Les _Tusculanes_ prennent leur nom de la maison de campagne de Cicéron
où ces _Méditations_ en prose furent composées par lui. Ces
_Méditations_ étaient à la fois des loisirs, des perfectionnements de
son âme, des consolations. La politique l'avait odieusement rejeté dans
la vie inactive. Rome, en proie aux démagogues, à la soldatesque, à la
tyrannie, à la gloire de mauvais aloi, n'était plus digne de lui; la
pensée de Cicéron quittait ce monde vulgaire et pervers pour les régions
sublimes et éternelles de la pensée.
«Quand j'ai vu enfin, dit-il en commençant les _Tusculanes_, qu'il n'y
avait presque plus rien à faire pour moi, ni au forum, ni au sénat, je
me suis remis à une sorte d'étude dont le goût m'était toujours resté,
mais que d'autres soucis avaient toujours interrompu ou ajourné:
j'entends par cette étude la philosophie, qui renferme toutes les
connaissances utiles à l'homme pour bien vivre.....
«Les Grecs, dit-il, ont excellé plus que nous dans la poésie et dans les
arts; nous les égalons seulement dans l'art oratoire né de la
constitution même de Rome; hors de là nous leur sommes jusqu'ici
inférieurs. Après avoir tenté moi-même de porter l'art oratoire à un
point encore plus élevé que nos prédécesseurs romains, je m'efforce avec
plus de zèle encore de mettre dans son jour cette philosophie, d'où j'ai
tiré tout ce que je puis avoir développé d'éloquence.
«Aristote, ce rare génie qui savait tout, jaloux de la gloire de
l'orateur Isocrate, entreprit, à son exemple, d'enseigner l'art de la
parole, et voulut allier la philosophie à l'éloquence. Je veux de même,
sans oublier mon ancien caractère d'orateur, m'attacher aux matières de
philosophie: je les trouve infiniment plus grandes, plus abondantes,
plus fécondes que celles de la tribune; mon opinion a toujours été que
ces questions élevées, pour ne rien dire de leur intérêt et de leur
beauté, doivent être traitées avec étendue et avec toutes les
perfections de style qui dépendent du langage. J'ai essayé si je
pourrais y réussir, et j'ai même poussé si loin la chose que j'ai tenu
des entretiens philosophiques à la manière des Grecs. Tout récemment,
mon cher Brutus, après que vous fûtes parti de Tusculum, j'éprouvai mes
forces devant un grand nombre d'amis. C'est ainsi que ces exercices
oratoires d'autrefois, où j'avais pour but de me préparer au forum, et
dont j'ai continué l'usage plus que personne, sont aujourd'hui remplacés
par un exercice de vieillard. Je faisais donc proposer par ces amis le
sujet sur lequel on voulait m'entendre, je discourais sur cette matière,
assis ou debout, et, comme nous avons eu ces sortes d'entretiens pendant
cinq jours, je les ai rédigés à loisir en autant de livres.»