XXXIV

On voit qu'il avait raison d'écrire ces belles lignes par lesquelles il

se consolait de ne plus être que philosophe:

«Dans la nécessité où je suis de renoncer aux affaires publiques, je

n'ai pas d'autre moyen de me rendre utile que d'écrire pour éclairer et

consoler les Romains; je me flatte qu'on me saura gré de ce qu'après

avoir vu tomber le gouvernement de ma patrie au pouvoir d'un seul, je

ne me suis ni dérobé lâchement au public, ni livré sans réserve à ceux

qui possèdent l'autorité. Mes écrits ont remplacé mes harangues au sénat

et au peuple, et j'ai substitué les méditations de la philosophie aux

délibérations de la politique sur les destinées de la patrie.»

On voit par les lignes suivantes combien la philosophie, la religion

raisonnée et le patriotisme en vue des devoirs imposés à l'homme par la

Divinité, étaient pour Cicéron une même et sainte chose.

«Quelques-uns affectent de croire, écrit-il, que la Divinité ne

s'intéresse pas à l'homme, et ne se mêle pas de nos actes et de nos

destins. Sur ce principe, que deviendraient la piété, la _sainteté_, la

religion? Ce sont là de véritables devoirs obligatoires qu'il faut

savoir exactement accomplir... Il en est de la piété comme de toutes les

autres vertus; elles ne consistent pas dans de vains dehors: sans elles

point de _sainteté_ (mot qui signifie moralité de nos actes); sans elles

point de culte, et dès lors que devient l'univers? Quel désordre et

quelle anarchie dans l'espèce humaine! Quant à moi, ajoute-t-il, je

doute si éteindre la piété envers la divinité, ce ne serait pas anéantir

du même coup la bonne foi, la conscience, la société humaine tout

entière, et la vertu qui supporte à elle seule le monde, je veux dire

l'instinct de la justice!...»

Cours familier de Littérature - Volume 11 · 第 115 / 209 题