Mais par surcroît les alluvions quaternaires, telles quelles, qui

s’étaient accumulées dans la cuvette, le Tigri, sous le climat actuel,

se trouve très mal outillé pour les défendre contre la pulvérulence et

la déflation ; plus mal outillé que les autres chotts parce qu’il est

plus desséché. L’équilibre est rompu davantage entre la masse des

alluvions et la quantité disponible d’eau qui les imbibe et les

maintient. En effet l’irrégularité des pluies dans le temps et dans

l’espace tend à s’atténuer dans une cuvette qui est l’aboutissement d’un

bassin fluvial étendu, et qui, par conséquent, peut bénéficier de pluies

lointaines. Mais, dans une cuvette aussi isolée : que le Tigri, le

climat subdésertique doit développer intégralement toutes ses

conséquences desséchantes : aggravées encore par les captures et le

rétrécissement consécutif du bassin. Il faut s’attendre à ce que le

desséchement, la décomposition du sol, ait progressé plus vite ici que

dans d’autres cuvettes fermées. Et c’est en effet ce qui s’est produit.

Le Tigri est un pays extraordinaire ; dont on ne sait au premier contact

comment interpréter l’étrangeté. Dans l’enceinte de ses falaises, il est

constellé de petits chotts, assez souvent circulaires, qui lui font sur

la carte une face lunaire, une figure cicatrisée de variole. Il en est

des oueds comme des chotts. On n’en voit que des bouts, des tronçons

incohérents, qui ne se soudent pas entre eux, et qui ne riment à rien.

L’émiettement du modelé est corrélatif, un pêle-mêle de bouts de falaise

et de buttes témoins, qui ne se coordonnent pas en un ensemble.

Tout cela donne bien déjà, à soi tout seul, une impression de

décomposition. Quand on y regarde de plus près on finit par

reconstituer, entre le chott central et l’ellipse des falaises, un

réseau régulier de petites artères quaternaires, un réseau dissocié,

pourri. Les bouts de falaise et les buttes témoins en représentent les

parties dures, le squelette rocheux. Tout ce qui en faisait jadis un

corps vivant, la chair si on peut dire, c’est-à-dire le remplissage

alluvionnaire, le colmatage, a généralement disparu, emporté au vent.

Pas emporté bien loin, il est vrai. La partie sableuse de l’ancien

manteau alluvionnaire a été transposée en dunes, et se retrouve sous

cette forme dans l’enceinte du Tigri.

En dunes d’une espèce particulière. Ce n’est pas la véritable dune

classique, de sable nu, nous sommes dans la steppe et non pas au désert.

Le sable du Tigri porte de la végétation. La plus grande partie de la

cuvette est une mer de mamelons sablonneux. Chacune des innombrables

buttes juxtaposées est couronnée d’un arbuste ou d’une touffe de

végétation ; l’arbuste ou la touffe est la raison d’être de la butte,

puisque le sable s’est déposé autour de ce petit obstacle. La végétation

est, pour la steppe, très vigoureuse et très dense, ce qui a pour

corollaire que les mamelons de sable sont très accusés et très serrés.

Du gros bétail, mulets, chevaux, chameaux, disparaît entièrement

derrière une de ces ondulations ; on passe à quelques mètres d’un groupe

de bêtes sans le voir. Cette nature de sol est fréquente au Sahara, nos

Sahariens l’appellent « Nebka ». Si on voulait définir le Tigri d’un

seul mot, celui-ci serait plus juste qu’aucun autre. Essentiellement le

Tigri, dans son ensemble, est une « Nebka ».

C’est peut-être la plus belle qui soit dans toute l’Afrique

septentrionale.

La Nebka, l’émiettement du modelé et de l’hydrographie, tout cela dans

le paysage du Tigri concourt au même trait essentiel. Les parois de la

cuvette sont restées découvertes ou ont été récurées énergiquement par

les actions éoliennes. Tandis que d’autres cuvettes fermées des Hauts

Plateaux sont remplies jusqu’au bord d’épaisseurs insondées de boues

salées, celle du Tigri est vide presque jusqu’au fond. Condition

précieuse qui permet d’en toucher du doigt la structure.

_Géologie de la cuvette._ — Dans toute l’étendue du Tigri on retrouve le

même sous-sol, des couches rouges, surtout gréseuses, avec intercalation

de lits plus ou moins argileux, qui sont par endroits gypsifères.

