De ces lois promulguées par les gouvernements, expression diverse de la
souveraineté de la nature, les unes sont purement réglementaires,
accidentelles, circonstancielles, passagères comme les besoins, les
temps, les intérêts fugitifs des nations; les autres, et en très-petit
nombre, sont ce que l'on appelle organiques, c'est-à-dire résultantes de
l'organisation même de l'homme, et nécessaires à l'homme en société,
quelque gouvernement du reste qu'il ait adopté pour vivre en
civilisation.
Les préceptes de ces lois organiques, qui sont les mêmes en principe
chez tout ce qui porte le nom de peuple, sont les lois qui concernent la
vie, la famille, la propriété, l'hérédité, le gouvernement, la morale,
la religion, la défense de la patrie, héritage commun à toutes les
nations, les conditions du travail et d'alimentation, le secours du
riche à l'indigent, la mutualité des devoirs, l'éducation,
l'application de la justice, l'expiation des crimes ou des actes
attentatoires à la société qui est la vie de tous, et que tous appellent
crimes.
Voulez-vous avoir la nomenclature sommaire, et cependant complète, de
toutes ces lois organiques émanées pour ainsi dire du Législateur
suprême: la nature de l'homme? Lisez les décalogues antiques des
législations primitives profanes et sacrées. C'est là que vous voyez et
que vous entendez la souveraineté de la nature, s'exprimant par ces lois
instinctives qui révèlent le Créateur de l'homme sociable dans les
prescriptions nécessaires à toute société politique.
Quel est le premier besoin de l'homme venu à la vie? C'est le besoin de
conserver la première de ses propriétés, la VIE. Aussi la défense de
tuer et le droit de réprimer et de punir celui qui tue sont-ils placés
en tête de toute législation sociale: TU NE TUERAS PAS. Cette propriété
de la vie par celui qui la possède est tellement instinctive, unanime et
de droit divin, puisqu'elle est d'inspiration de la nature, que vous ne
trouvez pas une législation primitive ou un code moderne où elle ne soit
écrite à la première page. L'instinct dit: Je veux vivre; la nature
dit: Tu as le droit de vivre; la loi dit: Tu vivras. C'est le décret de
la souveraineté de la nature, et, en l'écrivant dans ton droit de vivre,
elle a écrit en même temps ta destinée d'être sociable: car, sans la
société naturelle, tu ne vivrais pas, et, sans la société légale, tu
aurais bientôt cessé de vivre.
La défense du meurtre est donc la première des lois révélées par la
souveraineté de la nature.
Si tu fais mourir, tu mourras, est la première aussi des lois écrites
par la souveraineté sociale. C'est donc de droit divin que l'homme vit,
et c'est de droit divin qu'il s'est groupé en société pour vivre.