XVIII

De ces lois promulguées par les gouvernements, expression diverse de la

souveraineté de la nature, les unes sont purement réglementaires,

accidentelles, circonstancielles, passagères comme les besoins, les

temps, les intérêts fugitifs des nations; les autres, et en très-petit

nombre, sont ce que l'on appelle organiques, c'est-à-dire résultantes de

l'organisation même de l'homme, et nécessaires à l'homme en société,

quelque gouvernement du reste qu'il ait adopté pour vivre en

civilisation.

Les préceptes de ces lois organiques, qui sont les mêmes en principe

chez tout ce qui porte le nom de peuple, sont les lois qui concernent la

vie, la famille, la propriété, l'hérédité, le gouvernement, la morale,

la religion, la défense de la patrie, héritage commun à toutes les

nations, les conditions du travail et d'alimentation, le secours du

riche à l'indigent, la mutualité des devoirs, l'éducation,

l'application de la justice, l'expiation des crimes ou des actes

attentatoires à la société qui est la vie de tous, et que tous appellent

crimes.

Voulez-vous avoir la nomenclature sommaire, et cependant complète, de

toutes ces lois organiques émanées pour ainsi dire du Législateur

suprême: la nature de l'homme? Lisez les décalogues antiques des

législations primitives profanes et sacrées. C'est là que vous voyez et

que vous entendez la souveraineté de la nature, s'exprimant par ces lois

instinctives qui révèlent le Créateur de l'homme sociable dans les

prescriptions nécessaires à toute société politique.

Quel est le premier besoin de l'homme venu à la vie? C'est le besoin de

conserver la première de ses propriétés, la VIE. Aussi la défense de

tuer et le droit de réprimer et de punir celui qui tue sont-ils placés

en tête de toute législation sociale: TU NE TUERAS PAS. Cette propriété

de la vie par celui qui la possède est tellement instinctive, unanime et

de droit divin, puisqu'elle est d'inspiration de la nature, que vous ne

trouvez pas une législation primitive ou un code moderne où elle ne soit

écrite à la première page. L'instinct dit: Je veux vivre; la nature

dit: Tu as le droit de vivre; la loi dit: Tu vivras. C'est le décret de

la souveraineté de la nature, et, en l'écrivant dans ton droit de vivre,

elle a écrit en même temps ta destinée d'être sociable: car, sans la

société naturelle, tu ne vivrais pas, et, sans la société légale, tu

aurais bientôt cessé de vivre.

La défense du meurtre est donc la première des lois révélées par la

souveraineté de la nature.

Si tu fais mourir, tu mourras, est la première aussi des lois écrites

par la souveraineté sociale. C'est donc de droit divin que l'homme vit,

et c'est de droit divin qu'il s'est groupé en société pour vivre.

Cours familier de Littérature - Volume 11 · 第 196 / 209 题