A vrai dire elle pourrait bien masquer une allure tectonique assez

différente, à profondeur égale, de ce qu’on observe dans l’Atlas

tellien. Les cartes paléogéographiques ont déjà montré qu’il y a une

différence essentielle de nature entre le géosynclinal tellien et le

socle continental de l’Atlas saharien. Il est naturel d’admettre _a

priori_ que la réaction aux compressions latérales n’a pas été la même

de part et d’autre. Là-dessus nous pourrons emprunter quelques lignes à

un géologue M. Joleaud[96]. « Dans le nord de l’Afrique Mineure qui a

conservé pendant toute la durée des temps oolithiques et crétacés un

caractère nettement géosynclinal, les forces tectoniques se propagèrent

à travers une puissante série bathyale, en donnant naissance partout à

des plis bien accusés. Dans le centre et le sud les mouvements

orogéniques tertiaires se transmirent à travers des dépôts néritiques

formant un ensemble bien moins développé en hauteur. » M. Joleaud pense

que dans cette zone des dépôts néritiques, ou du socle continental, la

plate-forme paléozoïque, moins profondément enfouie, a pu faire sentir

son influence, et même « commander en quelque sorte l’orogénie

tertiaire ». Nous en saurons plus long le jour où le Grand Atlas

marocain aura été bien étudié. Il semble en effet que le Grand Atlas

soit la prolongation de l’Atlas saharien surhaussée et décapée jusqu’au

cœur paléozoïque. Dans l’état de nos connaissances de la réserve

s’impose.

En géographie physique, comme dans toutes les sciences naturelles, il

faut se méfier sans doute d’une explication unique appliquée à des faits

complexes. L’Atlas tellien d’une part, et le saharien de l’autre, ont

deux bonnes raisons d’être l’un très compliqué, et l’autre très simple.

Il faut noter seulement que ces deux causes agissent dans le même sens,

leurs effets s’additionnent. Il en résulte que les deux Atlas sont des

individualités bien distinctes.

[Note 77 : No 100.]

[Note 78 : No 41.]

[Note 79 : Nos 102 et 103.]

[Note 80 : No 103, p. 271.]

[Note 81 : No 41, p. 786.]

[Note 82 : No 57, p. 147.]

[Note 83 : No 115, p. 428.]

[Note 84 : No 102, p. 658 et 103, p. 267, fig. 3.]

[Note 85 : No 100, p. 11.]

[Note 86 : No 100, fig. 1, p. 100.]

[Note 87 : No 82, p. 498.]

[Note 88 : No 24, t. I, p. 197.]

[Note 89 : No 82, p. 498.]

[Note 90 : No 24, t. I, p. 180.]

[Note 91 : No 103, p. 258.]

[Note 92 : No 82, fig. 229.]

[Note 93 : No 24, t. I, p. 197.]

[Note 94 : No 82, fig. 231.]

[Note 95 : No 82, p. 503, fig. 233.]

[Note 96 : No 70, p. 351.]

CHAPITRE II

L’AURÈS

L’Atlas saharien a beau être une individualité bien nette, construite,

d’un bout à l’autre sur une sorte de plan général, on y distingue des

parties. On a déjà dit qu’à l’occident le Grouz et ses voisins forment

un groupe à part. A l’orient il n’a jamais été dit assez combien l’Aurès

est un monde particulier.

Qu’on jette un coup d’œil sur les trois coupes ci-jointes, l’une à

travers l’Atlas d’Oran, l’autre de Constantine, la troisième d’Alger (de

Dellys à Biskra) (fig. 23). Les deux premières font avec la troisième un

contraste complet, une antithèse. Dans celles-là les sommets culminants

de toute la chaîne sont nettement reportés dans l’extrême sud, dans

l’Atlas saharien. Sous le parallèle d’Oran les montagnes du Tell sont

des taupinières à côté des massifs de l’Atlas saharien, la différence

est presque du simple au double de 1000 à 2000 mètres, et la massivité

des deux chaînes est proportionnelle à leur altitude.

Sous le parallèle de Constantine (plus exactement du cap Bougaroun au

chott Melr’ir) le rapport est le même entre les chaînes de petite

Kabylie et l’Aurès ; c’est ce dernier qui écrase les premières de son

altitude et de sa masse.

Mais de Dellys à Biskra la proportion inverse est encore plus accusée.

