_Légende explicative des figures 7 à 11._

Série de cartons paléogéographiques représentant les invasions et les

retraites du bras de mer dont les dépôts émergés constituent l’Atlas. —

Ce bras de mer est coincé entre deux continents, le socle Saharien au

Sud, et au Nord la Tyrrhénide, dont l’effondrement a lieu seulement au

début du pliocène.

Il y a émersion totale du bras de mer à l’époque oligocène comme à

l’époque actuelle. — A l’époque crétacée le bras de mer a sa plus grande

puissance. Mais il est large et profond à l’étage des phosphates et à

l’étage cartennien. Toutes les fois qu’il est normalement développé il

est mer profonde, à dépôts bathyaux, dans la partie Nord, Tellienne — et

socle continental inondé, à dépôts néritiques, dans la partie Sud (hauts

plateaux). — A travers cette évolution 4 compartiments de l’Atlas se

sont comportés différemment. — Sur les hauts plateaux le compartiment

occidental (hauts plateaux oranais) est anciennement émergé sans retour

oscillatoire de la mer. Il n’en est pas de même du compartiment

oriental, et particulièrement du Hodna. — Dans le Tell c’est au

contraire le compartiment oriental, qui a une tendance ancienne à

l’émersion. Le Tell oranais, des plaines sub-littorales, est la partie

où la mer a le plus longtemps séjourné, jusqu’à l’époque de beaucoup la

plus récente.

Noter que cela souligne l’importance de la grande dorsale Laghouat-

Médéa, de part et d’autre de laquelle les compartiments de l’Atlas ont

une paléogéographie différente.]

_Bras de mer éocène._ — Les géologues sont d’accord pour en dresser la

carte, au moins en ce qui concerne l’éocène inférieur (le suessonien),

l’étage fameux en Algérie par ses phosphates.

Cette carte (voir fig. 8) dressée d’abord par M. Savornin[31], a été

reproduite par M. Joleaud[32] avec quelques modifications qui portent

sur des nuances. Entendons, bien entendu, nuances au point de vue qui

nous occupe. Sur les traits généraux il n’y a pas le moindre désaccord.

Ces traits ressortent au premier coup d’œil sur la carte. Et d’abord le

bras de mer suessonien est beaucoup plus grêle que le crétacé, très

aminci. Le quart sud-ouest de l’Algérie est émergé ; c’est l’Atlas

saharien à l’ouest du Hodna, le coin des grès à dragées ; notez que

l’émersion est, cette fois, définitive ; la mer n’y est jamais revenue,

c’est parfaitement authentique. Cette région étendue qui englobe les

cuvettes des chotts oranais, tout le bloc des hauts plateaux à l’ouest

du méridien d’Alger, tout cela est resté subaérien, continental, sans la

moindre interruption, depuis la fin du crétacé. Dans un pays comme

l’Algérie, qui est dans son ensemble un géosynclinal tertiaire, c’est

une originalité puissante. On ne l’a pas assez dit, et, par exemple, on

l’omet par prétérition lorsqu’on réunit dans cette même formule générale

« les hauts plateaux », à la fois ceux de l’ouest, de l’Oranie, et ceux

de l’est, cuvette de Hodna et hautes plaines Constantinoises.

Il est curieux de constater d’ailleurs que ces deux groupes de hauts

plateaux, qui s’individualisent au Suessonien par l’immersion de l’un et

l’émersion de l’autre, sont justement séparés par la grande dorsale

Laghouat-Alger.

Sur leurs cartes paléogéographiques de la mer Suessonienne, comme de la

mer Crétacée, les géologues distinguent soigneusement les dépôts

« néritiques » et « bathyaux ». Ici la distinction n’est pas seulement

d’intérêt théorique, mais aussi pratique, ainsi que MM. Jollaud et

Collet le font ressortir[33]. Dans les dépôts de zone abyssale, c’est-à-

dire de la zone septentrionale, Tellienne, on ne trouve pas de

concrétions phosphatées, parce que « les os des animaux marins ont été

dissous avant d’atteindre le fond ». Les phosphates se rencontrent dans

la zone des faibles profondeurs, dans le sud par conséquent ; là en

effet les cadavres « sont tombés sur le fond et s’y sont décomposés ».

