Voilà ce qui nous reste de ce livre des _Académiques_. Ce mélange de la
vie publique et de la vie méditative, cette alternative de l'éloquence
et de la philosophie dans la vie du même homme d'État, qui allait mourir
sous le glaive des sicaires d'Antoine après avoir combattu les sicaires
de Clodius, ne se retrouve dans aucun de nos grands hommes de tribune
moderne au même degré. Chatam et William Pitt n'élevaient pas leur âme à
ces hauteurs sereines de la pensée; Mirabeau et Vergniaud perdaient la
moitié de leur force en descendant des tribunes; ils n'écrivaient pas du
même style sur les lois et sur la Divinité. Bossuet lui-même n'était pas
homme public à la mesure de Cicéron; plus libre que l'orateur romain
comme orateur, il n'avait à lutter ni contre les tumultes du sénat, ni
contre les démagogues, ni contre la tyrannie de César, ni contre les
assassins d'Antoine; il n'avait qu'à servir un roi, à ménager en pontife
habile le prince et sa conscience, à mourir sur les escaliers de
Versailles en sollicitant pour un indigne neveu la continuation des
faveurs d'Église conquises par son propre génie de théologien et
d'écrivain. Si l'orateur est égal ou supérieur dans Bossuet, l'homme est
plus universel et plus intrépide dans Cicéron. Ajoutons que, pour son
temps, Cicéron est personnellement plus philosophe: car Bossuet répète
la philosophie sacrée du christianisme, et sa force n'est que sa foi.