La belle définition de la vertu, santé de l'âme, n'est pas moins
éternelle!... Une qualité permanente de l'âme, qui est la raison
elle-même en action!... Son portrait du sage ou du vertueux n'est pas
moins admirable de définition et de style.
«Ainsi supérieure et à la tristesse et à toute autre passion, ainsi
heureuse de les avoir toutes domptées, un reste de passion suffirait
toujours, non-seulement pour priver l'âme de son repos, mais pour la
rendre vraiment malade. Je ne vois donc rien que de mou et d'énervé
dans le sentiment des péripatéticiens, qui regardent les passions comme
nécessaires, pourvu, disent-ils, qu'on leur prescrive des bornes au delà
desquelles ils ne les approuvent point. Mais prescrit-on des bornes au
vice? ou direz-vous que de ne pas obéir à la raison, ce ne soit pas
quelque chose de vicieux?
«Or la raison ne vous dit-elle pas assez que tous ces objets qui
existent dans votre âme, ou de fougueux désirs, ou de vains transports
de joie, ne sont pas de vrais biens, et que ceux qui vous consternent ou
qui vous épouvantent ne sont pas de vrais maux; mais que les divers
excès ou de tristesse ou de joie sont également l'effet des préjugés qui
vous aveuglent, préjugés dont le temps a bien la force à lui seul
d'arrêter l'impression: car, quoi qu'il arrive, nul changement réel dans
l'objet; cependant, à mesure que le temps l'éloigne, l'impression
s'affaiblit dans les personnes les moins sensées, et par conséquent, à
l'égard du sage, cette impression ne doit pas même commencer.»