Plus loin, Rousseau prétend établir que, LES CITOYENS ÉTANT ÉGAUX (ce
qui n'est pas plus vrai des hommes que des arbres), nul n'a le droit
d'EXIGER QU'UN AUTRE FASSE CE QU'IL NE FAIT PAS LUI-MÊME, ce qui
condamnerait le souverain à monter la garde à la porte de son propre
palais, ou le général à combattre au même rang et au même poste que
chacun de ses soldats!
En matière de religion, J.-J. Rousseau professe dans le _Contrat social_
la doctrine impie qui impose la tyrannie de l'État jusque dans
l'inviolabilité des âmes, la doctrine de l'_unité de religion politique_
dans l'État; SANS CELA, dit-il, jamais l'État ne sera bien constitué.
Ainsi ce n'est pas seulement sa liberté que le citoyen doit céder au
roi, c'est son âme. Dieu est le sujet du peuple ou du roi!
Quel libéralisme dans ce législateur oppresseur de toute liberté! la
philosophie et la théologie aboutissant à une religion civile et non
divine!
Là finit le livre, car la tyrannie populaire ou royale ne va pas plus
loin! _Hic tandem stetimus nobis ubi defuit orbis._
Fermons donc ce livre, et plaignons le philosophe d'avoir rencontré un
tel peuple pour l'admirer, et plaignons le peuple d'avoir eu un tel
philosophe pour législateur!
X
Et maintenant que ce déplorable livre a porté ses fruits de démence et
de perdition dans une démocratie avortée, faute de véritable philosophie
dans son faux prophète, essayons de remettre un peu de bon sens dans la
philosophie politique du peuple, et de substituer en matière de
gouvernement quelques vérités pratiques, et par cela même divines, à ce
monceau de chimères devenu un monceau de ruines sous la main égarée des
sectaires d'un aveugle, qui écrivit de génie et qui pensa de hasard.