XXV

Quant à l'égalité civile en elle-même, il y a deux choses qu'on appelle

de ce nom et qu'il faut bien distinguer, si l'on veut distinguer en même

temps ce qu'il y a de vrai, de sacré, de divin dans l'instinct de

l'homme sociable, de ce qu'il y a de paradoxal, de faux, d'injuste dans

les utopies philosophiques de Platon, de Fénelon, de J.-J. Rousseau et

des législateurs prolétaires de ce temps-ci, qui prennent le niveau de

leur salaire pour la justice de Dieu dans la constitution de leurs

chimères.

La justice est une révélation divine qui n'a été inventée par aucun

sage, aucun philosophe, aucun législateur, mais que tout homme, sauvage

ou civilisé, a apportée dans sa conscience humaine ou dans son instinct

organique et naturel en venant au monde, comme il y a apporté un sens

invisible, le sens de la société. Le sens de la sociabilité, c'est le

vrai nom de la justice. Sans ce sens divin de la justice, aucune société

n'aurait pu exister une heure.

L'équité est un sens composé de deux poids égaux que Dieu a mis, pour

ainsi dire, dans chaque main de l'homme; poids au moyen desquels l'homme

pèse forcément en lui-même si tel de ces poids est égal à l'autre, et si

l'équilibre moral est établi ou rompu entre les choses. En d'autres

termes, toute justice est pondération; si la pondération n'est pas

exacte, la conscience souffre, bon gré, mal gré, dans l'homme,

l'arithmétique divine est violée, le résultat est faux; l'homme le sent,

Dieu le venge, le coupable lui-même le reconnaît: voilà la justice.

Cours familier de Littérature - Volume 11 · 第 203 / 209 题