Mais l'espace me manque ici pour vous entr'ouvrir seulement le trésor de
ces loisirs philosophiques de Cicéron. Nous allons, dans un dernier
entretien sur ce grand homme, vous initier plus avant dans cette sagesse
antique, résumée par la plus brillante parole de l'antiquité.
C'est ainsi qu'il se reposait de la vie et qu'il se préparait à la mort
dans ce dialogue sur la mort. Quelques amis, fidèles à sa mauvaise
fortune, lui prêtaient encore l'oreille et le coeur; ses livres,
recueillis avec amour en Grèce pendant ses voyages ou ses exils, lui
ouvraient leurs pages consolatrices; les arbres qu'il avait plantés dans
sa jeunesse à Tusculum ou à Astur, ses maisons des champs, ne lui
avaient pas été ravis, du moins avant sa mort, par l'ingratitude de sa
patrie et par la nécessité de ses créanciers. Les rigoles qu'il avait
dérobées à l'_Anio præceps_ pour en irriguer ses jardins, qui
murmuraient encore sous ses platanes et remplissaient ses portiques
champêtres de leur rumeur et de leur fraîcheur; le temple sépulcral
qu'il avait élevé à sa fille chérie pour diviniser ses regrets brillait
encore à l'horizon de la Sabine comme un appel aux pensées graves et
comme une promesse des éternelles réunions; il remplissait sa vie et il
célébrait la mort sans savoir encore de quelle mort il devait périr,
mais sûr du moins que ce ne serait pas d'une mort honteuse.
Tel était Cicéron au moment où il écrivait cette première _Tusculane_.
Nous allons suivre sa plume jusqu'à la dernière ligne de cette grande
vie; elle ne fut qu'un grand travail pour l'immortalité.--Il ne se
trompa pas.