XXIII

Mais à considérer la chose, même philosophiquement, cette égalité des

partages change d'aspect, selon qu'on se place à l'un de ces trois

points de vue très-différents:

L'individu,

La famille,

L'État.

La révolution française, trop irritée contre les excès de la loi

d'aînesse, ne s'est placée qu'au premier point de vue: l'individu.

De ce point de vue de l'individu abstrait et isolé que l'on a appelé les

droits de l'homme, elle a dit, et elle a dû dire: Les partages seront

égaux, car l'homme est égal à l'homme, et tous les enfants ont le même

droit à l'héritage du père. Vérité ou sophisme, il n'y avait rien à

répondre au premier aperçu à cet axiome, du moment qu'on admettait pour

convenu cet autre axiome très contestable: L'homme est égal à l'homme

devant le champ; l'enfant plus avancé en âge et en force est égal à

l'enfant nouveau venu, dénué d'années, de force, d'éducation,

d'expérience de la vie; l'enfant du sexe faible et subordonné par son

sexe même est égal à l'enfant du sexe fort, viril et capable de défendre

l'héritage de tous dans le sien; l'enfant inintelligent est égal à

l'enfant doué des facultés de l'esprit et du coeur, privilégié par ces

dons de la nature; l'enfant vicieux, ingrat, rebelle, oisif, déréglé,

est égal au fils tendre, respectueux, obéissant, actif, premier sujet du

père, premier serviteur de la maison, etc., etc. Or autant d'axiomes

pareils, autant de mensonges.

La révolution française, dans sa législation abstraite, a donc professé

en fait autant de mensonges que de principes, en supposant l'égalité des

titres de capacité, d'intelligence, de vertu filiale, c'est-à-dire de

droits égaux entre les enfants. L'égalité de parts dans l'héritage des

biens du père est donc un sophisme devant la nature; aussi l'instinct

dans toutes les nations a-t-il protesté contre l'utopie de J.-J.

Rousseau et de ses disciples. La révolution française, elle-même, n'a

pas tardé à revenir sur ses pas dans la voie de la nature et de la

vérité; elle a modifié sa loi d'hérédité en concédant aux pères, dans

leur testament, le droit de privilégier dans une certaine proportion les

premiers nés ou les privilégiés de leur coeur parmi leurs enfants.

Cours familier de Littérature - Volume 11 · 第 201 / 209 题