Quand Rousseau touche à la question des gouvernements, il devient plus
inintelligible encore; il est impossible de tirer de ses divisions,
subdivisions, pondérations, un seul mode de gouvernement applicable.
Toute affirmation de pouvoir y est contredite par une négation.
Démocratie, aristocratie, monarchie représentative, monarchie absolue,
démagogie sans limites, sans capacité et sans responsabilité, théocratie
sans contrôle et sans réforme possible; divinité de Dieu incarnée dans
le pontife ou dans le corps sacerdotal, gouvernements mixtes, où les
pouvoirs se gênent par les frottements ou bien s'équilibrent dans
l'immobilité par les contre-poids; despotisme, tyrannie, anarchie, enfin
maximes destructives de tout gouvernement, telle que celle-ci:
«LA SOUVERAINETÉ NE PEUT ÊTRE REPRÉSENTÉE PAR LA MÊME RAISON QU'ELLE NE
PEUT ÊTRE ALIÉNÉE, PARCE QU'ELLE CONSISTE DANS LA VOLONTÉ GÉNÉRALE, ET
QUE LA VOLONTÉ NE SE REPRÉSENTE PAS!» Idéalité abstraite substituée à
toute réalité pratique, et qui rend tout gouvernement impossible en le
rendant purement _idéal_.
Écoutez cette autre maxime, non moins anarchique par ses conséquences:
«À L'INSTANT OÙ UN PEUPLE SE DONNE DES REPRÉSENTANTS, IL N'EST PLUS
LIBRE, IL N'EXISTE PLUS!» Maxime qui conduirait le peuple à l'ubiquité
de temps, de lieu, de fonction, d'aptitude, ou à la servitude et à
l'anéantissement! Maxime que nous avons vu resurgir des théories
métaphysiques de nos jours, maxime renouvelée des rêveries de J.-J.
Rousseau; maxime qui ne renverse pas moins tout bon sens que toute
société nationale!