De l’Atlas tellien, représenté par le Djurdjura, qui dépasse 2000

mètres, ce serait trop peu dire qu’il écrase l’Atlas saharien ; il

représente à lui seul toute la chaîne puisque l’Atlas saharien n’existe

plus ; l’Atlas saharien a tout à fait disparu, il est supprimé à la

lettre, rigoureusement, puisque le très large seuil de Biskra entaille

la chaîne jusqu’à 400 mètres d’altitude.

Il y a là un étranglement de l’Atlas extraordinaire, l’étranglement du

Hodna. C’est peut-être le trait le plus frappant de la structure dans

toute l’Algérie. Il saute aux yeux dès qu’on regarde une carte. Mais

dans la mesure il est vrai très faible où des géographes ont essayé de

décrire avec des mots, il ne me semble pas qu’on en ait tiré tout ce

qu’il donne de facilités pour l’articulation du pays et la

différenciation des régions naturelles.

[Illustration : FIG. 23.

Trois coupes à travers l’Atlas. Les coupes A et C (Atlas d’Oran et de

Constantine), sont apparentées entre elles. Dans l’une comme dans

l’autre l’Atlas saharien est bien plus important que le tellien par sa

masse et son élévation.

Dans la coupe intermédiaire B (Djurdjura, Hodna, Biskra) le rapport est

inverse. C’est le point où l’Atlas tellien est le plus imposant, le

saharien au seuil de Biskra est réduit à peu près à rien.

Cette comparaison fait ressortir le caractère exceptionnel, et par

conséquent l’importance géographique du seuil de Biskra.]

On a déjà longuement parlé du seuil de Biskra, et de ses relations avec

le sillon de l’Igharghar. On a dit qu’il séparait deux humanités,

Berbère et Arabe ; comme aussi deux groupes montagneux très contrastés,

les collines du Zab d’une part et d’autre part la masse puissante de

l’Aurès (fig. 6).

Dans le chapelet des « Amygdales » qui composent l’atlas saharien

l’Aurès a une individualité bien plus accusée non seulement que le Zab

mais que les monts des Ouled Nayl ou le djebel Amour. On en est prévenu

par le retentissement et la célébrité du nom. Aurasius disent déjà les

auteurs anciens. Notez que le mons Ferratus n’est pas identifié avec

certitude ; on a soutenu que c’était le Djurdjura, mais on n’en est pas

sûr. Le mont Papua où finit Gélimer n’a jamais été retrouvé ; on a

renoncé à le reconnaître dans l’Edough, Un massif montagneux dans

l’Atlas qui ait gardé son nom et son individualité bien nette depuis

deux mille ans, il n’y en a peut-être pas d’autre en dehors d’Aurasius

Mons.

Les Berbères qui l’habitent ont un nom d’ensemble ; ils s’appellent

Chaouïa (de _cha_ brebis) ; ce qui semble signifier les pâtres de

moutons. Ce sobriquet devenu un ethnique souligne un genre de vie par

quoi les Chaouïa s’opposent à tous leurs voisins, non seulement aux

Arabes Hodnéens, grands nomades pâtres de chameaux, mais aussi aux

Berbères de Kabylie cultivateurs et arboriculteurs, logés dans des

maisons et des chaumières. Si nous étions plus familiers avec le passé

de l’Algérie, nous reconnaîtrions, je crois, dans le pays Chaouïa, le

pays de ces pâtres nomades ou semi-nomades, qui ont porté, aux temps de

Carthage et de Rome le nom de Numides. Depuis l’antiquité, la venue des

Chameliers Zénètes, puis Arabes, a modifié de fond en comble le

nomadisme. Là où furent les Numides on retrouve aujourd’hui les Chaouïa,

fidèles aux conditions de vie que le pays et le climat imposent,

distincts de leurs vieux voisins les Maures des chaumières, comme de

leurs voisins plus récents les chameliers des grandes tentes.

Ce groupe humain Chaouïa semble aussi anciennement individualisé que les

montagnes où il vit.

Il s’étend jusqu’à Souk-Ahras et jusqu’auprès de Constantine recouvrant,

au nord de l’Aurès proprement dit, la zone des bassins fermés qui lui

est subordonnée. On dit les Hauts Plateaux de Constantine et cette façon

de s’exprimer n’est pas heureuse.

