pareille a une importance de tout à fait premier

ordre. Il est absurde qu’on n’en parle jamais (fig. 29).

_L’extrémité orientale du Horst._ — Partout ailleurs sur le pourtour du

Horst l’ennoyage désertique laisse subsister une incertitude sur les

limites précises. En particulier dans le coin nord-est du Hodna.

L’opinion commune, c’est que l’Atlas tellien et l’Atlas saharien, hors

la cuvette du Hodna dans l’est, sont en contact direct l’un avec

l’autre, sans interposition d’aucune sorte. C’est en particulier

l’opinion de Blayac, qui a décrit les Hautes Plaines constantinoises

dans le bassin de la Seybouse.

MM. Joly et Joleaud[126] sont d’opinion un peu différente. Dans cette

même région, qu’ils connaissent bien, ils soupçonnent, intercalé entre

les deux Atlas, un dernier prolongement du Horst algérien ; mais

transformé par les « violentes poussées venues du nord » auxquelles « il

a servi de butoir » ; affecté d’une « structure imbriquée » qui est le

trait caractéristique des Hautes Plaines constantinoises ; « masqué par

les plis aurasiens, qui sont beaucoup plus accentués ici que dans le sud

oranais ou le sud algérois ».

Entre les deux opinions la nuance est fort intéressante ; mais peut-être

pas au point de vue qui nous occupe quand il s’agit de dégager des

lignes très générales de structure.

Pratiquement le Horst algérien peut être considéré comme délimité par le

grand arc montagneux si nettement dessiné à l’est et au nord du Hodna,

qui rejoint la brèche de Biskra et la vallée de la Mina. En deçà et au

delà de cette ligne les Hautes Plaines constantinoises et les Hauts

Plateaux d’Algérie-Oranie appartiennent, de l’avis général, à des

catégories distinctes.

_Conclusions générales du livre._ — Si maintenant on jette un regard

rétrospectif sur le livre III certains résultats semblent se dégager,

qui ne sont pas négligeables.

Il est sûr que la brèche de Biskra, qui est en relation avec le sillon

de l’Igharghar, et qui coupe en deux tronçons l’Atlas algérien, est un

trait extrêmement ancien et extrêmement important de la structure.

Il en est de même du front septentrional de la Meseta sud oranaise entre

Tlemcen et Prévost-Paradol.

Ce sont là deux faits énormes qui sautent ou qui devraient sauter aux

yeux. Ils sont tout à fait incontestables et incontestés.

Entre ces deux faits l’hypothèse du Horst algérien met un lien naturel

et clair, si tant est qu’il n’y ait pas esprit hypercritique à conserver

ce mot d’hypothèse.

Notez que ceci est assez neuf. Dans l’usage courant du langage, quand on

veut rendre compte du socle continental de l’Atlas algérien, on

distingue couramment l’Atlas saharien et les Hauts Plateaux proprement

dits. Cela n’est pas inexact, encore que la délimitation soit un peu

floue. Mais c’est incomplet.

Ce socle continental est coupé en écharpe, dans une direction sud-est-

nord-ouest, par une autre ligne de démarcation, dont on ne parle jamais,

et qui est pourtant l’élément essentiel de la structure. C’est le seuil

de Biskra, et le grand arc montagneux qui limite le Horst algérien à

l’est et au nord depuis l’Aurès par les monts du Hodna.

Suivant cette ligne-là tout le socle continental de l’Atlas est

nettement cassé en deux d’outre en outre transversalement à sa longueur

(fig. 6).

On a déjà entrevu et on dira plus longuement au livre VI quelle est

l’importance de cette ligne dans l’histoire et la géographie humaine de

l’Algérie.

Aux livres IV et V on va retrouver le Horst algérien et surtout la

Meseta sud oranaise, qui ont nécessairement un lien étroit avec la

structure de l’Atlas tellien.

[Note 113 : No 55.]

[Note 114 : No 44.]

[Note 115 : No 55, no 16 dans no 56.]

[Note 116 : No 55, p. 23, 22, 23, 26, 30, 35.]

[Note 117 : No 55, p. 24, fig. 8.]

[Note 118 : No 41, p. 122.]

[Note 119 : No 51, p. 398.]

[Note 120 : No 51, p. 772.]

[Note 121 : No 51, p. 773.]

[Note 122 : No 44.]

[Note 123 : No 41, p. 772, note 1.]

[Note 124 : No 22, p. 356.]

[Note 125 : No 90.]

[Note 126 : No 71, p. 504.]

LIVRE IV

LES PLIS DU TELL

* * * * *

CHAPITRE I

LES NAPPES

Le géosynclinal tellien est par définition un pays de plis intenses,

oscillant autour de la direction est-ouest, tous déversés vers le sud ;

la position de la Tyrrhénide a déterminé l’orientation des plis et le

sens de la poussée.

Il serait naturel d’analyser ces plis, de les disséquer un à un, et d’en

démonter le groupement. Mais c’est une tâche à peu près impossible

actuellement : aussi longtemps que les géologues ne se seront pas mis

d’accord sur une question primordiale, celle des nappes de charriage.

Cette question, qui a révolutionné la tectonique des Alpes s’est posée à

propos de l’Atlas, et elle est loin d’avoir trouvé encore sa solution.

En des points déterminés certaines fibres du plissement tellien, après

examen approfondi, ont été déclarées front de nappe par tel géologue,

mais qui est nettement contredit par tel autre.

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