Dans ce bras de mer éocène, « à une époque qu’il est difficile de

préciser exactement, le géosynclinal tellien a fortement rejoué »[34].

Des plissements intenses ont beaucoup modifié le tracé des rivages. Il

est certain qu’à l’éocène moyen et surtout supérieur, le bras de mer

n’avait plus le même tracé. Mais les géologues ne nous disent pas avec

précision lequel, ils ne se croient pas encore outillés suffisamment

pour l’oser[35]. Ils affirment pourtant qu’à l’éocène supérieur toutes

les hautes plaines Constantinoises étaient exondées, comme aussi l’Atlas

saharien à l’est du Hodna, l’Aurès ; le bras de mer se renfermait dans

les limites du Tell. Il y a déposé des roches qui sont d’une extrême

importance géographique. C’est un complexe d’argiles et de grès

siliceux. Certains géologues lui appliquent, par analogie avec les

Alpes, le nom de « flysch », dont l’exactitude est contesté par

d’autres, mais qui est commode. Ce flysch algérien a deux facies

gréseux, le medjanien aux grès rougeâtres fins et durs, le numidien aux

grès jaunes grossiers et assez tendres[36]. Cette formation, tout

particulièrement avec son facies numidien, est associée aux boisements

superbes des Kabylies, par les réserves d’eau que lui vaut la porosité

des grès combinée avec l’étanchéité des argiles ; les grès attirent et

groupent les arbres calcifuges et silicicoles, les chênes-lièges par

exemple. Ils ont ainsi une importance immense au point de vue

pittoresque et économique. Ils portent les grandes forêts aux arbres

énormes, qui ont dans un pays généralement dénudé le charme de

l’inattendu. C’est à eux que l’Algérie doit d’occuper un rang

intéressant parmi les rares pays producteurs du liège. Et si on songe

aux phosphates suessoniens il faut conclure que la Berbérie a vraiment à

l’Éocène des obligations particulières.

Les géologues donnent au flysch une épaisseur totale d’environ 700

mètres ; c’est une masse puissante, dépôt d’un bras de mer encore

profond, d’un géosynclinal où les plissements orogéniques se sont

continués jusqu’à la fin de l’éocène.

_La mer oligocène._ — L’éocène, qui a vu en Europe se dresser les

Pyrénées, est un âge important pour la surrection de l’Atlas. A la fin

de l’éocène, c’est-à-dire à l’oligocène, l’Atlas existe déjà, ou du

moins un Atlas, qui s’est depuis plus ou moins démoli et reconstruit,

mais qui est constitué, tout brandi, dressé hors des eaux. La

substitution de la chaîne de montagnes au géosynclinal est parachevée.

Le long de cette charnière instable de l’écorce terrestre qu’est

essentiellement le bras de mer algérien, la compression latérale des

deux mâchoires a produit dès ce temps-là, et provisoirement, son effet

normal ; elle a supprimé le bras de mer à peu près complètement, et

dressé à sa place un haut-relief.

Les géologues sont d’accord pour affirmer que l’Algérie oligocène était

exondée, une surface continentale. Ceci est certainement un point ferme,

soustrait aux discussions, comme en témoignent les esquisses,

concordantes sur l’essentiel, qu’ont publiées MM. Savornin[37],

Joleaud[38], Dalloni[39]. Non seulement on a reconnu l’âge oligocène de

dépôts continentaux, cailloutis torrentiels, alluvions lagunaires

gypseuses, épars sur le sol de l’Algérie. Mais encore, comme contre-

épreuve, on a identifié les dépôts marins de l’étage, et on a pu tracer

sur la carte les rivages de ce qui subsistait sur le sol Algérien de la

mer oligocène (fig. 9). C’est une obligation qu’on a particulièrement à

M. Dalloni. On connaît anciennement sur le littoral de l’Algérie

actuelle quelques traces de mer oiigocene, un petit golfe par exemple

dans la région de Dellys. Le bras de mer oligocène subsistait donc au

large des côtes actuelles dans l’Algérie occidentale. M. Dalloni[39]

