Et celui-ci, sur la divisibilité des sens et de l'âme, autrement appelée
la mort:
«Que faisons-nous quand nous séparons notre âme des objets terrestres,
des soins du corps et des plaisirs sensibles, pour la livrer à la
méditation? Que faisons-nous autre chose qu'apprendre à mourir, puisque
la mort n'est que la séparation de l'âme et du corps? Appliquons-nous
donc à cette étude, si vous m'en croyez; mettons-nous à part de notre
corps et accoutumons-nous à mourir. Alors notre vie sur la terre sera
semblable à la vie du ciel; et, quand nous serons au moment de rompre
nos chaînes corporelles, rien ne retardera l'essor de notre âme vers les
cieux.»
Tout l'ascétisme chrétien qui allait éclore en Orient n'était-il pas là
par pressentiment?
Et celui-là, sur le noble désintéressement de la vertu, que les
disciples d'Épicure appellent si faussement un habile égoïsme, et que
Cicéron appelait, lui, de son vrai nom, un sacrifice de soi-même? Lisez:
«Appliquez, dit-il, ces mêmes principes à la modération, à la
tempérance, qui est la sage mesure des passions et qui les soumet à la
raison. Sera-ce garder suffisamment la pudeur que de prendre sans
témoins des plaisirs honteux? N'y a-t-il pas des actions d'elles-même
infâmes, lors même que leur auteur échapperait à la flétrissure
publique? Que font les hommes de coeur? N'est-ce qu'après avoir calculé
leur intérêt qu'ils entrent dans le combat et qu'ils versent à flots
leur sang pour la patrie? N'y sont-ils pas excités plutôt par une
vertueuse impulsion de dévouement et par leur généreux courage? Et si ce
grand Torquatus avait pu nous entendre, lequel de nous deux, je vous le
demande, eût-il écouté plus volontiers, ou de moi, qui affirme qu'il n'a
rien fait en songeant à lui, mais par amour de la république, ou de
vous, qui soutenez qu'il n'a rien fait que pour lui seul? Le bien pour
le bien, voilà la vraie maxime!»