IV

Dans ses secondes _Tusculanes_, il traite de la douleur; il se demande

si c'est un mal de souffrir. Avant de répondre, il ne se dissimule pas

combien il lui sera plus difficile de convaincre aussi victorieusement

ses lecteurs que ses auditeurs quand il parlait au public.

«L'éloquence, dit-il, est un art populaire. J'écrasais mes

contradicteurs par une profusion d'idées et d'images. Que n'ai-je donc

pas à craindre aujourd'hui que je m'engage dans un autre genre d'écrire,

où le peuple, sur lequel je comptais pour le succès de mes discours, ne

peut m'être bon à rien? car il ne faut à la philosophie qu'un petit

nombre de juges, et c'est à dessein qu'elle fuit la multitude.»

Son argumentation sur les moyens de vaincre la douleur et de la

mépriser, si on la compare au devoir, est un modèle accompli de

raisonnements philosophiques; le style semble s'éclaircir dans Cicéron à

mesure que la pensée devient plus profonde et plus métaphysique. Il n'y

a point de ténèbres dans cette atmosphère de raison et de lucidité.

Comme un flambeau dans la nuit, dès qu'il entre dans une obscurité, elle

devient lumineuse; Platon est bien loin d'avoir cette netteté de jour

dans le style.

Nos philosophes modernes, soit religieux, soit rationnels, n'ont pas au

même degré cette clarté; ceux qui s'appuient sur des dogmes ne

raisonnent pas, ils imposent leur philosophie; ceux qui s'appuient sur

le raisonnement sont froids, secs et argumentateurs. Il manque aux uns

la dialectique, aux autres le style du philosophe de Tusculum.

V

Sa troisième _Tusculane_ disserte sur les maladies de l'âme, plus

nombreuses, dit Cicéron, et plus irrémédiables que celles du corps,

parce que le corps vicié peut être guéri par les soins de l'homme, mais

que l'âme malade ne peut pas juger elle-même de son infirmité. Il

attribue ces maladies de l'âme à la mauvaise éducation qui nous nourrit

de préjugés et de superstitions avec le lait de nos nourrices; il les

attribue aux fausses idées du grand nombre (le vulgaire), imbu lui-même

d'idées fausses sur la gloire et sur le bonheur, et qui nous fait vivre

ainsi dans une atmosphère de mensonge, d'erreur et de corruption. Jamais

les défauts de l'éducation première n'ont été plus vigoureusement

signalés que dans ces pages. Celles de J.-J. Rousseau dans l_'Émile_,

sont à une distance énorme du bon sens et de la logique de Cicéron. On

sent que Rousseau déclame en rhéteur et que le Romain écrit en

législateur philosophe. La pratique des hommes et des affaires donnait

au consul un sens des réalités qui manquait totalement au Platon de

Genève.

Cours familier de Littérature - Volume 11 · 第 122 / 209 题