G.-B.-M. Flamand les appelle « terrain des Gour », pour ne pas préjuger

de leur âge. C’est cette formation continentale et désertique dont nous

avons déjà parlé et qu’on peut attribuer suivant les points où on

l’observe à l’oligocène, au pontien, au tortonien.

Au-dessus des couches gréseuses rouges il y a normalement des calcaires

blancs très durs. C’est la croûte pliocène, telle que nous l’avons déjà

décrite, avec sa minceur qui rend plus remarquable sa continuité.

Nous sommes donc sur l’emplacement d’un bassin fermé très ancien, comblé

par des dépôts d’atterrissements.

Le Tigri, en tant que cuvette fermée, existait déjà au pontien,

probablement à l’oligocène. Cette vieille cuvette paraît avoir été

beaucoup plus étendue que l’actuelle. En tout cas le terrain des Gour

s’étend très au delà des limites du Tigri (A Hasi et Aricha, par

exemple, l’oued est entaillé dans le terrain des Gour).

Tous les autres chotts des Hauts Plateaux sont d’ailleurs logés à la

même enseigne. Tous ont une large auréole de dépôts continentaux, et des

ancêtres pontiens ou oligocènes.

Mais voici qui est particulier au Tigri ; des traces d’un volcan. Elles

sont sur la falaise nord, en un point qui s’appelle Garet Zerga ; ce qui

signifie la butte bleue (ou peut-être verte). L’œil est attiré de loin

en ce point-là par la couleur de la falaise, faut-il dire vert sombre

dans ce pays impressionniste, où les couleurs déroutent notre œil

occidental. Quand on s’approche, on voit que cette couleur est due à la

roche de l’entablement, éparpillée en éboulis sur tout le flanc de la

falaise. C’est une roche sombre, dont un échantillon, rapporté au

laboratoire de M. Lacroix, a été identifié « néphélinite » ; c’est-à-

dire approximativement basalte.

L’entablement basaltique a une épaisseur d’une dizaine de mètres, il est

régulièrement horizontal, il repose en discordance sur les couches

rouges, il a les allures d’une coulée.

La coulée de roche dure passe latéralement à une brèche dont les

éléments sont des blocs de lave et des scories vacuolaires.

La présence d’une coulée de laves avec scories est donc indéniable. On

peut en préciser l’âge entre certaines limites. On peut la considérer

comme à peu près contemporaine du calcaire pliocène.

Assurément ces observations sont insuffisantes. La cheminée n’a pas été

vue. Il reste beaucoup de besogne pour un géologue.

On peut conclure cependant qu’une coulée de laves avec scories est un

témoignage suffisamment probant d’un appareil volcanique relativement

récent, disons pliocène.

On n’a jamais rien signalé de semblable dans l’Atlas saharien tout

entier, ni en relation avec un autre chott algérien, quel qu’il soit.

Cela seul suffirait à justifier l’attention spéciale accordée au Tigri,

puisque la présence de volcanisme rend incontestablement très claire

l’origine de la cuvette fermée. Il y a manifestement cuvette

d’effondrement.

Sous bénéfice d’inventaire, qui devrait être l’œuvre d’un géologue, je

crois que cette hypothèse, on peut dire cette évidence, est confirmée

par l’allure stratigraphique de la croûte calcaire pliocène. Tout autour

du Tigri, en dehors de ses falaises et à partir de leurs crêtes, la

croûte pliocène est régulièrement continue. Elle se voit de loin

couronnant la falaise, la crête blanche ressortant vivement sur la base

rouge.

Chaïb-Ras-ho (tête blanche, litt. = tête de vieillard), c’est le nom que

donnent les indigènes à un promontoire de la falaise. Or, dans le Tigri

même, à l’intérieur et en contre-bas des falaises, la croûte pliocène,

là où elle s’est conservée sans être recouverte par le sable, se

présente en fragments irréguliers, à des altitudes rapidement et

brusquement variables, comme si l’on se trouvait dans une zone de

cassures irrégulières, ayant affecté le pliocène, et par conséquent

postérieures à lui.

A ne considérer que les données géologiques il semble donc évident que

le Tigri, malgré l’antiquité reculée de son bassin fermé, est dans sa

forme actuelle une cuvette d’effondrement récent.

