Varron s'excuse sur la difficulté de se faire comprendre des esprits
vulgaires en traitant en termes de l'école des sujets grecs dont les
termes mêmes sont étrangers à la plupart des Romains. «Les épicuriens,
dit-il, pensent tout simplement que le sort de l'homme et de la brute,
c'est tout un.
«Mais vous, qui êtes comme moi sectateur des principes plus
spiritualistes et plus sublimes des disciples de Socrate et de Platon,
avec quelle délicatesse ne faudra-t-il pas en développer la philosophie
pour être compris? Il vaut mieux renvoyer les esprits, qui parmi nous
s'occupent de ces matières, aux écrivains grecs eux-mêmes.»
«Vous avez raison, Varron,» répond Cicéron en rappelant avec la
complaisance de l'amitié les beaux ouvrages poétiques et historiques
composés par cet ami. «Pour moi, ajoute-t-il (je vais vous confesser les
choses telles qu'elles sont), pendant le temps où l'ambition, les
honneurs, le barreau, la politique et plus encore ma participation au
gouvernement de la république m'entravaient dans un réseau d'affaires et
de devoirs, je renfermais en moi mes connaissances philosophiques, et,
pour que le temps ne les altérât pas, je les renouvelais dans mes heures
de loisir par la lecture.
«Mais aujourd'hui que la fortune m'a frappé d'un coup terrible et que
le fardeau du gouvernement ne pèse plus sur moi, je demande à la
philosophie l'adoucissement de ma douleur, et je la regarde comme
l'occupation de mes loisirs la plus douce et la plus noble à la fois.
Cette occupation sied parfaitement à mon âge; elle est plus que toute
autre chose en harmonie avec ce que je puis avoir fait de louable dans
ma vie publique; rien de plus utile pour l'instruction de mon pays.»
Après cette introduction, les amis s'asseyent pour écouter Cicéron, qui
commence ainsi: