Malheur à toi, cruel et implacable chef! Vainement tu couvres ta tête de

cendres; vainement la haire et le cilice pressent tes membres abattus;

Sélim est mort de la même main qu'Abdallah. Maintenant arrache ta barbe

dans ton inutile douleur: l'orgueil de ton cœur, la fiancée du lit

d'Osman, celle que ton sultan n'aurait pu voir sans la désirer pour

épouse, ta fille est morte! Espoir de ta vieillesse, doux rayon de ton

crépuscule, une étoile brillait dans toute sa beauté sur les rives de

l'Hellespont: qui a éteint sa lumière?--c'est le sang que tu as répandu!

Écoute! à la question précipitée du désespoir: «Où est mon enfant?»

l'écho répond: «Où[f42]?»

28. Dans l'enceinte des mille tombeaux qui apparaissent sous l'ombrage

du mélancolique mais vivant cyprès, qui ne se flétrit jamais, quoique

ses branches et ses feuilles soient empreintes d'une éternelle douleur,

comme un premier amour malheureux, il est un lieu qui fleurit toujours,

même dans ce lugubre bosquet de mort.--Une rose isolée y répand son

éclat solitaire: douce et pâle, on la dirait plantée par le

désespoir;--si blanche,--si languissante, que le plus faible souffle du

vent pourrait emporter ses feuilles dans les airs. Et cependant, c'est

en vain que les orages et la pluie l'assaillent, que des mains plus

rudes que les cieux d'hiver s'efforcent de l'arracher à sa tige; le

lendemain la voit refleurir de nouveau! Quelque aimable génie du lieu la

relève doucement et l'arrose de larmes célestes; car elles peuvent bien

croire, les vierges d'Hellé, que ce ne peut pas être une fleur

terrestre, celle qui se moque de l'heure flétrissante de la tempête, et

s'épanouit sans être abritée par un bosquet de verdure. Elle ne languit

pas, quoique le printems lui refuse sa rosée bienfaisante, que les

rayons fécondans de l'été la privent de leurs caresses. Un oiseau

inconnu,--mais peu éloigné, lui chante, pendant toute la nuit, des

chants plaintifs et mélodieux. Invisibles sont ses ailes aériennes; mais

doux comme les harpes dont jouent les houris, sont ses accords ravissans

et prolongés! Ce serait le Bulbul[loc11]; mais sa voix, quoique

plaintive, n'a pas des accens si touchans: car ceux qui les entendent ne

peuvent abandonner ce lieu, mais ils s'y attachent et pleurent comme

s'ils avaient aimé en vain!... Et cependant les larmes qu'ils versent

sont si douces, leur douleur est si peu mêlée de crainte, qu'ils peuvent

à peine pardonner au matin de venir rompre ce charme mélancolique. Ils

voudraient veiller et pleurer plus long-tems; cet oiseau a des chants si

étranges et si beaux! Mais lorsque le jour apparaît soudain dans les

cieux, cette magique mélodie expire. Il en est qui ont cru (tant les

rêves de la jeunesse sont décevans, mais ceux qui les blâment sont bien

durs) que des accens si pénétrans et si profonds formaient et faisaient

entendre le nom de Zuleïka[f43]. C'est de la cime de son cyprès que ce

nom aérien part et se perd dans les airs; c'est à la poussière tendre et

virginale de sa tombe que la pâle rose doit sa naissance et sa frêle

vie. Un marbre avait été placé récemment sur cette tombe; le soir le vit

poser,--le matin il n'y était plus!

[Note loc11: [Arabe ou Farsi?], nom du rossignol en persan, dont les

amours avec la rose, [Arabe ou Farsi], _gul_, sont le sujet de beaucoup

de poèmes dans l'Orient.

(_N. du Tr._)]

Ce ne fut pas un bras mortel qui transporta sur le rivage ce pilier de

marbre fixé profondément; la légende d'Hellé raconte qu'on le trouva le

lendemain à l'endroit où était tombé Sélim, battu par les flots agités

qui avaient refusé à ses restes une tombe plus sainte. Et là, pendant la

nuit, on dit qu'on voit inclinée une tête livide enveloppée d'un turban;

et le marbre funéraire renversé par la vague se nomme--_l'oreiller du

fantôme du Pirate_! C'est dans le lieu où il avait été d'abord placé que

la fleur plaintive a fleuri, et qu'elle fleurit encore maintenant,

solitaire, et couverte de rosée froide, pure et pâle, comme la joue de

la beauté qui verse des larmes au récit de l'infortune.

FIN DE LA FIANCÉE D'ABYDOS.

NOTES

DE LA FIANCÉE D'ABYDOS.

NOTE 1.

_Gul_, la rose, en turc et en persan.

(_Note de Lord Byron_.)

Le nom persan de la rose, _gul_, revient souvent dans les poésies

orientales de Byron: c'est qu'en effet, la rose, et le rossignol,

_bulbul_, sont le sujet perpétuel des comparaisons et des amplifications

poétiques de l'Orient; et il y a tant de grâce et de fraîcheur dans les

amours de cette reine des fleurs et de cet oiseau mélodieux

personnifiés, que l'on ne doit pas être surpris de les voir si souvent

reproduites. «Le printems est délicieux! dit Sâdi; oh! _rose_! où as-tu

été? N'entends-tu pas les lamentations du _bulbul_, sur la longueur de

ton absence?»

Les Mahométans, et particulièrement les Turcs, conservent une espèce de

vénération religieuse pour la rose. Ils pensent qu'elle fut produite

pour la première fois de la sueur de leur Prophète, et ils ne souffrent

pas que ses feuilles soient foulées aux pieds.

(_N. du Tr._)

NOTE 2.

_Souls made of fire, and children of the sun,

With whom revenge is virtue_.

(YOUNG's Revenge.)

«Ames formées de flammes, et enfans du soleil, pour lesquels la

vengeance est une vertu.»

NOTE 3.

MEDJNOUN et LEÏLA, les ROMÉO et JULIETTE de l'Orient. SADI, le poète

moral de la Perse.

(_Note de Lord Byron_.)

[Arabe] DJAMI, célèbre poète persan, auteur d'un poème sur _Joseph_ et

_Zuleïka_, en a aussi fait un sur _Medjnoun_ et _Leïla_, qui a été

traduit en français par M. Chézy, 2 vol. in-18. Son poème de _Jousouf et

Zuleïka_ a été publié en persan et en allemand à Vienne, par le comte de

Rozenszweig, un vol. in-folio. [Arabe] SADI est encore plus célèbre que

Djâmi. Il est l'auteur du [Arabe] _Gulistan_, ou _Jardin des Roses_,

dont il existe deux mauvaises traductions en français; et du [Arabe],

_Boustân_, qui n'a pas été traduit. Il est aussi l'auteur d'un _Pend

Nameh_, ou Livre des Conseils, qui n'est pas si estimé que celui de

_Féridun Attar_, publié et traduit par M. le baron Sylvestre de Sacy.

Quant au poème de _Medjnoun et Leïla_ de _Djâmi_, nous citerons, pour en

donner une idée, un passage de la traduction abrégée de M. Chézy; c'est

la première entrevue de _Medjnoun_ avec _Leïla_.

«De retour à sa tribu, Keïs (Medjnoun), l'ame navrée de tristesse, et

l'imagination pleine encore de cette belle et perfide étrangère qui,

semblable à un astre étincelant, éclipsait la beauté de ses jeunes

compagnes, brûlait plus que jamais de rencontrer une amie sensible, dont

la douce clarté pût dissiper les ténèbres qui enveloppaient sa couche

solitaire; et il cherchait de nouveau, au milieu de mille beautés, celle

qui pût remplir ses désirs. Chaque étranger qui arrivait de quelque

tribu lointaine recevait de lui l'accueil le plus flatteur; il le

caressait et le questionnait avidement sur cette classe d'êtres

favorisés de la nature, dont il était idolâtre. Un jour, quelques

voyageurs qui s'arrêtèrent chez lui s'apercevant de cette passion

ardente dont il était dominé, lui indiquèrent une tribu où il existait

une jeune fille dont la beauté égalait celle des houris. «Son nom est

Leïla, lui dirent-ils; et de toutes parts mille jeunes gens prétendent

au bonheur de lui plaire. Ses charmes sont au-dessus de toute

description; vole toi-même vers elle, et juge de ses attraits.

N'abandonne pas à ton oreille les fonctions de ton œil.» A ce récit,

Keïs se lève, se pare de ses vêtemens les plus précieux; et déjà dévoré

de l'amour le plus vif, il s'élance sur sa chamelle. Dans son

impatience, il accélère encore sa marche précipitée, et se trouve

bientôt rendu à l'habitation de Leïla. A la vue de ce jeune étranger,

ses serviteurs l'accueillirent avec affabilité, l'introduisirent, et le

firent asseoir à la place d'honneur. Cependant, de quelque côté qu'il

tournât ses regards, il n'apercevait aucune trace de l'unique objet

qu'il cherchait. Déjà privé d'espoir, son cœur éprouvait un tourment

insupportable, lorsque tout-à-coup un bruit léger d'ornemens précieux se

fait entendre: il voit alors paraître une jeune fille à la taille svelte

et élégante, semblable dans sa démarche gracieuse à la perdrix des

montagnes. Belle sans aucun fard, la nature avait coloré du rose le plus

tendre ses joues brillantes de fraîcheur; son sourcil délié ressemblait

à un arc délicat formé d'ambre précieux; et ses cils, comme autant de

petites flèches de musc, pénétraient les cœurs. Ses lèvres avaient

l'éclat du rubis sans en avoir la dureté: on eût dit qu'elles lui

avaient dérobé sa couleur, et à l'ambroisie son parfum. Mais à quoi

comparer cette bouche gracieuse, où l'on voyait errer le plus voluptueux

sourire? On l'eût prise pour une abeille au milieu des fleurs, lorsque

délicatement posée sur le calice d'une rose, elle en extrait avec art

son miel parfumé. Comme elle, elle blessait d'un aiguillon acéré, et

répandait sur sa blessure un baume céleste. Son sourire enchanteur

découvrait-il des dents aussi belles que les perles les plus pures? on

croyait voir le bouton de la rose encore étincelant des larmes de

l'aurore; et les pommes d'albâtre de son sein virginal, les doigts

arrondis d'une main caressante eussent suffi pour en mesurer le gracieux

contour. C'est au milieu de tous ces charmes que Leïla parut. Keïs ne

fut plus maître de son cœur. Leur entrevue fut délicieuse. Elle laissa

échapper avec négligence quelques boucles de sa longue chevelure, et

Keïs brûla de désirs; elle souleva le voile léger qui tempérait ses

charmes, et il perdit ce qui lui restait de raison. Leïla lui lança un

trait mortel, et un soupir prolongé de Keïs lui fit connaître la

profondeur de sa blessure. Enfin, tout ce que la beauté et les grâces

peuvent offrir de charmes, elle le développa aux yeux de Keïs, dont le

regard languissant semblait implorer son secours; et leurs cœurs aussi

étroitement unis que les feuilles de la rose dans le bouton qui les

renferme, se lièrent à jamais. Lorsque leurs regards satisfaits eurent

ainsi parcouru toute l'étendue de leurs charmes, leurs lèvres

frémissantes livrèrent passage aux plus tendres discours..... Une seule

crainte les agitait: c'était de voir approcher la nuit, qui devait

terminer pour eux ce jour de bonheur. Comment pourraient-ils vivre

éloignés l'un de l'autre?... Soleil! monarque éclatant du jour! ô toi

qui de ton sceptre de feu éloignes les ombres de la nuit, puisses-tu

désormais ne te voiler jamais, et changer nos nuits en un jour

éternel!... Obligés de se séparer, Keïs et Leïla restèrent plongés dans

une douleur inexprimable; l'un, porté par sa chamelle, reprit avec

lenteur le chemin de sa tribu, et la triste Leïla demeura en gémissant

sous sa tente solitaire.»

Les amours de _Joseph et Zuleïka_ du même auteur, présentent des

morceaux d'une très-grande beauté; l'amour y est élevé à une pureté

souvent mystique.

(_N. du Tr._)

NOTE 4.

Tambour turc que l'on bat au lever du soleil, à midi et au crépuscule du

soir.

NOTE 5.

Les Turcs abhorrent les Arabes (qui leur rendent au centuple leur

compliment) plus encore qu'ils ne haïssent les chrétiens.

NOTE 6.

Cette expression a suscité plusieurs objections. Je ne m'en rapporterai

pas à _celui qui n'a pas de musique dans son ame_, mais je prie

simplement le lecteur de se rappeler, pour dix secondes, les formes de

la femme qu'il croit être la plus belle; et si alors il ne comprend pas

pleinement ce qui n'est que faiblement exprimé dans les vers précédens,

j'en serai désolé pour nous deux. Voyez un passage éloquent du dernier

ouvrage du premier écrivain féminin de notre âge, et peut-être de tous

les âges, sur l'analogie (et la comparaison immédiate excitée par cette

analogie) entre la peinture et la musique; _de l'Allemagne_, vol. III,

chap. 10. Ce rapport de connexion n'est-il pas plus fort avec l'original

qu'avec la copie? avec le coloris de la nature qu'avec celui de l'art?

Après tout, c'est une chose que l'on peut plutôt sentir que décrire;

aussi pensé-je qu'il se trouvera des personnes qui la comprendront, ou

au moins qui l'auraient comprise s'ils avaient vu la figure dont

l'harmonie parlante en a suggéré l'idée; car ce passage n'est pas le

produit de l'imagination, mais de la mémoire: ce miroir que la douleur

brise par terre, et qui, en regardant ses fragmens, n'y voit que la

réflexion multipliée.

NOTE 7.

_Carasman Oglou_, ou _Kara Osman Oglou_, est le principal propriétaire

en Turquie: il gouverne Magnésie. Ceux qui, par une espèce de droit

féodal, possèdent des terres à condition de service sont appelés

_Timariotes_; ils servent comme spahis, fournissent des soldats en

proportion de l'étendue du territoire, et en envoient un certain nombre

à l'armée, généralement de la cavalerie.

NOTE 8.

Quand un pacha a des forces suffisantes pour résister, le messager, qui

est toujours le premier porteur de sa condamnation à mort, est étranglé

par ses ordres, et quelquefois cinq ou six de ces messagers le sont

ainsi l'un après l'autre par l'ordre du pacha rebelle. Si au contraire

il est faible et loyal, il se prosterne, baise la respectable signature

du sultan, et se laisse complaisamment étrangler. En 1810, plusieurs

présens de têtes de pachas furent exposés dans la niche de la porte du

Sérail: parmi elles on remarquait la tête du pacha de Bagdad, brave

jeune homme assassiné par trahison, après une résistance désespérée.

Note 9.

C'est par certains battemens de mains qu'on appelle les domestiques. Les

Turcs haïssent une dépense inutile de voix, et ils n'ont pas de

clochettes.

NOTE 10.

_Chibouque_, pipe turque: le tuyau de la bouche est ordinairement

d'ambre, et quelquefois la culée qui contient les feuilles de tabac est

ornée de pierres précieuses, si elle est portée par un homme riche.

NOTE 11.

