XVI

Les deuxième, troisième, quatrième et cinquième livres, déchirés par les

vers, ne nous présentent que des lambeaux; mais chacun de ces lambeaux

éclate de quelque vérité lumineuse ou de quelque expression vive qui

fait reconnaître le génie d'un sage et d'un politique. Seulement ces

pensées n'ont pas le clinquant de Montesquieu ou l'étrangeté de J.-J.

Rousseau; c'est du bon sens sur des choses sublimes.

Le livre sixième est heureusement mieux conservé; c'est là qu'on lit,

après un entretien sur l'âme et sur ses destinées suprêmes, le songe de

Scipion, excursion dans les régions éternelles. Lisez-le tout entier:

c'est Cicéron dieu après Cicéron homme; la pensée humaine ne monte pas

plus haut.

C'est Scipion qui parle, et qui, après avoir professé la politique de la

vertu, chante les récompenses que le ciel réserve aux vrais politiques:

lisez toujours. Saint Augustin, qui a commenté le livre de la

_République_ de Cicéron, n'est pas plus spiritualiste; le ciel

théologique de Fénelon ne s'ouvre pas plus avant aux pas des

bienfaiteurs des peuples; la foi des deux grands évêques n'est pas plus

ferme ni plus tendre dans l'immortalité de l'âme.

Cours familier de Littérature - Volume 11 · 第 132 / 209 题