«Vos jours finiront, et, de force ou de gré, finiront bien vite, car le
temps vole. Or, non-seulement la mort n'est point un mal, comme d'abord
vous le pensiez; mais peut-être n'y a-t-il que des maux pour l'homme, à
la mort près, qui est son unique bien, puisqu'elle doit ou nous rendre
dieux nous-mêmes, ou nous faire vivre avec les dieux . . . . . . . . .
«Pour nous, au cas que nous recevions du ciel quelque avertissement
d'une mort prochaine, obéissons avec joie, avec reconnaissance, bien
convaincus que l'on nous tire de prison, et que l'on nous ôte nos
chaînes, afin qu'il nous arrive ou de retourner dans le séjour éternel,
notre véritable patrie, ou d'être à jamais quittes de tout sentiment et
de tout mal. Que si le ciel nous laisse notre dernière heure inconnue,
tenons-nous dans une telle disposition d'esprit que ce jour, si terrible
pour les autres, nous paraisse heureux. Rien de ce qui a été déterminé
ou par les dieux immortels, ou par notre commune mère, la nature, ne
doit être compté pour un mal. Car enfin ce n'est pas le hasard, ce n'est
pas une cause aveugle qui nous a créés: mais nous devons l'être
certainement à quelque puissance, qui veille sur le genre humain. Elle
ne s'est pas donné le soin de nous produire et de nous conserver la vie,
pour nous précipiter, après nous avoir fait éprouver toutes les misères
de ce monde, dans une mort suivie d'un mal éternel. Regardons plutôt la
mort comme un asile, comme un port qui nous attend. Plût à Dieu que nous
y fussions menés à pleines voiles! Mais les vents auront beau nous
retarder, il faudra nécessairement que nous arrivions, quoique un peu
tard. Or ce qui est pour tous une nécessité, serait-il pour moi seul un
mal? Vous me demandiez une péroraison, en voilà une.»