nous a révélé récemment que le bras de mer envoyait un autre

prolongement très curieux dans cette même Algérie occidentale, mais très

loin à l’intérieur des terres, depuis l’embouchure de la Tafna par Sidi-

Bel-Abbès, Mascara, nord de Tiaret, Boghari, sur la lisière sud de

l’Atlas. C’était un fjord, si on peut dire, long de 400 kilomètres, sans

largeur et sans profondeur, un dernier rappel du géosynclinal sur

l’emplacement même de sa charnière, au contact précis du Tell et des

hauts plateaux. Notez que ce fjord se fermait dans la région de Boghari

au passage de la grande dorsale Laghouat-Médéah, de part et d’autre de

laquelle les Tells, oriental et occidental se diversifient. Un intérêt

de cette carte paléogéographique est justement de faire apparaître pour

la première fois l’originalité du Tell occidental, Tell Oranais. Cet

Atlas d’âge pyrénéen, édifié par les plissements de l’éocène, exondé à

l’oligocène, c’est dans le Tell Oranais qu’il conserve encore dans ses

plis des digitations du bras de mer. Et c’est là en effet surtout que

nous allons le voir aux âges suivants se démolir pour se reconstruire,

s’abîmer presque tout entier sous l’eau, pour émerger de nouveau.

_Bras de mer miocène inférieur._ — Plusieurs géologues, MM.

Savornin[40], Joleaud[41], Dalloni[42] ont tracé des bras de mer

miocènes des cartes successives aux étages inférieur et moyen. Ils sont

tous d’accord à des nuances près qui ne sont pas de notre ressort ici.

La carte qu’on reproduit ci-joint est celle du miocène inférieur,

l’étage qu’on appelle généralement cartennien, celui qui succède

immédiatement à l’oligocène.

Au cartennien, l’Algérie devient de nouveau un bras de mer, large et

profond, où le géosynclinal rejoue avec intensité ; et ces conditions

durent à l’étage suivant l’helvétien. Des plissements d’une grande

importance rajeunissent et réédifient partiellement l’Atlas, des

plissements d’âge alpin cette fois. De part et d’autre de l’oligocène,

_grosso modo_, en simplifiant, en schématisant, ce sont eux qui ont

construit l’Atlas algérien. L’éocène en a fait le dessin général, que le

miocène a plus ou moins complètement remanié.

Parmi les parties de l’Atlas Algérien actuel, on peut à la suite des

géologues distinguer celles qui sont d’âge Pyrénéen et celles qui sont

d’âge Alpin. On le peut du moins dans certains cas, dans une certaine

mesure, avec beaucoup de prudence, en suivant les géologues pas à pas.

Nous trouvons par la suite que cette distinction est d’une grande

importance pour l’intelligence du pays, dans certains de ses coins.

Le bras de mer cartennien rappelle un peu par sa forme générale le

suessonien (fig. 10). Il est d’étendue à peu près équivalente, bien plus

réduit par conséquent que le bras de mer crétacé, mais il recouvre tout

de même une bonne moitié de l’Algérie.

Quand on y regarde de plus près, des différences importantes

apparaissent avec le bras de mer Suessonien.

Cette fois c’est le Tell Oranais qui s’est abîmé sous les flots, à peu

près tout entier, sauf quelques îlots, et à de grandes profondeurs ; les

dépôts cartenniens et helvétiens dans l’Algérie occidentale sont surtout

des marnes et des argiles, de facies très uniformes, en masses énormes,

des dépôts abyssaux.

Dans l’est, au delà de la grande dorsale de Médéa, l’allure du bras de

mer cartennien est bien différente, assez exactement inverse. Le Tell

oriental est resté émergé, à peu près tout entier, à sa bordure

méridionale près. C’est au sud du Tell que le bras de mer cartennien

s’est étalé très largement.

Il s’est répandu sur les Hauts plateaux Constantinois jusqu’en Tunisie

dans une mesure encore mal précisée ; mais surtout dans la cuvette du

Hodna, sur le seuil de Biskra. Là hors du géosynclinal Tellien, sur le

socle inondé des hauts plateaux, il a laissé des dépôts néritiques ; des

calcaires à lithotamnium, par exemple, dont la présence accuse des

profondeurs maritimes d’une vingtaine de mètres au maximum.

