Vient ensuite une _Tusculane_ sur les combats que le sage doit livrer à
ses passions. Il définit la passion un _mouvement violent du coeur en
disproportion avec la raison_. Définirions-nous mieux aujourd'hui cette
sensibilité qui n'est _passion_ que par son excès?
Cicéron définit ensuite avec la même justesse toutes les passions qui
affligent l'homme, et il distingue la passion, qui n'est qu'un
mouvement instantané, du vice, qui est une habitude d'infirmité ou de
dépravation de l'âme.
«Mais ce qui fait, dit-il, la différence entre les infirmités de l'âme
et celles du corps, c'est qu'il peut nous survenir des maladies
corporelles sans qu'il y ait de notre faute, et que nous sommes toujours
coupables de nos maladies de l'âme. Le corps, composé de matières, n'est
pas libre; l'âme est coupable parce qu'elle est libre.»
Quel traité de Fénelon ou de Nicole traite de morale en termes plus
chrétiens?
«Il y a d'ailleurs une grande différence entre les âmes grossières et
celles qui ne le sont pas. Celles-ci, semblables à l'airain de Corinthe
qui a de la peine à se rouiller, ne deviennent que difficilement malades
et se rétablissent fort vite. Il n'en est pas de même des âmes
grossières, et, de plus, celles qui sont d'un caractère excellent ne
tombent pas en toute sorte de maladie; rien de ce qui est férocité,
cruauté, ne les attaquera; il faut, pour trouver prise sur elles, que ce
soit de ces passions qui paraissent tenir à l'humanité, telles que la
tristesse, la crainte, la pitié. Une autre réflexion encore, c'est qu'il
est moins aisé de guérir radicalement une passion que d'extirper ces
vices de premier ordre qui combattent de front la vertu. Il faut plus de
temps pour l'un que pour l'autre. On peut s'être défait de ses vices et
conserver ses passions.»