VII

Quant à la SOUVERAINETÉ, c'est-à-dire à ce pouvoir légitime qui régit

avec une autorité sacrée les empires, Rousseau la place, la déplace

métaphysiquement ici ou là, dans un tel labyrinthe d'abstractions, et

lui suppose des qualités tellement abstraites, tellement

contradictoires, qu'on ne sait plus à qui il faut obéir, et contre qui

il faut se révolter; tantôt lui donnant des limites, tantôt la déclarant

tyrannique; ici la proclamant indivisible, là divisée en cinq ou six

pouvoirs, pondérés, fondés sur des conventions supérieures à toute

convention; collective, individuelle, existant parce qu'elle existe,

n'existant qu'en un point de temps métaphysique que la volonté unanime

doit renouveler à chaque respiration; déléguée, non déléguée,

représentative et ne pouvant jamais être représentée; condamnant le

peuple à tout faire partout et toujours par lui-même, lui défendant de

rien faire que par ses magistrats; déclarant que le peuple ne peut

jamais vouloir que le bien, déclarant quelques lignes plus loin la

multitude incapable et perpétuellement mineure. Véritable Babel d'idées,

confusion de langues qui ressemble à ces théologies du moyen âge où Dieu

s'évapore dans les définitions scolastiques de ceux qui prétendent le

définir!

Le peuple souverain de Rousseau s'évanouit comme le Dieu des théologues:

on ne sait à qui croire, on ne sait qui adorer dans leur théologie; on

ne sait à qui obéir dans la souveraineté populaire de Rousseau. La

souveraineté y flotte sans titre, sans base, sans forme, sans organe,

comme un de ces nuages dans le vide auquel l'imagination ivre de

métaphysique peut donner les formes et les couleurs qui lui conviennent!

Malheur au peuple qui chercherait ainsi son gouvernement dans les nues!

il serait mort avant de l'avoir trouvé pour l'appliquer aux nécessités

urgentes et permanentes de son association nationale.

Cours familier de Littérature - Volume 11 · 第 186 / 209 题