_Golfes sahélien et pliocène._ — Restent enfin les mers du miocène

supérieur (sahélien) et du pliocène (fig. 11). Le détroit, exondé à

moitié, est devenu golfe. Les golfes sahélien et pliocène se continuent

et se recouvrent l’un l’autre à peu de chose près, dans le même coin

nord occidental de l’Algérie[43]. Ils y occupent toute la zone des

plaines sublittorales et des Sahels, d’où le nom de Sahélien.

Celui-ci touche ou a touché aux préoccupations de l’opinion publique par

certains côtés. Dans le Dahra, la « farine siliceuse » ou « kieselguhr »

est un amas de diatomées, dans des dépôts sahéliens d’eau douce ou

saumâtre. Et les fameuses grottes où Pélissier enfuma les Frechih sont

sculptées dans une lentille de plâtre d’une formation sahélienne.

L’étage pourtant est surtout représenté par des argiles, très

puissantes, célèbres par leur instabilité, et qui témoignent d’une mer

profonde.

C’est la mollasse pliocène qui constitue les environs d’Alger, avec

leurs ravissants chemins creux, entre des murs vivants et sous des

voûtes d’oliviers sauvages. Des grès pliocènes couverts de lentisques

portent le tombeau de la Chrétienne et les ruines charmantes de Tipaza.

La grande banlieue d’Alger, familière aux touristes est surtout

pliocène. Ces formations ont beau être littorales : elles n’en

intéressent pas moins une portion considérable du Tell occidental et

nous verrons qu’elles ont été, au fond des mers sahéliennes et

pliocènes, affectées de mouvements orogéniques très importants, jusqu’à

une époque si rapprochée de nous qu’il faut déjà presque l’appeler

quaternaire.

Ce dernier tableau s’accorde bien avec les précédents et complète la

figure d’ensemble. L’histoire du bras de mer se termine dans le Tell

occidental, c’est là qu’il a séjourné en dernier lieu, et qu’il a fait

enfin sa retraite définitive. Le compartiment du Tell Oranais est resté

mer, et mer profonde bien plus longtemps que le reste.

_Conclusion._ — Cette série de cartes paléogéographiques, donnant les

états successifs du bras de mer algérien permet peut-être d’imaginer

l’instabilité du sol. Un pays qui est tout entier et qui n’a jamais

cessé d’être depuis le crétacé un géosynclinal : ce pays-là est instable

par définition. L’Algérie en effet est périodiquement visitée par les

tremblements de terre.

L’Atlas algérien, depuis le crétacé, n’a jamais cessé jusqu’à nos jours,

jusqu’au quaternaire, d’être dans le devenir ; il est d’âge pyrénéen,

alpin, post-alpin même ; il n’a jamais cessé de s’édifier, de s’écrouler

et de se réédifier par quelque bout, tantôt ici et tantôt là.

On conçoit donc bien qu’il soit difficile de comprendre l’Atlas et d’en

rendre compte. Dans une tentative de ce genre, à laquelle il faut bien

se résoudre pourtant, une extrême prudence s’impose. Sous cette réserve

il semble bien qu’on voie déjà se dégager quelques grands compartiments.

Dans l’Atlas tellien, de part et d’autre de la grande dorsale, le

compartiment occidental et l’oriental ont chacun son histoire de plus en

plus distincte depuis l’oligocène déjà. Dans l’Atlas saharien et la zone

des plateaux la grande ligne de démarcation essentielle, c’est le seuil

de Biskra ; l’importance de cette ligne de démarcation est immense

depuis le cartennien, et même il faut dire depuis l’albien. Dans la

série de nos cartes, et, à mon sens, dans la réalité géographique et

humaine, il n’y a pas peut-être, dans toute l’Algérie, de ligne de

démarcation plus importante.

Par-dessus tout, la grande division essentielle, primordiale, qui

apparaît déjà, avec une netteté parfaite, sur la plus ancienne de nos

cartes, celle du bras de mer crétacé, et qui se retrouve dans toutes les

autres, c’est la division éternelle de l’Atlas algérien en géosynclinal

tellien au nord et socle des Hauts plateaux au sud. Cette grande

division est tout à fait populaire et précisément pour cela on s’en est

méfié, on l’a même contestée. Il faut souligner au contraire combien

elle est en accord avec le résultat des recherches géologiques les plus

techniques.