_Structure topographique._ — Les données topographiques conduisent

exactement aux mêmes conclusions.

Un ovale assez régulier, une soixantaine de kilomètres de grand diamètre

est-ouest, et une quarantaine de petit diamètre nord-sud, c’est la

cuvette fermée du Tigri. Elle a 150 mètres de creux entre les courbes de

1150 et de 1300 mètres. Tout du long elle a une ceinture régulière de

falaises, et souvent, sur la face nord en particulier, une ceinture

multiple en falaises étagées, en gradins.

Dans l’allure des falaises un certain nombre de faits ne permettent pas

d’écarter l’explication orogénique. Et d’abord leur dissymétrie dans le

secteur nord et dans le secteur sud.

Il y a des falaises au sud comme au nord du Tigri. Mais, au sud, la

falaise, quoique très nette, atteignant deux ou trois dizaines de mètres

de hauteur, n’est jamais un obstacle, elle se franchit facilement

n’importe où. Au nord, la falaise a 80 mètres d’à pic. On ne peut la

franchir que par un certain nombre de cols qui ont leur nom (Trik-el-

Beïda, Trik-Beïr-Beïr, Bab-Zerga, Bab-er-Rich). Cette falaise nord

d’ailleurs s’étage parfois en trois gradins au moins. Au sud on

soupçonne parfois l’existence de gradins, mais ce n’est jamais net. Le

chott central est limité au nord par les falaises d’Haci-el-Kelb, au sud

par une plage.

Les géologues admettent que l’Atlas saharien est déversé au sud[103].

C’est pour cela que les chaînons sont dissymétriques (le Grouz, le Maïz,

le Bou-Arfa, le Lakhdar, etc.). C’est particulièrement bien marqué dans

le Grouz à cause de ses dimensions plus considérables. Du nord on accède

à son sommet par des pentes douces et des vallées faciles. Au sud il

surplombe d’effroyables à pic, continus sur 80 kilomètres, et à peine

plus accessibles que des aiguilles alpestres.

L’allure des falaises autour du Tigri est en parfait accord avec cette

allure générale de toutes les chaînes voisines. Là aussi comme au Grouz

c’est la falaise à regard sud qui est abrupte et inabordable. On

soupçonne que ça ne doit pas être une coïncidence fortuite.

En relation avec les falaises nord on observe d’ailleurs une formation

dont il semble difficile de rendre compte en dehors d’une hypothèse

orogénique.

C’est quelque chose de très particulier, qui n’a pas de nom à ma

connaissance. Dans les grès tendres du « terrain des Gour », il se

rencontre, et l’érosion ou la déflation les ont mises en relief, des

parties très dures. Ces parties dures ont toujours la même forme, celle

d’une tour, ou si l’on veut s’exprimer autrement d’une cheminée ronde.

Le mot tour correspond davantage à l’impression ressentie, qui est

exactement, à quelque distance, une impression archéologique de tour en

ruine.

Les tours sont apparemment des concrétions gigantesques. Elles suggèrent

l’idée d’une colonne ascendante ou descendante, d’un mouvement vertical

associé à une faille.

Ces falaises septentrionales du Tigri, constellées de « tours »,

s’étagent les unes au-dessus des autres depuis le fond de la cuvette (le

bord du chott central) jusqu’à son sommet (garet Zerga). En arrière de

chaque ligne de falaise, mais tout particulièrement de la plus basse, on

observe une tendance très nette à l’existence de paliers étendus, voire

de contre-pentes. Ces paliers et contre-pentes semblent avoir guidé

l’érosion quaternaire, dont les ravinements s’orientent souvent est-

ouest, parallèlement à la direction des falaises, et à angle droit avec

la pente générale nord-sud du terrain. Cela suggère l’idée que des

failles étagées correspondent aux falaises ; la distribution des points

d’eau suggère la même idée. Elle est très curieuse. Et d’abord le nombre

absolu des points d’eau dans le Tigri est extraordinaire : pour le pays,

s’entend, et si on compare le Tigri avec les plateaux qui l’entourent.