C’est à l’ouest du Hodna que les deux Atlas, le tellien et le saharien,

sont séparés par une zone intermédiaire de hauts plateaux. A l’est de

l’étranglement les conditions se modifient ; les deux Atlas se

rejoignent et se bordent l’un l’autre. Aussi bien les directions des

plis s’infléchissent progressivement vers le nord, l’Atlas tellien

arrive à la mer, et le saharien, se substituant à lui, recouvre la

Tunisie. Rien n’est plus connu. Un coup d’œil sur la carte montre bien

nettement cette orientation nouvelle et ce groupement des plis. Il est

curieux que la nomenclature usuelle soit en contradiction complète avec

l’évidence.

A l’ouest du Hodna on verra combien la limite est facile à suivre entre

le socle continental à peu près rigide, et la zone géosynclinale

plissée. A l’est il y a du flou.

Il est vrai que le rocher calcaire qui porte la ville de Constantine,

semble appartenir déjà au socle continental, et en être le rebord. En ce

point précis il y a dans le profil de l’oued Rummel (fig. 19) une

rupture de pente extrêmement marquée. Sur le profil de la Seybouse on

observe exactement en amont de Guelma (fig. 18) une rupture et pente

analogue. Et dans le voisinage de Guelma (à 8 kilomètres ouest) au pied

de ce même grand talus jaillissent les fameuses sources d’Hammam-

Meskoutine (500 litres à la seconde, 95° de chaleur)[97].

Les monts de Constantine d’après Joleaud[98] sont un front de nappe et

le rameau le plus méridional de l’Atlas tellien. C’est donc à peu près

là que passerait la limite ?

Pourtant au sud de Constantine les géologues nous décrivent une

structure compliquée, fort éloignée d’être tabulaire.

Blayac, par exemple, parlant du bassin de la Seybouse au sud de Guelma,

nous dit qu’il est « entièrement du domaine de l’Atlas saharien ».

Mais les plis, dit Blayac sont moins rudimentaires que dans le sud.

« Dans le bassin de la Seybouse plus rapproché du géosynclinal, les

efforts orogéniques plus violents ont obligé les plis à s’imbriquer, à

chevaucher, là où les terrains n’étaient pas suffisamment résistants par

leur nature lithologique[99]. »

Il est vrai que cette expression _Hauts Plateaux constantinois_

s’applique à une région bien déterminée, le domaine des chotts, des

bassins fermés, avec leur croûte épaisse de dépôts continentaux, que

l’érosion de tête des torrents telliens n’a pas encore éventrés et

décapés.

Mais on voudrait voir réserver à cette région le nom de « hautes

plaines », proposé par MM. Ficheur et Bernard[100]. Il conviendrait

parfaitement à l’est de l’étranglement hodnéen.

A l’ouest au contraire on verra qu’il faut dire « hauts plateaux ».

[Note 97 : No 72, p. 431.]

[Note 98 : No 70, p. 384. Voir cependant no 31 c.]

[Note 99 : No 26, p. 474.]

[Note 100 : No 22.]

CHAPITRE III

TENDRARA

A l’ouest de l’étranglement hodnéen (fig. 25), l’Atlas tellien et

l’Atlas saharien ne sont plus en contact, ils sont séparés par une très

large zone intermédiaire, celle des Hauts Plateaux proprement dits.

C’est la zone des grands chotts, et on a déjà dit que les chotts actuels

ont des ancêtres à travers tout le passé continental de l’Algérie,

depuis le trias. Les Hauts Plateaux sont donc encroûtés de dépôts

continentaux, plus encore que l’Atlas saharien, sur une plus grande

épaisseur, et sur une plus grande superficie. En un nombre restreint de

points on peut observer directement le substratum, dont la structure

pourrait donc être matière à contestation.

Il est naturel d’admettre que le point le plus élevé de Hauts Plateaux a

chance d’être aussi celui autour duquel le substratum affleure le plus

largement. A partir du Hodna, qui est à 500 mètres au-dessus du niveau

de la mer, le sol monte progressivement jusqu’à la frontière marocaine

et au delà, jusqu’à la Moulouya. Les sommets sont là, dans une région

qui fait politiquement partie du Maroc ; mais qui, physiquement, est un

simple prolongement des Hauts Plateaux algériens, leur extrémité

occidentale. On a quelquefois donné à cette région le nom de Dahra,

qu’il peut être commode de retenir, même s’il n’est pas usité dans le

pays, ce qui est bien possible. Le Dahra dans son ensemble a 13 ou 1400

mètres ; des points atteignent 1600 mètres, comme par exemple le Djebel

Tendrara.

Nous en avons aujourd’hui, et depuis peu, une bonne image topographique,

la carte au 200000e du bureau topographique du Maroc ; édition

provisoire, mais l’édition définitive n’en différera que par des détails

insignifiants.