[Note 28 : Les premières en date, qui sont, de M. Savornin, ont été

publiées dans un article de E.-F. Gautier. Cf. nos 113 et 46.]

[Note 29 : No 26, p. 248 et no 70, p. 189. Les réserves formulées par M.

Savornin, no 115, p. 409, ne sont pas à l’échelle de notre travail

géographique.]

[Note 30 : No 26, p. 286, fig. 43.]

[Note 31 : No 46, p. 90, fig. 23 et no 115, p. 417, fig. 90.]

[Note 32 : No 70, p. 213, fig. III.]

[Note 33 : No 70, p. 222.]

[Note 34 : No 26, p. 399.]

[Note 35 : Voir pourtant Savornin, no 115, p. 418, fig. 91.]

[Note 36 : Cf. no 70, p. 198.]

[Note 37 : No 115, p. 419, fig. 92.]

[Note 38 : No 70, p. 279, fig. IV.]

[Note 39 : No 31, p. 107, fig. 1.]

[Note 40 : No 46, p. 92, fig. 24 et no 115, p. 421, fig. 93.]

[Note 41 : No 70, p. 280, fig. V.]

[Note 42 : No 30, p. 434, fig. 1.]

[Note 43 : No 70, p. 285, fig. VII et p. 288, fig. VIII ; No 30, p. 447,

fig. 2.]

CHAPITRE III

LE TRIAS

Sur le passé de l’Atlas saharien, l’étude des dépôts marins, qui conduit

à l’établissement de cartes successives du bras de mer, n’est pas la

source unique de renseignements. L’étude des dépôts continentaux n’est

pas moins importante. Il ne doit pas y avoir beaucoup de pays au monde

où les dépôts continentaux soient aussi abondants et aussi intéressants.

En première ligne vient le trias.

A la fin des temps primaires et au début des secondaires, juste avant

l’établissement des conditions géosynclinales qui annoncent l’Atlas,

quand, sur l’emplacement de l’Afrique du Nord, il y avait une pénéplaine

hercynienne, que nous entrevoyons confusément dans le passé, il est du

moins parfaitement net et certain que cette pénéplaine est restée

exondée pendant des âges géologiques. L’Algérie du bras de mer a un long

prologue d’émersion totale, pendant lequel elle s’est couverte de dépôts

continentaux.

Les plus anciens et les moins intéressants appartiennent au permien,

dernier étage du primaire ? Cet étage est représenté en Algérie par des

dépôts de faible étendue ; ce sont invariablement des poudingues

attestant un ruissellement subaérien. On n’en sait pas davantage. Il

faut considérer surtout le trias ; premier étage du secondaire. Il est

pour l’intelligence de la structure d’une importance immense, et on

devra y insister longuement.

Du gypse ; du sel gemme ; des marnes bariolées de couleurs vives, dans

les tons rouges et violets ; des roches éruptives du type ophitique.

C’est une formation très constante dans sa variété qui a fait couler

beaucoup d’encre. Pendant longtemps on y a vu une formation éruptive.

Depuis 1896 on admet unanimement l’attribution au trias[44]. Mais on

discute encore entre géologues sur le rôle de ce trias dans la formation

des nappes. C’est le terrain d’Algérie le plus passionnant, et si on

peut dire le plus retentissant.

On se gardera bien de suivre les géologues dans leurs discussions. Ce

qui nous intéresse exclusivement ce sont les points sur lesquels ils

sont tout à fait d’accord, soustraits définitivement à la controverse.

Il est certain que ces terrains gypso-salins sont d’âge triasique. Ils

se retrouvent avec le même facies non seulement dans tout l’Atlas, de la

Tunisie au Maroc, mais dans l’Andalousie, le sud-est de l’Espagne et aux

Pyrénées. Il y a donc eu pendant l’âge triasique sur l’emplacement de la

Berbérie et de l’Espagne un continent émergé, où régnaient des

conditions de climat steppien ou désertique, parsemé de lagunes et de

chotts.

_Rochers de sel._ — Quoique le trias algérien conserve partout son même

facies remarquablement constant, caractérisé par la présence des trois

éléments, sel, plâtre, argile ; cependant la proportion des trois

éléments est variable.