_Maugrabis_, mercenaires maures.

NOTE 12.

_Délis_, braves qui forment la troupe perdue de la cavalerie, et

commencent toujours l'action.

NOTE 13.

Un _feutre_ plissé est employé par les Turcs pour la manœuvre du sabre;

et il n'y a guère qu'une arme musulmane qui puisse le fendre d'un seul

coup. Quelquefois un turban très-dur est employé au même usage. Le

_djerrid_ est un combat à la javeline émoussée: ce jeu est pittoresque

et très-animé.

NOTE 14.

_Ollahs, alla il allah_, cri que les poètes espagnols appellent

_leilies_, et dont le son est _ollah_. Pour un peuple taciturne, les

Turcs sont vraiment prodigues de cette exclamation, particulièrement

pendant le jeu du _djerrid_ ou à la chasse, mais surtout au combat. Leur

agitation sur le champ de bataille et leur gravité dans leur intérieur,

avec leur pipe et leur comboloio (ou chapelet), forment un amusant

contraste.

NOTE 15.

_Atar-gul_, essence de roses. Celle de Perse est la plus fine.

(_Note de Lord Byron_.)

Les luxurieux Persans sont si passionnés pour la délicieuse essence de

roses, que non-seulement ils répandent avec profusion dans leurs

appartemens l'eau de ses feuilles distillées, mais après l'avoir

préparée avec du cinnamon et du sucre, ils en font aussi une infusion

avec du café qu'ils boivent ensuite. La rose de Schiraz est regardée

comme la plus précieuse de l'Orient, et son essence est extrêmement

estimée dans les contrées les plus éloignées de l'Inde. La poudre du

bois de sandal est souvent ajoutée en distillation aux feuilles de cette

fleur; mais la partie huileuse la plus exquise, ou la substance épaisse,

qu'ils nomment [Arabe], atar-gul, ou essence de rose, est plus précieuse

que l'or même. On voit que Lord Byron connaissait bien les usages de

l'Orient.

(N. du Tr.)

NOTE 16.

Les plafonds et les boiseries, ou plutôt les murs des appartement dans

les grandes maisons en Turquie, sont généralement recouverts de

peintures qui représentent éternellement une vue très-coloriée de

Constantinople, dont le principal mérite est un noble mépris de la

perspective. Au-dessous, des armes, des cimeterres, etc., sont en

général fantastiquement et non inélégamment disposés.

NOTE 17.

On a long-tems douté si les accens de cet amant de la rose sont tristes

ou gais; et les remarques de M. Fox sur cet objet ont provoqué quelques

controverses savantes concernant les opinions que les anciens avaient

sur ce sujet. Je n'ose hasarder une conjecture sur ce point, quoiqu'un

peu incliné à l'errare mallem, etc., si M. Fox s'était trompé.

NOTE 18.

Azraël,--l'ange de la mort.

NOTE 19.

Les trésors des sultans préadamites. Voyez d'Herbelot, article Istakar.

(Note de Lord Byron.)

_Istakar_ est l'ancienne _Persépalis_, ville capitale de la Perse

proprement dite, sous les rois des trois premières races; car ceux de la

quatrième, qui sont les Cosroès, avaient établi leur siège royal dans

celle de Madain. Elle est située à 88° 30' de longitude, et à 30° de

latitude, selon le calcul des tables arabiques.

L'auteur du _Lebtarikh_ écrit que Kischtasb, fils de Lohorasb, cinquième

roi de la race des Kainides, y établit sa demeure; qu'il y fit bâtir

plusieurs de ces temples dédiés au Feu, que les Grecs appellent _Pyraea_

et _Pyrateria_, les Persans _Atesch Khane_ et _Atesch Gheda_; et que

fort près de cette ville, dans la montagne qui la joint, il fit tailler

dans le roc des sépulcres pour lui et ses successeurs: l'on en voit

encore aujourd'hui les ruines, avec des restes de figures et de

colonnes, lesquelles, quoiqu'effacées par la longueur du tems, marquent

assez que ces anciens rois avaient choisi leur sépulture en ce lieu.