La source de Tendrara, par exemple (au pied de la butte), est à une

cinquantaine de kilomètres de ses voisines les plus proches ; de

Tendrara à Métarka il y a 80 kilomètres sans eau. Le Tigri au contraire

est constellé de points d’eau. La carte au 200000e en porte une douzaine

sur 80 kilomètres ; et le nombre réel, sur le terrain, est probablement

deux fois plus élevé. Leur groupement est aussi étonnant que leur

nombre : ils sont presque tous dans la partie nord. A en juger par la

carte un seul serait franchement au sud (Haci el-Guettar). La

dissymétrie est donc exactement la même qu’entre la faible falaise du

sud, et les puissantes falaises du nord, couronnées de lave. On peut

soupçonner que ce sont deux aspects du même phénomène, appelant la même

explication. Les sources, comme les falaises, seraient liées à

l’existence de failles.

Une dernière particularité du Tigri enfin nous ramène une fois de plus à

la même idée. On est surpris de trouver aussi peu de sel dans le Tigri.

Il serait mieux dénommé une « daya » qu’un chott. On sait qu’entre une

« daya » et un « chott » la différence est de salure et par suite de

végétation. Une daya est une cuvette fermée où le tapis de verdure

remplace les efflorescences salines. Or, bien entendu, la végétation

d’une daya suppose un drainage souterrain. Tout se passe donc comme si

le Tigri était une écumoire, fuyant par le fond, ce qui est assez

concevable, si c’est un champ de fractures.

_Conclusions._ — Topographie comme géologie tout nous conduit donc à

reconnaître dans le Tigri une cuvette d’effondrement, un grand

amphithéâtre elliptique de failles en gradins. On peut dire en somme que

cela s’observe, grâce à la minceur et aux lacunes du placage

alluvionnaire.

Il faut rappeler combien cela s’harmonise avec le cadre général que font

au Tigri l’arc de Fortassa et l’ondulation de Tendrara. Celle-ci par sa

direction représente la corde de l’arc. Entre la corde et l’arc il y a

depuis longtemps, peut-être depuis la fin du crétacé, une cuvette

fermée. A une époque beaucoup plus récente (pliocène), un effondrement,

accompagné d’éruptions volcaniques, a donné à cette cuvette sa forme

actuelle. L’ellipse des falaises autour du Tigri paraît avoir une

relation de parallélisme avec les accidents montagneux qui l’encadrent

de loin. On conçoit très bien une cuvette d’effondrement ainsi

enchâssée.

_Chotts à falaises._ — On a reproduit longuement cette monographie de

Tendrara et du Tigri parce qu’on lui croit une portée générale. On pense

que le Tendrara est un exemple typique de haut plateau et le Tigri de

chott.

Cependant les rapports du Tigri avec les autres chotts des Hauts

Plateaux exigent quelque explication.

Parmi ces chotts il en est avec lesquels le Tigri a une parenté plus

étroite ; ce sont ceux qui sont, comme lui-même, encerclés de falaises.

D’autres sont au contraire bordés par des plages.

Or, dans l’Afrique du nord ces deux catégories sont groupées chacune à

part. Dans l’est le Djerid, le Melr’ir, le Hodna, les Zahrez, tous les

chotts sans exception, ont des limites indécises sur des plages en pente

à peine marquée, s’étendant à perte de vue. Dans l’ouest, au contraire,

sur la frontière algéro-marocaine, le Tigri et ses voisins, les chotts

Chergui et R’arbi, sont bordés de falaises très accusées.

Je ne vois pas qu’on ait jamais signalé ce groupement, ni qu’on ait

cherché à l’expliquer. Les falaises du Tigri, si on y regarde de près,

acheminent peut-être vers une explication.

Les falaises sont en effet à peu près les seules parties du Tigri qui

émergent de la Nebka. A l’assaut de leurs pentes abruptes le sable

n’arrive à monter que localement et exceptionnellement. Sur ces

escarpements rocheux, émergeant de la mer de sable, l’érosion et la

déflation concentrent leurs efforts ; ils sont sillonnés de torrents

courts qui se perdent tout de suite dans la Nebka ; hérissés

d’aiguilles, de tables surplombantes, de guillochages coupants ; ces à

pic et ces arêtes vives, ici comme en haute montagne, sont les

cicatrices d’une œuvre de destruction. C’est un relief jeune, en voie de

disparition, si lointaine encore qu’on imagine celle-ci.

Si l’érosion et la déflation tendent à la destruction de la falaise,

même lorsqu’ils en accusent les traits, on ne voit pas qu’ils puissent

rendre un compte satisfaisant de son existence même. A l’origine, il

faudra toujours placer un mouvement du sol, un effondrement ; je ne

conçois pas bien qu’on puisse conclure autrement. Et ceci vient à

l’appui d’autres arguments analogues précédemment invoqués.

