Quant à l'égalité civile en elle-même, il y a deux choses qu'on appelle
de ce nom et qu'il faut bien distinguer, si l'on veut distinguer en même
temps ce qu'il y a de vrai, de sacré, de divin dans l'instinct de
l'homme sociable, de ce qu'il y a de paradoxal, de faux, d'injuste dans
les utopies philosophiques de Platon, de Fénelon, de J.-J. Rousseau et
des législateurs prolétaires de ce temps-ci, qui prennent le niveau de
leur salaire pour la justice de Dieu dans la constitution de leurs
chimères.
La justice est une révélation divine qui n'a été inventée par aucun
sage, aucun philosophe, aucun législateur, mais que tout homme, sauvage
ou civilisé, a apportée dans sa conscience humaine ou dans son instinct
organique et naturel en venant au monde, comme il y a apporté un sens
invisible, le sens de la société. Le sens de la sociabilité, c'est le
vrai nom de la justice. Sans ce sens divin de la justice, aucune société
n'aurait pu exister une heure.
L'équité est un sens composé de deux poids égaux que Dieu a mis, pour
ainsi dire, dans chaque main de l'homme; poids au moyen desquels l'homme
pèse forcément en lui-même si tel de ces poids est égal à l'autre, et si
l'équilibre moral est établi ou rompu entre les choses. En d'autres
termes, toute justice est pondération; si la pondération n'est pas
exacte, la conscience souffre, bon gré, mal gré, dans l'homme,
l'arithmétique divine est violée, le résultat est faux; l'homme le sent,
Dieu le venge, le coupable lui-même le reconnaît: voilà la justice.