Il ne faut pas confondre ces monumens avec un superbe palais que la

reine Homaï, fille de Bahaman, fit bâtir au milieu de la ville

d'Istakar: on le nomme aujourd'hui, en langue persane, _Gihil_ ou

_Tchilminar_, les _quarante phares_ ou _colonnes_. Les Musulmans en

firent autrefois une mosquée; mais la ville s'étant entièrement ruinée,

on s'est servi de ses décombremens pour bâtir celle de Schiraz, qui n'en

est éloignée que de douze parasanges, et qui a pris la place de capitale

de la province proprement dite, _Fars_ ou _Perse_.

Ce que le même auteur écrit de la grandeur ancienne de cette ville

paraît fabuleux... mais il est certain que tous les historiens de la

Perse en parlent comme de la plus ancienne et de la plus magnifique

ville de toute l'Asie.

Ils écrivent que ce fut _Giamschid_ qui en fut le premier fondateur, et

quelques-uns font remonter son ancienneté jusqu'à Houschenk, et même

jusqu'à Kainmarath, premier fondateur de la monarchie de Perse. Il est

vrai cependant qu'elle a tiré son principal lustre de la seconde

dynastie des rois qui abandonnèrent le séjour de la ville de Balkhe, en

Khorassan, pour demeurer à Istakar.

On peut ajouter ici que le superbe palais de la ville d'Istakar, que la

reine Homaï fit bâtir, pourrait bien être un de ces ouvrages tant vantés

de Sémiramis, laquelle n'est pas inconnue aux Orientaux, puisqu'ils font

mention de deux _Semirem_ dans leurs histoires, dont la seconde, qui

pourrait avoir été la même qu'Homaï, n'est pas entièrement ignorée des

Grecs.

Je finis ce titre en disant que la tradition fabuleuse des Persans porte

que cette ville a été bâtie par les Péris, c'est-à-dire par les fées, du

tems que le monarque Gian Ben Gian gouvernait le monde, long-tems avant

le siècle d'Adam, ce qui n'est attribué à aucune autre ville d'Asie qu'Ã

Istakar et à Balbek.

(D'HERBELOT.)

NOTE 20.

_Muselim_, gouverneur, le premier en rang après le pacha; le waywode est

le troisième, ensuite vient l'aga.

NOTE 21.

_Egripo_, Négrepont. Selon le proverbe, les Turcs d'Egripo, les Juifs de

Salonique et les Grecs d'Athènes sont les plus détestables de leurs

races respectives.

NOTE 22.

_Tchocadar_, domestique qui précède un homme d'autorité.

NOTE 23.

On ne sait si l'épithète d'Homère signifie le large _Hellespont_ ou

_l'immense Hellespont_, et quelle est sa signification précise. J'ai

même entendu sur les lieux une dispute à ce sujet; et ne prévoyant pas

une prompte conclusion à la controverse, je m'amusai pendant ce tems Ã

passer à la nage le détroit: et j'aurai probablement encore le tems de

le passer plusieurs fois avant que la controverse soit terminée. Dans

tous les cas, la question touchant la vérité de _l'histoire de la divine

Troie_ n'est pas encore résolue, car la principale difficulté repose sur

le mot απειρος. Probablement qu'Homère avait la même notion de la

distance qu'une coquette du tems, et quand il parle d'une largeur sans

limites, il entend la moitié d'un mille; comme lorsque la coquette, par

une semblable figure, parle d'un _éternel_ attachement, elle veut dire

simplement une durée de trois semaines.

NOTE 24.