Il est vrai que du Dahra il n’existe même pas un commencement de carte

géologique, du moins qui ait été publiée ; mais je me trouve avoir

travaillé dans le pays au printemps de 1914, j’en ai rapporté des

fossiles très connus et très caractéristiques identifiés au premier coup

d’œil par M. Ficheur. Et la simplicité de la structure aidant, je puis

certainement rendre du Dahra un compte précis et exact.

A l’ouest de Tendrara, c’est-à-dire dans la direction du Maroc et en

pays mal connu, je suis allé jusqu’aux points d’eau de Tioudadin, Bel

Riada, Haci Chguig, Haci Marroug, ce qui signifie un rayonnement d’une

centaine de kilomètres.

[Illustration : FIG. 24.

Le Tendrara. C’est le point culminant (1647 m.) de tous les hauts

plateaux sur la frontière marocaine où il se dresse. On le voit de

partout dès qu’on sort de l’Atlas. C’est une butte-témoin découpée par

l’érosion dans une feuille à peine ondulée de calcaire cénomanien-

turonien. Tout autour dans un rayon considérable (60 à 80 km. au moins

vers l’Ouest et le Nord-Ouest) les conditions géographiques et

géologiques sont partout les mêmes. Il y a donc bien plateau, dans le

sens populaire et technique du mot.]

Dans toute cette étendue on ne cesse d’avoir sous les pieds la même

feuille du même calcaire. Ce calcaire est blanc, très dur, à gros

rognons de silex noir (Tendrara) ; quand des marnes s’y intercalent

elles sont chargées de gypse. C’est le facies, classique en Algérie, des

calcaires cénomaniens et turoniens. Les fossiles appartiennent

d’ailleurs à ces étages (radiolites, nérinées). Auprès de Tioudadin

(dans la direction du djebel Lakhdar) ; et auprès de Bel-Riada

(direction de l’oued R’ilan) on voit ces couches reposer en

superposition tout à fait normale et tranquille sur des grès rouges

qu’on reconnaît de suite, si on les a vus ailleurs ; ce sont les grès à

sphéroïdes et à dragées de l’albien. Comme d’habitude on y trouve des

gravures rupestres. Tout est donc parfaitement clair, on a bien affaire

à un plateau crétacé, d’un type tout à fait courant en Algérie et au

Sahara algérien ; on pourrait se croire au Tadmaït, il n’y a pas moyen

de s’y tromper, et il ne subsiste pas d’incertitude.

Le djebel Tendrara, fig. 24, avec ses 1657 mètres, paraît bien être le

point culminant du Dahra et par conséquent de tous les hauts plateaux

algériens, ce qui est, en somme, une dignité assez éminente. A ce titre

le Tendrara mériterait une place dans les manuels scolaires de

géographie algérienne. Sur le terrain il est d’ailleurs imposant. On le

voit de 60 kilomètres à la ronde, et même davantage ; de Berguent par

exemple, qui est à plus de 100 kilomètres dans le nord, sur les

frontières du Tell. Il a la forme d’une table : cette forme, très

répandue dans le sud, que les indigènes appellent gara. Tendrara, est

une butte-témoin constituée par un empilement de couches calcaires

turoniennes horizontales. Comme son relief relatif est d’environ 200

mètres, ce dont elle porte témoignage, c’est l’importance des couches

disparues et par conséquent celle de l’érosion.

Cette érosion si importante pourtant n’a guère voilé l’allure générale

de la surface structurale ; on la reconnaît au premier coup d’œil sur la

carte topographique[101]. La feuille calcaire dont le Tendrara est une

saillie n’est pas rigoureusement horizontale, elle dessine, entre

Tendrara et Tioudadin, un dôme allongé très régulier, ce que les

géologues appellent un brachyanticlinal, nettement fermé à Tioudadin.

C’est une ondulation, un plissement très léger, mais il est très net,

orienté sud-ouest-nord-est ; cette direction se retrouve tout

naturellement dans celle du grand axe au djebel Tendrara.

_L’arc de Fortassa._ — Ce plateau ondulé de Tendrara voisine avec le

dernier rameau de l’Atlas saharien et la comparaison est intéressante.

C’est le chapelet de chicots dont on a déjà parlé au livre I, et qui

borde au nord le Tamlelt (djebel Orak, djebel Bou-Arfa, djebel Klakh)

(fig. 4 et 25).

