L'homme physique est un être qui ne subsiste que des éléments qu'il
s'approprie dans toute la nature en venant au monde et en s'y
développant jusqu'à la mort. C'est l'être propriétaire et héréditaire
par excellence; sitôt qu'il cesse de s'approprier toute chose autour de
lui, avant lui, après lui, il cesse d'exister.
Embryon, il s'approprie dans le sein de sa mère la vie occulte et
germinante dont il forme ses organes appropriateurs avant de paraître au
jour. En paraissant à la lumière, et avant de pouvoir exercer ses
organes, il s'approprie par sa bouche et par ses deux mains les
mamelles, ces sources de vie, périssant à l'instant si on le dépossède
de ce lait qui lui appartient, car il a été filtré pour lui dans les
veines de la femme.
Il s'approprie une partie de l'espace, dans une part à lui destinée par
la mesure de ses membres qui le remplissent, et qui lui appartient, en
s'agrandissant, à la mesure de ses bras, de ses pas, de ses mouvements
dans le nid; et, s'il en est dépossédé, il périt étouffé, faute de place
au soleil.
Il s'approprie, par l'acte même de la respiration, l'air nécessaire au
jeu de ses poumons et à la circulation de son sang, et, si on l'en
dépossède, il étouffe, il meurt exproprié de sa part d'air respirable.
Il s'approprie la chaleur du sein maternel ou du soleil qui vivifie tout
ce qu'il éclaire, ou du feu qui sort de l'arbre pour suppléer le soleil
absent, et il meurt s'il est dépossédé de tout calorique, partie obligée
de son existence.
Il s'approprie, en ouvrant les yeux, la lumière, sans laquelle ses mains
et ses pieds deviennent inutiles à sa subsistance et à ses mouvements,
et il languit dépossédé de sa part au jour.
Il s'approprie les fruits de l'arbre, l'herbe des sillons, la chair des
animaux, nourriture sanglante, presque criminelle, et, si on l'en
exproprie, il meurt dépossédé de sa part à l'alimentation nécessaire à
la vie, convive affamé chassé du banquet terrestre; et ce banquet même
tarit pour tous les convives: car, si la terre n'est pas possédée par
celui qui l'ensemence et la moissonne, nul n'a intérêt à la cultiver et
à l'ensemencer. Morte la propriété, morte la terre; morte la terre,
morte l'humanité!
Les communistes sont donc tout innocemment les meurtriers en masse de la
race humaine. Il ne faut pas les exterminer comme meurtriers, il faut
les plaindre et les réprimer comme suicides. Leur crime n'est
qu'ignorance, leur crime même n'est qu'utopie, c'est de la vertu en
délire; mais le délire de la vertu n'a pas des effets moins funestes que
celui du crime.
Cette contagion a possédé Platon, les premiers économistes populaires,
affamés de l'école néo-chrétienne, les sectaires musulmans de la
Caramanie et de la Perse, les anabaptistes allemands, ivres de sang et
de rêves, et enfin les philosophes prolétaires de nos jours, insensés
de misère, vivant du travail industriel, et demandant l'extinction du
capital pour multiplier le revenu, l'anéantissement du travail pour
multiplier le salaire, et l'égalité du salaire pour égaliser l'oisiveté
avec le travail!
Ô esprit humain! jusqu'où peux-tu descendre quand l'esprit d'utopie
prétend se substituer à l'esprit de bon sens, et inventer une
souveraineté de l'absurde en opposition avec la souveraineté de
l'instinct!
Il faudrait des volumes pour énumérer toutes les choses physiques et
morales qui forment l'inventaire des propriétés physiques et morales
nécessaires à la vie de l'humanité; ce sont ces choses qui ont fait de
l'homme, en comparaison des autres êtres qui ne possèdent que ce qu'ils
dérobent, le premier des êtres, L'ÊTRE PROPRIÉTAIRE, le plus beau nom de
l'homme!