Les deuxième, troisième, quatrième et cinquième livres, déchirés par les
vers, ne nous présentent que des lambeaux; mais chacun de ces lambeaux
éclate de quelque vérité lumineuse ou de quelque expression vive qui
fait reconnaître le génie d'un sage et d'un politique. Seulement ces
pensées n'ont pas le clinquant de Montesquieu ou l'étrangeté de J.-J.
Rousseau; c'est du bon sens sur des choses sublimes.
Le livre sixième est heureusement mieux conservé; c'est là qu'on lit,
après un entretien sur l'âme et sur ses destinées suprêmes, le songe de
Scipion, excursion dans les régions éternelles. Lisez-le tout entier:
c'est Cicéron dieu après Cicéron homme; la pensée humaine ne monte pas
plus haut.
C'est Scipion qui parle, et qui, après avoir professé la politique de la
vertu, chante les récompenses que le ciel réserve aux vrais politiques:
lisez toujours. Saint Augustin, qui a commenté le livre de la
_République_ de Cicéron, n'est pas plus spiritualiste; le ciel
théologique de Fénelon ne s'ouvre pas plus avant aux pas des
bienfaiteurs des peuples; la foi des deux grands évêques n'est pas plus
ferme ni plus tendre dans l'immortalité de l'âme.