Sa direction est remarquable : après avoir couru ouest-est en territoire

marocain, il se continue au delà de Fortassa en territoire algérien

jusqu’à l’Antar de Méchéria, qui peut être considéré comme le dernier

grain du chapelet. A partir de Fortassa, la direction s’infléchit au

nord-ouest, ou même au nord-nord-ouest. C’est donc un arc d’une courbure

très prononcée ; appelons-le, pour la commodité de l’exposition, l’arc

de Fortassa.

Cet arc de Fortassa est un élément tout à fait typique de l’Atlas

saharien, il l’est par son allure arquée (géniculée comme dit Flamand),

par sa direction qui fait un angle avec celle de la chaîne dont elle

constitue un élément, par sa façon de s’en échapper comme une mèche

rebelle d’une natte de cheveux (voir la figure 22).

Or le contraste de structure est très vif entre l’arc de Fortassa et le

plateau de Tendrara. Ce contraste apparaît au premier coup d’œil ; de

loin, on voit l’arc de Fortassa se profiler sur l’horizon en dents de

scie, en sierra, et non pas du tout en tables. Quand on y regarde de

plus près la différence s’accuse davantage encore. L’intensité du

plissement amène à l’émergence des couches bien plus anciennes que le

cénomanien et l’albien. Des calcaires jurassiques et liasiques, et même

des roches encore plus anciennes cristallines et primaires.

Du djebel Bou-Arfa j’ai rapporté des échantillons de roche qui ont été

examinées par M. Brives. L’un est un conglomérat à ciment siliceux et

éléments de quartz gras roulés, ayant tout à fait l’aspect des

conglomérats permiens. L’autre est une pegmatite tourmalinifère.

Au même point je retrouve dans mes notes mention de roches qui m’ont

paru être des micaschistes (traversées apparemment par un filon de

pegmatite). Le point d’origine est au cœur du djebel Bou-Arfa, dans la

région d’Aïn-Bou-Arfa, au-dessus exactement d’un gisement de manganèse,

qui était prospecté au printemps 1914. L’affleurement de roches

anciennes est de forme lenticulaire au milieu d’une haute falaise à

regard sud. Au-dessus et au-dessous des roches anciennes sont des

calcaires secondaires, et ces calcaires appartiennent à la même couche

dont l’œil suit le repli. Sous bénéfice d’inventaire je pense qu’il y a

là un pli très vif, déversé au sud. Il n’y a pas besoin de souligner le

contraste d’une pareille structure avec l’ondulation de Tendrara.

Dans ce même arc de Fortassa, pour multiplier les exemples, un contraste

analogue ressort entre des éléments voisins de l’arc le djebel Lakhdar

et le djebel Orak (fig. 4).

Le Lakhdar, qui est de grès albien et qui a la forme et la simple

structure d’un tremplin, est une écaille soulevée sur le rebord du

plateau crétacé de Tendrara, avec lequel il fait corps. Tout à côté le

djebel Orak (au-dessus de la source) est une feuille verticalement

dressée de calcaire liasique ou jurassique.

L’arc de Fortassa n’a pas été encore étudié par les géologues. A cette

réserve près tout se passe comme s’il était d’architecture plissée et le

plateau de Tendrara d’architecture tabulaire. La distinction

universellement admise entre les Hauts Plateaux et l’Atlas saharien

conserve sa valeur.

[Note 101 : No 18, feuille 74. Chott Tigri.]

CHAPITRE IV

LE TIGRI

En relation de voisinage avec l’arc de Fortassa et le plateau de

Tendrara se trouve le chott Tigri. On a l’intention de l’analyser[102]

sommairement comme un bon échantillon des cuvettes fermées dont la

juxtaposition constitue les Hauts Plateaux (fig. 25).

Ce serait un très mauvais échantillon de chott proprement dit.

Il n’a jamais été fait une étude détaillée d’un chott. Il faut se borner

à des impressions. On se représente un chott comme une plaine

d’alluvions, sur laquelle, après les pluies, de grandes étendues d’eau,

d’épaisseur pelliculaire, se déplacent plus ou moins au gré du vent. En

temps ordinaire c’est à perte de vue une immensité brunâtre, çà et là

miroitante de sel. Il n’est jamais possible de la traverser sans

précautions, parce qu’elle est semée de fondrières très dangereuses. Non

seulement les hommes mais jusqu’aux gazelles, dit-on, connaissent les

sentiers où le sol est solide et dont il ne faut pas s’écarter, sous

peine d’enlisement et de mort. Le pays le plus intraversable et le plus

inexplorable, puisqu’il n’existe pas de moyens de transport imaginable ;

on ne passe ni à pied ni en bateau dans un pays qui n’est ni terre ferme

ni eau. Telles sont les idées que le mot de chott éveille.