Quand le sel prédomine le résultat est particulièrement curieux. Il y a

une catégorie de dépôts triasiques que les géologues ont pris l’habitude

d’appeler rochers de sel. Ce sont, au sens littéral du mot, des

montagnes de sel, des reliefs considérables tout en sel gemme.

On a dressé une carte à grande échelle d’un rocher de sel, celui de

Djelfa (fig. 12)[45]. Il est donc possible d’indiquer les dimensions

avec une grande précision. Des falaises y ont des abrupts qui atteignent

100 mètres, exactement de la cote 922 à la cote 1022. Or, ces abrupts

tout entiers, de la base au sommet, sont du sel gemme, en assises bien

litées, sans intercalation d’argile. Comme on ne voit pas le substratum,

l’épaisseur du sel gemme peut être beaucoup plus considérable.

[Illustration : FIG. 12. — LE ROCHER DE SEL DE DJELFA.

La figure est une réduction photographique au 20000e des courbes de la

carte au 5000e publiée dans 48 (et à laquelle on renvoie pour plus de

détails).

Tout le centre, le dédale d’entonnoirs, est du trias, et essentiellement

du sel gemme.

Dans la partie gauche et centrale de la figure la haute falaise d’un

seul jet, d’une centaine de mètres, est tout entière en sel gemme, pur,

nu, et guilloché.

Autour de ce cœur triasique et tranchant nettement avec lui court une

auréole, régulièrement circulaire, à bords vivement relevés, de terrains

normalement drainés. Elle serait à peu près continue sur tout le

pourtour, n’était l’érosion de l’oued Melah qui en a fauché un pan au

bas de la figure.

L’ensemble a la forme d’une pustule au centre crevé.]

Il y a aussi des argiles salées très dures, maintenues par une armature

d’infiltrations et de filonnets de sel. Dans le rocher de Djelfa elles

sont groupées à part, elles occupent toute la partie méridionale du

rocher, en masses puissantes, pas du tout litées. On peut supposer que

les bancs de sel et les argiles étaient interstratifiés au moment du

dépôt ; cela paraît vraisemblable. Les formidables pressions, dont nous

avons d’autres témoignages, peuvent avoir séparé mécaniquement ces deux

éléments en faisant fuser l’argile. Quoi qu’il en soit cette séparation

est aujourd’hui complète. Le sel forme une masse compacte d’une

puissance énorme. Même dans la partie sud, où les boues salées sont

presque tout ce qu’on voit en surface, il est probable qu’elles reposent

partout, à une profondeur plus ou moins faible, sur des assises de sel

gemme. En effet, sous la couche des boues, on voit souvent apparaître,

au fond des puits, le sel massif, découpé sur les parois en tuyaux

d’orgue polis. En tout cas, même dans la seule partie nord, le bloc de

sel, largement étalé, est d’une puissance indéniable qui confond. Il y a

là une surface d’un kilomètre carré environ, sur une épaisseur d’une

centaine de mètres.

Ce n’est rien cependant à côté de ce qu’on voit à El-Outaya (station de

chemin de fer entre El-Kantara et Biskra). Le rocher de sel d’El-Outaya

est beaucoup plus grand ; il se trouve sur la première feuille publiée

de la carte d’Algérie au 100000e[46]. On peut donc donner sur ses

dimensions des chiffres précis. De la base, qui est une grande plaine

d’alluvions au sud jusqu’au signal géodésique du sommet, la

dénivellation est de 300 mètres. La pente extrêmement abrupte ne permet

l’ascension que par un très petit nombre de sentiers difficiles. A une

échelle triple, c’est un pendant exact de la grande falaise du rocher de

Djelfa. Ici comme là, c’est le même sel gemme, massif sur toute

l’épaisseur à ce qu’il m’a semblé, sans une seule intercalation

d’argile. En plan la montagne est longue de 6 kilomètres, et large de 3,

alors que, à Djelfa, le rocher de sel n’a que 1500 mètres de diamètre.

Le rocher d’El-Outaya est le géant de l’espèce.

Dans la même région, à une trentaine de kilomètres au nord-ouest d’El-

Kantara, un autre rocher de sel, celui de Metlili, est, au contraire,

beaucoup plus petit. Il a 500 mètres environ de diamètre ; mais il est,

lui aussi, un relief abrupt de sel massif.

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