Mais voici en outre un point de vue nouveau. La falaise serait une

cicatrice que le temps n’aurait pas eu le temps de faire disparaître,

une marque de jeunesse. Alors les chotts à plages ont un vieux relief ;

les chotts à falaises un relief jeune. C’est une différence d’âge qu’il

y aurait entre eux. Cela étant, on comprend qu’ils forment des groupes.

La frontière algéro-marocaine n’a pas seulement le monopole des chotts à

falaises, mais aussi des volcans miopliocènes. On l’a déjà dit

longuement (volcans de Tifarouïne et des Msirdas, voir fig. 29). Les

pointements éruptifs sont bien plus nombreux sur la côte Algéro-

Marocaine que sur tout le reste de la côte algérienne jusqu’en Tunisie.

M. Rey souligne justement la présence de sources chaudes au Kreider,

dans le chott ech-Chergui, frère et voisin du Tigri[104]. On verra au

livre III que dans l’Oranie, au voisinage du Maroc, le pliocène marin

est soulevé à plus de 900 mètres au-dessus du niveau de la mer

(Mascara) ; et que les deux fleuves principaux, le Sig et l’Habra ont

des profils extrêmement jeunes, de beaucoup les plus jeunes de toute

l’Algérie-Tunisie.

Lorsque nous constatons que les chotts de la même région sont, eux

aussi, extrêmement jeunes, entourés de falaises fraîches que l’érosion

et la déflation n’ont pas eu le temps d’user, nous sommes bien forcés de

conclure qu’il y a là un groupement intéressant de faits connexes.

Il faut renvoyer aussi à ce qui a été dit au livre I du grand accident

nord-sud saharien, qui se prolonge en zigzaguant et en bifurquant à

travers l’Atlas saharien, de part et d’autre du Grouz (fig. 2, 3, 4 et

6).

C’est encore lui dont l’influence est sensible ici. Les pointements

volcaniques sont sur sa trajectoire. Il ne peut pas être étranger à

l’exhaussement, par rapport aux régions plus orientales, de tout le

compartiment des Hauts Plateaux auxquels appartiennent Tendrara et le

Tigri.

C’est donc lui, en dernière analyse, qui a fait de Tendrara et du Tigri,

à nos yeux, des échantillons typiques de haut plateau et de chott ; leur

exhaussement a eu pour conséquence qu’ils ont échappé à l’ennoyage, que

le vieux squelette décharné y apparaît à nu ; et que le déchiffrement de

la structure s’en trouve facilité.

[Note 102 : Pour beaucoup de détails supprimés ici de cette analyse, on

renvoie à une étude parue dans les _Annales de Géographie_, No 49.]

[Note 103 : Gentil, no 57, p. 55. Ficheur dans 50, p. 150, fig. 34.]

[Note 104 : No 90, p. 106.]

CHAPITRE V

LE HORST ALGÉRIEN

_Plateau steppien._ — Si ennoyés d’alluvions que soient en général les

Hauts-Plateaux, la région Tendrara-Tigri n’est cependant pas la seule où

la structure des roches secondaires soit directement observable. Elle

l’est par exemple, sous le méridien d’Alger, dans une zone étendue

qu’Alexandre Joly a longuement étudiée sous le nom de _plateau steppien

d’Algérie_[105].

Entre les cuvettes creuses des chotts oranais à l’ouest, du Hodna à

l’est, des Zahrez au sud, cuvettes fermées, enclavées, dominées, et par

conséquent ennoyées, le _plateau steppien_ émerge de l’océan des

alluvions, dessine un grand dôme elliptique, allongé sud-ouest-nord-est,

très surbaissé, à surface bossuée (p. 162). Joly en nomme la partie

centrale « le dos des steppes, axe et cime du plateau steppien (168) ».

Ce plateau steppien, lorsqu’on le voit « de loin et de haut par exemple

d’un des sommets de Teniet ou de Boghar », il présente « l’aspect d’une

plaine immense, fuyant sans limite. L’image de la mer, telle qu’on la

découvre du haut d’une falaise, s’offre immédiatement à l’esprit. Mais,

quand on pénètre dans le plateau lui-même, les accidents du relief se

révèlent... une série de zones tantôt déprimées et tantôt surhaussées,

qui s’allongent sud-ouest-nord-est, parallèlement à l’axe de l’Atlas

saharien » (p. 164).

