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Et ce passage, sur l'immatérialité et sur l'immortalité de l'âme, qu'en

direz-vous après l'avoir lu:

«L'origine de notre âme ne saurait se trouver dans rien de ce qui est

matériel, car la matière ne saurait produire la pensée, la connaissance,

la mémoire, qui n'ont rien de commun avec elle. Il n'y a rien dans

l'eau, dans l'air, dans le feu, dans ce que les éléments offrent de plus

subtil et de plus délié, qui présente l'idée du moindre rapport

quelconque avec la faculté que nous avons de percevoir les idées du

passé, du présent et de l'avenir. Cette faculté ne peut donc venir que

de Dieu seul; elle est essentiellement céleste et divine. Ce qui pense

en nous, ce qui sent, ce qui veut, ce qui nous meut, est donc

nécessairement incorruptible et éternel; nous ne pouvons pas même

concevoir l'essence divine autrement que nous ne concevons celle de

notre âme, c'est-à-dire comme quelque chose d'absolument séparé et

indépendant des sens, comme une substance spirituelle qui connaît et qui

meut tout.

«Vous me direz: Et où est cette substance qui connaît et qui meut tout?

et comment est-elle faite? Je vous réponds: Et où est votre âme? et

comment se la représenter? Vous ne sauriez me le dire, ni moi non plus.

Mais, si je n'ai pas pour la comprendre tous les moyens que je voudrais

bien avoir, est-ce une raison pour me priver de ce que j'ai? L'oeil voit

et ne voit pas: ainsi notre âme, qui voit tant de choses, ne voit pas ce

qu'elle est elle-même; mais pourtant elle a la conscience de sa pensée

et de son action. Mais où habite-t-elle et qu'est-elle? C'est ce qu'il

ne faut pas même chercher... Quand vous voyez l'ordre du monde et le

mouvement réglé des corps célestes, n'en concluez-vous pas qu'il y a une

intelligence suprême qui doit y présider, soit que cet univers ait

commencé et qu'il soit l'ouvrage de cette intelligence, comme le croit

Platon, soit qu'il existe de toute éternité et que cette intelligence en

soit seulement la modératrice, comme le croit Aristote? Vous

reconnaissez un Dieu à ses oeuvres et à la beauté du monde, quoique vous

ne sachiez pas où est Dieu ni ce qu'il est: reconnaissez de même votre

âme à son action continuelle et à la beauté de son oeuvre, qui est la

vertu.»

Cours familier de Littérature - Volume 11 · 第 94 / 209 题