Mais voici un autre fruit des loisirs de Cicéron, supérieur aux
_Académiques_: ce sont les quatre livres sur les _vrais biens_ et les
_vrais maux_, adressés à Brutus, son ami, aussi lettré que lui-même.
Il commence par s'excuser, dans un préambule, d'importer dans la langue
de Rome les philosophies originaires de la Grèce. Il se justifie
victorieusement de cette tentative par des exemples d'autres écrivains
romains: «Quant à moi, dit-il, qui, au milieu des soucis, des travaux,
des orages, des discussions publiques, crois n'avoir jamais déserté le
poste que le peuple romain m'avait confié, je crois devoir aussi, dans
la mesure de mes forces, éclairer l'âme de mes concitoyens par mes
travaux, mes études, mes veilles d'écrivain.
«Ceux qui me blâment d'écrire sur la philosophie devraient être plus
justes, ils devraient se rappeler que j'ai déjà beaucoup écrit sur
d'autres sujets, et autant qu'aucun autre Romain ait jamais fait; et
qu'y a-t-il donc au-dessus de l'intérêt de ces grandes questions, et
dont l'homme ait à retirer plus de véritable utilité? Si ma vie se
prolonge, je ne renonce pas à traiter d'autres matières encore; mais
quiconque voudra s'appliquer à étudier mes ouvrages de philosophie
reconnaîtra qu'il n'y a point de lecture dont on puisse recueillir plus
de fruit.»
Il part de là pour faire contre Épicure la plus magnifique théorie de la
vertu et des différentes théories du bien qui ait été écrite en aucune
langue humaine. Ce n'est pas, comme dans Platon, l'imagination, c'est la
raison divinement parlée, qui divinise par sa plume la morale.
Cependant il rend bientôt à Épicure son véritable caractère, en prouvant
que la vertu (et par exemple l'amitié) est la véritable volupté. Dans
cette page sur l'amitié, on sent l'homme qui a fait ses délices d'aimer
et d'être aimé. C'est la vertu instinctive du caractère. Celui de
Cicéron ne comportait pas la haine; il s'indignait, il ne haïssait pas.