XXVII

Et celui-ci, sur la divisibilité des sens et de l'âme, autrement appelée

la mort:

«Que faisons-nous quand nous séparons notre âme des objets terrestres,

des soins du corps et des plaisirs sensibles, pour la livrer à la

méditation? Que faisons-nous autre chose qu'apprendre à mourir, puisque

la mort n'est que la séparation de l'âme et du corps? Appliquons-nous

donc à cette étude, si vous m'en croyez; mettons-nous à part de notre

corps et accoutumons-nous à mourir. Alors notre vie sur la terre sera

semblable à la vie du ciel; et, quand nous serons au moment de rompre

nos chaînes corporelles, rien ne retardera l'essor de notre âme vers les

cieux.»

Tout l'ascétisme chrétien qui allait éclore en Orient n'était-il pas là

par pressentiment?

Et celui-là, sur le noble désintéressement de la vertu, que les

disciples d'Épicure appellent si faussement un habile égoïsme, et que

Cicéron appelait, lui, de son vrai nom, un sacrifice de soi-même? Lisez:

«Appliquez, dit-il, ces mêmes principes à la modération, à la

tempérance, qui est la sage mesure des passions et qui les soumet à la

raison. Sera-ce garder suffisamment la pudeur que de prendre sans

témoins des plaisirs honteux? N'y a-t-il pas des actions d'elles-même

infâmes, lors même que leur auteur échapperait à la flétrissure

publique? Que font les hommes de coeur? N'est-ce qu'après avoir calculé

leur intérêt qu'ils entrent dans le combat et qu'ils versent à flots

leur sang pour la patrie? N'y sont-ils pas excités plutôt par une

vertueuse impulsion de dévouement et par leur généreux courage? Et si ce

grand Torquatus avait pu nous entendre, lequel de nous deux, je vous le

demande, eût-il écouté plus volontiers, ou de moi, qui affirme qu'il n'a

rien fait en songeant à lui, mais par amour de la république, ou de

vous, qui soutenez qu'il n'a rien fait que pour lui seul? Le bien pour

le bien, voilà la vraie maxime!»

Cours familier de Littérature - Volume 11 · 第 95 / 209 题