XX

L'homme physique est un être qui ne subsiste que des éléments qu'il

s'approprie dans toute la nature en venant au monde et en s'y

développant jusqu'à la mort. C'est l'être propriétaire et héréditaire

par excellence; sitôt qu'il cesse de s'approprier toute chose autour de

lui, avant lui, après lui, il cesse d'exister.

Embryon, il s'approprie dans le sein de sa mère la vie occulte et

germinante dont il forme ses organes appropriateurs avant de paraître au

jour. En paraissant à la lumière, et avant de pouvoir exercer ses

organes, il s'approprie par sa bouche et par ses deux mains les

mamelles, ces sources de vie, périssant à l'instant si on le dépossède

de ce lait qui lui appartient, car il a été filtré pour lui dans les

veines de la femme.

Il s'approprie une partie de l'espace, dans une part à lui destinée par

la mesure de ses membres qui le remplissent, et qui lui appartient, en

s'agrandissant, à la mesure de ses bras, de ses pas, de ses mouvements

dans le nid; et, s'il en est dépossédé, il périt étouffé, faute de place

au soleil.

Il s'approprie, par l'acte même de la respiration, l'air nécessaire au

jeu de ses poumons et à la circulation de son sang, et, si on l'en

dépossède, il étouffe, il meurt exproprié de sa part d'air respirable.

Il s'approprie la chaleur du sein maternel ou du soleil qui vivifie tout

ce qu'il éclaire, ou du feu qui sort de l'arbre pour suppléer le soleil

absent, et il meurt s'il est dépossédé de tout calorique, partie obligée

de son existence.

Il s'approprie, en ouvrant les yeux, la lumière, sans laquelle ses mains

et ses pieds deviennent inutiles à sa subsistance et à ses mouvements,

et il languit dépossédé de sa part au jour.

Il s'approprie les fruits de l'arbre, l'herbe des sillons, la chair des

animaux, nourriture sanglante, presque criminelle, et, si on l'en

exproprie, il meurt dépossédé de sa part à l'alimentation nécessaire à

la vie, convive affamé chassé du banquet terrestre; et ce banquet même

tarit pour tous les convives: car, si la terre n'est pas possédée par

celui qui l'ensemence et la moissonne, nul n'a intérêt à la cultiver et

à l'ensemencer. Morte la propriété, morte la terre; morte la terre,

morte l'humanité!

Les communistes sont donc tout innocemment les meurtriers en masse de la

race humaine. Il ne faut pas les exterminer comme meurtriers, il faut

les plaindre et les réprimer comme suicides. Leur crime n'est

qu'ignorance, leur crime même n'est qu'utopie, c'est de la vertu en

délire; mais le délire de la vertu n'a pas des effets moins funestes que

celui du crime.

Cette contagion a possédé Platon, les premiers économistes populaires,

affamés de l'école néo-chrétienne, les sectaires musulmans de la

Caramanie et de la Perse, les anabaptistes allemands, ivres de sang et

de rêves, et enfin les philosophes prolétaires de nos jours, insensés

de misère, vivant du travail industriel, et demandant l'extinction du

capital pour multiplier le revenu, l'anéantissement du travail pour

multiplier le salaire, et l'égalité du salaire pour égaliser l'oisiveté

avec le travail!

Ô esprit humain! jusqu'où peux-tu descendre quand l'esprit d'utopie

prétend se substituer à l'esprit de bon sens, et inventer une

souveraineté de l'absurde en opposition avec la souveraineté de

l'instinct!

Il faudrait des volumes pour énumérer toutes les choses physiques et

morales qui forment l'inventaire des propriétés physiques et morales

nécessaires à la vie de l'humanité; ce sont ces choses qui ont fait de

l'homme, en comparaison des autres êtres qui ne possèdent que ce qu'ils

dérobent, le premier des êtres, L'ÊTRE PROPRIÉTAIRE, le plus beau nom de

l'homme!

Cours familier de Littérature - Volume 11 · 第 198 / 209 题