Dans le détail de ces zones déprimées et surhaussées Joly décrit des

« accotements de dômes ovoïdes » ; des « demi-dômes, au profil de

faucilles ».

Le relief monotone du plateau steppien « est en intime connexion avec la

simplicité de sa structure. Un grand bombement crétacé, très élargi,

très surbaissé, en forme la masse. Il constitue tout le dos des steppes.

Il couvre près des trois cinquièmes du plateau steppien » (p. 239).

Tout cela est en accord très satisfaisant avec la monographie de

Tendrara au chapitre précédent.

_Sud-ouest du Hodna._ — La retombée du « plateau steppien » sur le

Hodna, c’est-à-dire le coin sud-ouest de la région hodnéenne, a été

décrite par un géologue algérien, M. Savornin[106].

C’est le pays de Bou-Saada.

On est ici au voisinage du point le plus bas sur cette plate-forme

ondulée des Hauts Plateaux, à l’antithèse de Tendrara qui est le point

le plus haut.

Entre les deux la plate-forme s’élève par une pente insensible de 500 à

1500 mètres. Ici, à Bou-Saada, on touche cet étranglement hodnéen, déjà

marqué dans les cartes paléogéographiques des mers éocènes, où la mer

certainement a séjourné. La région a donc été pendant une partie notable

de son passé, normalement drainée à partir d’un niveau de base marin.

Aussi est-elle puissamment érodée ; l’érosion a préparé au géologue de

belles coupes naturelles, que M. Savornin étudie.

Il « met en lumière » ce qu’il appelle « le dimorphisme » de ce pays

autour de Bou-Saada. Il y distingue deux régions.

« Au sud sont des plis très accusés, produisant une grande variété de

reliefs dont l’ordonnance est en relation directe avec la tectonique.

Les plis courts prédominent. » C’est tout bonnement l’Atlas saharien.

Au nord de Bou-Saada, au contraire, « c’est une plate-forme aux très

larges courbures, où les accidents superficiels ne sont dus qu’à

l’érosion ». Cette région « quoique très montagneuse présente une

structure extraordinairement simple. Tout la série des sédiments éo et

mésocrétaciques s’y distribue en empilements formidables presque

horizontaux ». Ce massif qu’on supposerait complexe à considérer son

relief, « n’est qu’un large anticlinal de 20 kilomètres ».

Ce que M. Savornin souligne ici c’est ce contraste entre l’Atlas

saharien et le Haut Plateau qui est si frappant aussi à l’autre bout,

dans l’ouest, entre la table de Tendrara et les dents de scie de l’arc

de Fortassa.

M. Savornin note que « cette plate-forme s’étend au nord sous la plaine

du Hodna. En effet, partout où l’on peut voir des affleurements perçant

la nappe des alluvions soit au bord même du lac, soit au loin dans la

plaine..., on ne trouve que les horizons que ferait prévoir l’hypothèse

de la continuité d’allure des couches. »

Dans cette région précisément au nord de Bou-Saada, près la piste

d’Aumale, dans les contreforts érodés, une montagne naturellement

tabulaire, porte ce nom caractéristique « billard du colonel ». Il

s’agit du colonel Pein, dont le nom reste attaché au bureau arabe de

Bou-Saada.

Un nom de ce genre est à rapprocher de cette autre appellation

populaire, qui a fait fortune, « les Hauts Plateaux ». Elle aussi vient

de nos soldats et de leurs officiers. Elle traduit la première

impression de profanes en présence de pays vivement contrastés dans

leurs aspects extérieurs, leurs lignes d’horizon.

Cette impression de profanes se trouve en accord avec le verdict des

techniciens.

La plate-forme du sud-ouest du Hodna, dit Savornin, s’est comportée

« comme un môle résistant pour une cause profonde qui ne se révèle

point ».

Alexandre Joly aussi ne se risque à envisager cette cause profonde que

dans un membre de phrase entre deux virgules ; il suppose « des horsts

anciens en profondeur ».

Mais Louis Gentil, concluant dans le même sens, est beaucoup plus hardi

et plus détaillé.

Structure de l'Algérie · 第 8 / 19 段