Le Tigri ne répond pas à cette définition. On y rencontre bien çà et là

des plaques chauves et salées ; mais elles sont insignifiantes ; les

caravanes passent et campent partout. Ainsi les Indigènes disent : le

chott Chergui, le chott R’arbi ; mais ils disent le Tigri tout court.

C’est pour eux le nom d’un pays, d’une région naturelle. Il est sûr

pourtant que ce pays est une cuvette fermée, et s’il rentre dans une

catégorie qui ait un nom courant, c’est assurément dans celle des

chotts. Il lui en manque seulement les caractéristiques populaires.

[Illustration : FIG. 25. — LE TIGRI.

Le Tigri est un bassin fermé de forme ovale délimité par une enceinte de

falaises — Les cours d’eau s’en éloignent de toutes parts (voir la

direction des flèches). Ceux qui coulent vers le Sud, pour fuir le Tigri

se creusent des gorges pittoresques à travers l’arc montagneux de

Forthassa. L’un d’eux, l’oued Falet, a manifestement capturé un réseau

d’oueds affluents anciens du Tigri. — Le Tigri est très creux ; 150

mètres de dénivellation entre le chott central qui est le fond de

l’entonnoir et le sommet de la falaise extérieure. — Entre ces deux

extrémités des amphithéâtres de falaises, de diamètre et d’altitude

décroissants de l’extérieur au centre, s’emboîtent les uns dans les

autres. — Ces falaises correspondent à des cassures, le long desquelles

une éruption volcanique s’est produite jadis, et la nappe d’eau

souterraine se fait jour aujourd’hui en sources nombreuses. — Le Tigri,

type des chotts algériens est une cuvette d’effondrement évidente.]

Pour le but que nous poursuivons, cette lacune est un avantage précieux.

L’absence, ou la pauvreté, du remplissage alluvionnaire laisse

apparaître au jour les parois de la cuvette, et par conséquent sa

structure. Le Tigri est donc un type excellent de cuvette fermée parce

qu’elle est aux trois quarts vide. De même que Tendrara, parce qu’il est

net d’alluvions, est un bon type de haut plateau.

_Le manteau alluvionnaire._ — Pourquoi la cuvette est vide il est aisé

d’en rendre compte. C’est essentiellement que la cuvette fermée du Tigri

est un bassin fluvial tout petit. Le chott Melr’ir, à côté de Biskra,

reçoit l’oued Djedi, qui vient de Laghouat, et l’Igharghar, qui vient du

Hoggar : c’est un bassin d’alimentation immense comparable par son

étendue à celui du Danube ou du Rhin. Les autres chotts Algériens, le

Hodna, les Zahrez, les chotts R’arbi et Chergui n’ont pas un bassin

aussi gigantesque ; ils drainent cependant des portions importantes de

l’Atlas. Mais le Tigri à proprement parler ne draine rien du tout. Il

est à peu près complètement réduit aux pluies qui lui tombent du ciel

directement dans son enceinte de falaises. Il n’est pas la zone

d’épandage d’un grand oued sérieux, venu de loin.

Il faut noter qu’à ce point de vue la situation du Tigri est allée en

empirant depuis le quaternaire. Son bassin de réception, qui a toujours

été extrêmement médiocre, a été réduit encore, dans de très fortes

proportions, par des captures. Aujourd’hui le seul oued qui aboutisse au

Tigri (l’oued Mazzer coin nord-ouest), a tout au plus 20 kilomètres de

long. Le système de cet oued Mazzer, avant les captures qui l’ont

amputé, pouvait avoir une superficie double ou triple de l’actuelle. Ce

n’était déjà pas grand’chose ; mais enfin la décadence est actuellement

sensible.

L’exiguïté croissante du bassin de réception a deux conséquences, qui

ont tendu l’une et l’autre à restreindre l’épaisseur du manteau

alluvionnaire.

Et d’abord le Tigri n’a pas gardé beaucoup d’alluvions parce qu’il n’en

n’a jamais reçu beaucoup. Il n’a jamais été comme d’autres chotts, la

zone d’épandage où sont venus se concentrer les débris des chaînes

lointaines.

Structure de l'Algérie · 第 7 / 19 段