Avant son invasion en Perse, Alexandre visita le tombeau d'Achille, et

le couronna de lauriers, etc. Il fut ensuite imité par Caracalla dans sa

race. On croit que ce dernier empoisonna aussi un ami, nommé Festus,

dans le but de pouvoir instituer de nouveaux jeux patrocliens. J'ai vu

les moutons paître sur les tombes d'Aesicte et d'Antiloque: le premier

est au centre de la plaine.

NOTE 25.

Quand l'ambre est frotté, il est susceptible de produire un parfum qui

est léger, mais non désagréable.

NOTE 26.

La croyance aux amulettes gravés sur gemmes ou renfermés dans des boîtes

d'or, contenant des passages du Koran, et portés autour du cou, du

poignet ou du bras, est encore universelle dans l'Orient. Le verset du

Koursi (trône), au second chapitre du Koran, décrit les attributs du

Très-Haut, et il est gravé de cette manière et porté par les Musulmans

pieux, comme la plus est mée et la plus sublime des sentences.

NOTE 27.

_Comboloio_,--rosaire turc. Les manuscrits, particulièrement ceux des

Persans, sont richement ornés et enluminés. Les femmes des Grecs sont

tenues dans la dernière ignorance, mais un grand nombre de jeunes filles

turques reçoivent une éducation parfaite; quoi qu'elles puissent être,

elles ne serraient pas bien vues dans une coterie chrétienne. Peut-être

quelques-unes de nos _bleues_ (savantes) n'en vaudraient pas moins pour

_blanchir_ un peu.

NOTE 28.

_Galiongee_ ou _Galiongui_, marin, c'est-à-dire marin turc; les Grecs

naviguent, les Turcs se battent. Leur costume est pittoresque; et j'ai

vu plus d'une fois le capitan pacha le porter comme une espèce

d'incognito. Leurs jambes cependant sont généralement nues. Les

jambières qui sont décrites dans le texte comme revêtues de plaques

d'argent, sont décrites d'après celles d'un pirate arnaute chez lequel

j'ai logé (il a quitté sa profession) à son Pyrgo, près Gastouni, en

Morée. Elles étaient plaquées d'écailles placées l'une sur l'autre,

comme le dos d'une armadille.

NOTE 29.

Les caractères gravés sur tous les sabres turcs contiennent quelquefois

le nom du lieu de la manufacture où ils ont été fabriqués, mais plus

généralement un texte du Koran gravé en lettres d'or. Parmi ceux que

j'ai en ma possession, il en est un dont la lame est d'une forme

singulière: il est très-large, et le tranchant est entaillé en

sinuosités, comme les ondulations de la vague ou de la flamme. Je

demandai à l'Arménien qui me l'avait vendu de quel avantage pouvait être

une pareille disposition. Il me répondit, en italien, qu'il l'ignorait;

mais que les Musulmans avaient dans l'idée que des armes semblables font

des blessures plus dangereuses; et qu'ils les préféraient parce qu'elles

étaient _piu feroce_. Je ne pus admirer la raison, mais je l'achetai

pour sa singularité.

NOTE 30.

Il est à observer que toute allusion à une chose ou à un personnage de

l'Ancien-Testament, comme l'Arche, ou Caïn, est également le privilége

du Musulman et du Juif. Bien plus, les premiers professent être plus

instruits sur les vies, vraies ou fabuleuses, des patriarches, que nous

ne le sommes par notre propre Écriture-Sainte; et non contens de

remonter à Adam, ils ont une biographie des préadamites. Salomon est le

monarque de toute la nécromancie, et Moïse un prophète inférieur

seulement au Christ et à Mahomet. Zuleïka est le nom persan de la femme

de Putiphar, et ses amours avec Joseph constituent un des plus beaux

poèmes de leur langue[n5]. C'est pourquoi ce n'est pas une violation du

costume que de placer les noms de Caïn et de Noé dans la bouche d'un

Musulman.

Œuvres complètes de lord Byron, Tome 05 comprenant ses mémoires publiés par Thomas Moore · 第 6 / 24 段